lundi 23 décembre 2019

L’être humain comme système psychologique conscient

Comme David C. Geary (2008) le met en évidence dans ses écrits sur le cadre de la psychologie évolutionniste de l’éducation, la majorité des apprentissages scolaires ne peuvent se passer naturellement.


(Photographie : Aaron Hardin)


Voici les articles antérieurs sur le sujet :

Notre propension à l’apprentissage de connaissances secondaires est récente en matière d’évolution. Elle est dès lors bien moins développée que notre tendance à l’apprentissage naturel des connaissances primaires qui a pu être installée dans notre ADN par l’intermédiaire de la sélection naturelle sur un temps long.

David C. Geary (2008) explique que notre faculté à apprendre des connaissances nouvelles repose sur notre capacité à réaliser des simulations psychologiques conscientes.

Il définit pour cela l’individu humain comme étant un système psychologique conscient.



Notre système psychologique conscient nous permet de voyager mentalement dans le temps


Le système psychologique conscient soutient la capacité de l’être humain à se former des représentations mentales explicites.

Nos représentations mentales concernent :
  • Des situations centrées sur nous-mêmes
  • Nos relations avec d’autres êtres vivants
  • L’accès à des ressources biologiques ou physiques


Les animaux ont une bonne connaissance du monde dans lequel ils vivent. Cela tient à leur mémoire sémantique. Ils peuvent se souvenir d’expériences passées, puisqu’ils apprennent de leurs expériences.

Cependant, ils ne semblent pas capables de manipuler consciemment ces faits ou de les situer dans le temps. Ils ne semblent se penser que dans le présent, sans pouvoir revivre leur passé ou imaginer un futur possible.

Cette capacité de voyager mentalement dans le temps semble être une spécificité de l’espèce humaine.

Cette capacité regroupe :
  • La reconstruction mentale des évènements passés personnels, liée à notre mémoire épisodique
  • La construction de futurs possibles et hypothétiques

Voyager mentalement dans le temps combine et réarrange des éléments familiers. Cela nous permet également une adaptation rapide et flexible à des changements environnementaux complexes :
  • Un être humain peut imaginer face à une situation donnée, une alternative susceptible d’être plus efficace que celle que ses intuitions ou ses apprentissages antérieurs le pousseraient à considérer.
  • Ce phénomène lui permet d’anticiper et de comparer des situations ultérieures alternatives possibles et dès lors de choisir les actions qui lui semblent les plus adéquates pour atteindre le but qu’il se fixe.
  • Pouvoir créer des alternatives à la réalité constitue le socle de notre capacité à interpréter le passé et à projeter le futur.



À la poursuite d’un monde parfait


La capacité de simulation de ce qui a été, de ce qui est et de ce qui pourrait être, permet également à l’être humain une comparaison du monde réel au monde parfait qu’il imagine. Ce monde parfait est celui dans lequel il aurait le contrôle total des ressources et pourrait en retirer tous les avantages personnels possibles.

En considérant des représentations du passé, du présent et du futur, les individus se créent une simulation mentale du « monde parfait ». Un monde parfait est un monde dans lequel l’individu est capable d’organiser et de contrôler les ressources sociales, biologiques (par exemple l’accès à la nourriture) et physiques (par exemple, le logement). Cette capacité aurait permet d’améliorer la survie ou les perspectives de reproduction pendant l’évolution humaine.

Les êtres humains ont tous tendance à rechercher le monde parfait, à éviter les manipulations et à manipuler les autres.

L’essentiel est que les êtres humains peuvent générer une représentation mentale d’une vie future qui leur fournit plus d’influence sociale et plus de ressources que ce qui est disponible dans leur vie actuelle.

Les êtres humains comparent ce monde plus parfait à leur situation actuelle et conçoivent et répètent mentalement des stratégies qui peuvent être utilisées pour tenter de réduire la différence entre ces deux états.






Un système psychologique conscient soutenu par des mécanismes cognitifs


Notre système psychologique conscient est soutenu par plusieurs mécanismes cognitifs que sont :
  • La mémoire de travail,
  • Le contrôle de l’attention,
  • La capacité d’inhiber le traitement automatique de l’information. 
Ces mécanismes nous permettent à leur tour de nous engager dans la résolution contrôlée des problèmes pour réduire l’écart entre le monde réel et le monde parfait.





Inhibition


Les humains ont une capacité extraordinaire à inhiber.

Nous pouvons ainsi inhiber :
  • Les heuristiques populaires (naïves), c’est-à-dire les solutions intuitives et non rationnelles
  • La mémoire d’évènements passés
  • Les évènements potentiels.
L’inhibition ouvre la porte à une construction mentale de nouvelles réponses. Cette capacité est fondamentale. Au fur et à mesure de l’éducation, les connaissances et les capacités que les enfants sont censés acquérir à l’école deviennent de plus en plus nouvelles et distantes de leurs intuitions et de l’environnement naturel. Elles se révèlent de plus en plus complexes et abstraites. Elles deviennent secondaires, du point de vue de l’évolution.

L’accumulation culturelle et de découvertes scientifiques permises par l’écrit s’est faite et se poursuit à travers les générations. Elle a développé de plus en plus de connaissances secondaires. Celles-ci ont généré peu à peu une multitude de disciplines spécialisées (par exemple les mathématiques), de même que d’autres caractéristiques des sociétés modernes fondées sur le savoir. Toutes ces connaissances nous éloignent de plus en plus des systèmes populaires, de nos connaissances primaires et intuitives.

Il en résulte un conflit pour les enfants, entre la tendance à s’appuyer sur les systèmes populaires/naïfs et la nécessité d’inhiber ces systèmes afin de s’engager dans un apprentissage scolaire secondaire.

La recherche en éducation appuie l’importance du contrôle inhibiteur pour l’apprentissage en milieu scolaire.



Apprendre selon une résolution contrôlée de problèmes


Parfois, un individu est confronté à des problèmes que ses heuristiques ne peuvent résoudre. Il doit mettre en œuvre des mécanismes d’inhibition pour s’engager consciemment dans des stratégies de résolution de problème conscientes comme la stratégie moyens et fins ou le raisonnement analogique.

Les mécanismes d’inhibition sont utilisés pour pouvoir simuler des stratégies qui peuvent réduire la différence entre l’état actuel et l’état souhaité.

Si ce type d’interaction est répété, l’individu apprend peu à peu des connaissances sémantiques qui lui permettent de créer des heuristiques pour des problèmes similaires. Le système primaire supporte une certaine plasticité et la manipulation des données en mémoire de travail peut contribuer à la modifier. On peut voir un parallélisme évident avec l’hypothèse du recyclage neuronal de Stanislas Dehaene.

Voir article :


Il existe des systèmes cérébraux correspondants qui soutiennent cette résolution contrôlée des problèmes. L’activation répétée de ces systèmes et la résolution des problèmes associés permettent aux individus d’apprendre des informations sémantiques et de développer une heuristique comportementale pour faire face à ces situations et à d’autres situations similaires.


Mise à jour le 02/08/21

Bibliographie


Geary, D. C. (2008). An evolutionarily informed education science. Educational Psychologist, 43, 179–195.

Florence Lespiau. Logique sans peine ? : comment nous sommes plus performants et motivés pour raisonner logiquement à propos des connaissances primaires. Psychologie. Université Toulouse le Mirail — Toulouse II, 2017. Français. https://www.theses.fr/2017TOU20101

Paul A. Kirschner, Luce Claessens & Steven Raaaijmakers, Op de schouders van reuzen, 2018, p 13-17

Greg Ashman, An interview with David C. Geary—Part 1, 2018, https://gregashman.wordpress.com/2018/08/22/an-interview-with-david-c-geary-part-1/

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