Politique éducative

Peu importe à quel point des enseignants ou les institutions scolaires le souhaitent ou l’espèrent, il n’existe pas de recette ou de solution miracle qui va fonctionner parfaitement en toutes circonstances dans le cadre de l’éducation.

Il n’y a pas de façon d’enseigner, d’approche pédagogique, qui fonctionne mieux que tout autre dans n’importe quel contexte, pour n’importe quelle matière ou contenu, et avec n’importe quel élève. Tout ne fonctionne pas toujours, pour tout le monde, pour chaque objectif, dans chaque contexte.

Toutefois, il y a de l’espoir. Si presque toutes les approches éducatives ont un effet positif sur l’apprentissage, la recherche en éducation peut cependant se révéler très utile. Elle est capable de prouver et mettre en évidence d’établir des données probantes. Certaines approches pédagogiques, dans certains contextes, avec certains types des contenus et face à certains types d’élèves, sont susceptibles d’avoir un effet plus grand que d’autres.

La qualité de l’enseignement peut et doit être améliorée. Notre pratique professionnelle doit être éclairée par des preuves, par un examen rationnel de ce qui se passe dans ces interactions complexes entre enseignants et élèves.

L’idée d’une éducation informée par la recherche est que sans elle les décisions n’ont plus comme supports que l’intuition, les hypothèses ou l’idéologie.


Innovation


Comment l’expriment Gauthier et ses collègues (2013), le terme innovation est connoté positivement dans nos sociétés contemporaines. Dans le contexte technologie, l’innovation est automatiquement liée à l’idée de progrès. Chaque génération d’appareils technologiques surpasse et déclasse la précédente.

Le sens de cette connotation positive tend à percoler dans le domaine de l’éducation. Cependant, ici, innovation ne signifie jamais automatiquement « nouveau » ou « amélioration ».

Sur le marché de l’éducation, de nombreuses innovations sont promues sans apporter de preuve de leur valeur ajoutée. Souvent, il n’y a pas d’inquiétude sur leurs effets mitigés, inexistants, voire négatifs, ou d’évaluation sur le rapport coût/bénéfice. 

Au contraire, il serait nécessaire de vérifier si une évaluation rigoureuse a été effectuée avant d’implanter une innovation et de la diffuser dans les écoles. C’est rarement le cas.

Sans l’établissement de l’efficacité et du bien-fondé des innovations proposées. Nous risquons souvent d’adopter des stratégies qui se révèleront contre-productives
.
Comme l’écrivent Pedro De Bruyckere (et ses collègues, 2015) si l’on introduit une innovation, il est souvent possible d’obtenir un premier succès, mais il risque d’être peu durable pour trois raisons :
  1. Il y a une grande différence entre un projet d’innovation et sa mise en œuvre au sein d’un établissement scolaire. Un projet d’innovation est souvent mené par un chercheur apte à fournir un soutien, des ressources et des conseils supplémentaires aux enseignants bénévoles et motivés. Une mise en œuvre ne bénéficie généralement pas de ces avantages ce qui fait que le résultat de la recherche ne se généralise pas automatiquement. 
  2. Une grande partie des recherches qui confirment qu’une innovation fonctionne sont souvent d’une qualité scientifique médiocre. Les objectifs sont biaisés, non explicites ou peu vérifiables. Si ce sont des enseignants bénévoles et motivés qui participent, ils ne sont pas représentatifs de l’enseignant moyen. Par conséquent, l’enseignant moyen n’aura pas la même mentalité ni le même résultat. Ils n’ont pas de véritables groupes de contrôle avec lesquels comparer l’intervention. Savoir que quelque chose a pu fonctionner n’est pas la même chose que de savoir que l’intervention est une innovation qui rend l’apprentissage plus efficace, plus efficient ou plus agréable.
  3. La troisième raison est l’effet Hawthorne. Il décrit la situation dans laquelle les résultats d’une expérience ne sont pas uniquement dus aux facteurs expérimentaux. Ills dépendent également du fait que les participants ont conscience de participer à une expérience dans laquelle ils sont évalués, ce qui se traduit généralement par une plus grande motivation et de l’enthousiasme. Cela se traduit par un effet positif temporaire qui retombe une fois que l’éclat de la nouveauté se ternit.


(De Bruyckere Pedro, Kirschner Paul A., Hulshof Capser D., « Urban myths », Academic Press, 2015)
(Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard, Enseignement explicite et réussite des élèves, 2013, De Boeck)


Les systèmes éducatifs sont tenus à s’adapter à l’évolution de la société et de ses besoins. 

Il y a face à cette injonction deux pistes en réalité complémentaires et qui se superposent en grande partie : l’amélioration et l’innovation. 

L’amélioration ne peut advenir si l’enseignant n’apporte pas quelque chose de neuf à sa pratique et à ses habitudes. En ce sens, l’amélioration n’est possible que dans une démarche d’innovation pour l’enseignant, innovation par rapport à ses pratiques antérieures.

La notion de l’amélioration ajoute une condition. En ce sens, une innovation n’est bonne que si elle se traduit par une augmentation de l’apprentissage des élèves, de son efficacité.    

L’innovation pédagogique a dès lors lieu en classe. Elle intervient dans les pratiques mises en œuvre par les enseignants et dans les stratégies auxquelles sont formés les élèves. Elles interviennent à différents niveaux, comme celui de l’organisation du temps, de l'espace, des échanges, des relations et des supports.

Toutefois, elle ne peut s’extraire des contraintes spatiales, relationnelles, cognitives et temporelles liées à l’apprentissage en milieu scolaire. 

L'innovation est la recherche constante d'améliorations de l'existant. Innover consiste à Introduire quelque chose de nouveau pour remplacer quelque chose d'ancien dans un domaine quelconque. L'innovation pédagogique est hétérogène et connait deux faiblesses.

Elle a courte mémoire et se soucie généralement assez peu de la question de l’efficacité.  Ainsi comme le dit André Tricot, certaines prétendues innovations existent depuis des décennies, parfois des siècles. L'innovation pédagogique a la capacité de faire passer des idées anciennes pour nouvelles. 

Parmi ces idées faussement nouvelles il y a celles qui : 
  • Faire manipuler permet de mieux faire apprendre
  • Les élèves apprennent mieux quand ils découvrent par eux-mêmes
  • S'appuyer sur l'intérêt des élèves améliore leur motivation et leur apprentissage
Dans cette posture, l’innovation s’oppose aux résistances auxquelles elle fait face et qu’elle identifie à de la pédagogie traditionnelle et passéiste. 

Au sujet de la question de l’efficacité dont elle se défausse régulièrement, l’innovation pédagogique tend à se complète dans des injonctions pédagogiques qui se défient régulièrement de la notion même de données probantes. 

Par exemple :
  • Les enseignants doivent inverser leur classe. 
  • Le numérique permet d'innover en pédagogie
  • Il faut enseigner par compétences.
  • Il faut miser sur les compétences du XXIe siècle.
Paradoxalement, dans cette perspective, l’innovation s’oppose à éducation éclairée par la recherche et au concept même de l’amélioration dans se forme rigoureuse. 

L’innovation pédagogique est un vecteur de choix pour une sensibilité issue de l’Éducation Nouvelle. Elle s’interroge souvent sur comment apprendre naturellement et sans contrainte pour l’élève, ce qui dans la perspective d’une éducation éclairée par des données probantes constitue une impasse. 

Ce faisant elle perd sa finalité qui est l’amélioration de l’existant qui ne peut se faire qu’à travers l’évaluation de l’efficacité des changements proposés.  L'innovation pédagogique implique de trouver des solutions aux problèmes de l'école.

Innover demande alors de la rigueur, demande de faire devoir de mémoire et de s’éclairer de données probantes :
  1. Est-ce qu’une innovation proposée l’est vraiment ? N’est-elle pas un recyclage d’idées anciennes abandonnées ?
  2. Est-ce qu’une innovation proposée permet aux enseignants de mieux enseigner et aux élèves de mieux apprendre ?
Dans cette perspective, l’innovation pédagogique demande à être accompagnée d’une formation continuée de qualité des enseignants. 


(Bibliographie : André Tricot, L’innovation pédagogique, 2017, Retz)



Éducation basée sur des preuves

  1. Niveaux de preuve des publications pédagogiques : tout ne se vaut pas !
  2. Corrélation, causalité et patternicité
  3. Ampleur d’effet, un indicateur statistique en éducation qui ne fait pas l’économie de la complexité !
  4. Pourquoi l’éducation fondée sur les preuves et les essais contrôlés randomisés sont-ils d’une importance centrale ?
  5. Le modèle de Réponse à l’Intervention : pierre angulaire d’un enseignement efficace
  6. Qu’est-ce qu’une pratique éducative fondée sur des données probantes ?
  7. L’enseignant, entre professionnel et amateur
  8. Perspectives et implications des résultats PISA 2018
  9. Mettre en place des pratiques fondées sur des données probantes au sein des établissements scolaires
  10. L'éducation informée par des preuves et les enseignants : un chemin pavé de bonnes intentions et de difficultés inhérentes
  11. Pourquoi la recherche fondée sur des données probantes n’influence-t-elle pas plus l’éducation ?
  12. La recherche en éducation, l’ivrogne et le réverbère
  13. L’établissement de connaissances scientifiques sur les pratiques d'enseignement
  14. La recherche translationnelle
  15. Innover sans se perdre



Efficacité



La recherche suggère qu’un bon enseignement exige une théorie sur ce qu’est l’apprentissage et comment il se produit.

Dans l’introduction de son libre « Embedded Formative Assessment » (2018), Dylan Wiliam pointe trois points cruciaux que doit prendre en compte tout processus visant l’amélioration de l’efficacité scolaire :
  1. La qualité des enseignants est le facteur unique le plus important dans le système éducatif.
  2. La qualité des enseignants est hautement variable.
  3. La qualité des enseignants a un plus grand impact sur certains élèves plutôt que sur d’autres. 


La conclusion est que pour améliorer les résultats scolaires, il est nécessaire d’aider les enseignants en fonction à s’améliorer.
  1. Effet, efficacité, efficience et équité dans le cadre de l’enseignement
  2. Une école performante n’est pas nécessairement une école efficace
  3. Catégories de facteurs pouvant influencer le rendement scolaire des élèves et évidence d’un effet enseignant
  4. Facteurs influençant la réussite des élèves
  5. Caractéristiques générales des enseignants efficaces selon la pédagogie constructiviste
  6. Difficultés liées à l’évaluation de l’efficacité de pratiques enseignantes
  7. Caractéristiques des écoles primaires (australiennes) efficaces accueillant un public défavorisé
  8. La fonction d’assistant pédagogique en contexte scolaire 



Professionnalisation de l’enseignement


  1. Enseigner, une profession plus qu’une vocation ou un métier 
  2. Facteurs liés à la professionnalisation de l’enseignant
  3. Obstacles à la professionnalisation de l’enseignement
  4. La difficulté d’un point de vue scientifique en éducation
  5. Défendre et porter le professionnalisme de l’enseignant
  6. Sortir de la caverne, s’emparer de la recherche, reprendre le contrôle de sa profession
  7. La question de la responsabilité des enseignants



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