mercredi 9 octobre 2019

Dix dimensions pédagogiques pertinentes pour la gestion du comportement et des apprentissages

La profession d’enseignant est complexe, exigeante et prenante. Elle s’inscrit dans une relation pédagogique avec des élèves. Celle-ci est placée dans un cadre plus large qui englobe les collègues, la direction, l’établissement, les parents et l’institution scolaire dans son ensemble. Elle répond aux attentes et missions édictées par la société.


(Photographie : Amaury da Cunha)


Voici une synthèse personnelle d’une exploration de la question issue du livre « L’enseignement explicite des comportements » (2017).



1) L’enseignant influence les progrès de ses élèves


L’acte d’enseigner vise à changer autrui à travers un apprentissage. Nous instruisons et éduquons :
  • Instruire c’est faire apprendre un certain nombre de contenus culturels consignés dans des programmes scolaires. Ces connaissances facilitent l’intégration active future des élèves au sein de la société. 
  • Éduquer c’est socialiser. Nous initions les élèves à certaines valeurs jugées fondamentales dans la société comme la citoyenneté, la tolérance, etc.


2) L’enseignant fait face à une classe


L’acte d’enseigner se pratique en rapport avec un collectif d’élèves. L’enseignant dose constamment l’énergie qu’il consacre à chaque élève en particulier et surtout au groupe dans son ensemble. 

L’enseignant est amené à gérer la situation à l’échelle du groupe. Parallèlement, il tient compte dans la mesure de ses possibilités des spécificités et des besoins individuels de chaque élève. Il est le garant d’un bon équilibre.




3) L’enseignant assume les incertitudes et répond aux résistances


L’enseignant se trouve rarement en territoire complètement conquis. Les élèves ne sont pas automatiquement et totalement ralliés d’emblée à sa cause. Épisodiquement, il peut faire face à des résistances de la part de ses élèves, ou à décider devant certaines incertitudes. 

Tout élève peut s’engager et interagir positivement dans le cadre de la classe. De même, de temps à autre, il est susceptible de se désengager des activités scolaires pour éviter la difficulté des tâches qui lui sont proposées ou privilégier des activités annexes plus distrayantes ou divertissantes. Il n’est pas toujours pleinement dans son rôle d’élève.

Invariablement, l’enseignant est amené à rencontrer de temps à autre de telles résistances qui sont dans la nature humaine. Elles superposent un facteur aléatoire à l’acte d’enseigner. Elles mènent éventuellement à des situations imprévues. Elles sont susceptibles d’entrer en concurrence avec le bon déroulement du processus d’enseignement. L’enseignement peut être amené à prévenir ces dérives ou à y réagir. 

L’école n’est jamais la stimulation unique ni la priorité, auxquelles sont sensibles les élèves. Les priorités sont fluctuantes et le traitement des émotions est encore fragile à l’adolescence. Pour l’élève, l’école se retrouve en permanence en concurrence au niveau du temps disponible et de l’engagement, avec différentes sources d’information ou d’autres intérêts personnels. 

L’enseignant doit prendre en considération ces difficultés. Le piège pour l’enseignant pourrait être de vouloir rendre trop systématiquement attrayant ou personnalisé, le contenu à enseigner. Trop rechercher l’intérêt des élèves avant tout est susceptible d’être une dérive qui peut se faire au détriment des apprentissages, quand cela amène de la distraction et éloigne des objectifs. L’apprentissage n’est pas en concurrence entre les autres dimensions de la vie de l’élève, mais doit être vu comme en équilibre avec ceux-ci.

L’école ne doit pas chercher à jouer à armes égales avec les autres dimensions sociales et personnelles de l’élève. Elle dispose d’un avantage bien réel sur lequel les enseignants capitalisent. Elle est une norme sociétale et l’éducation est une valeur partagée. Même si les élèves ne sont pas naturellement motivés par l’école, sa fréquentation est obligatoire et représente une convention culturelle à laquelle ils adhèrent.




4) L’enseignant persuade, convainc et donne du sens


Enseigner c’est à tout moment aller chercher la motivation de l’élève qui face à des connaissances secondaires (comme le développe David C. Geary, voir article) ne dispose pas d’une motivation automatique et naturelle. 

L’enseignant cultive et renforce l’engagement de l’élève en construisant sur la zone grise entre connaissances primaires et secondaires pour générer. De cette manière, il soutient et permet le développement de la motivation chez ses élèves. Il leur donne de multiples occasions de réussite, du renforcement positif et l’occasion d’accroitre leurs savoirs et savoir-faire spécifiques.

L’enseignant fait bon usage de la persuasion, du renforcement positif et de son enthousiasme pour s’assurer de soutenir l’engagement de ses élèves. L’enseignant déploie des stratégies qui favorisent ses missions d’éducation et d’instruction. 

Nous devons convaincre nos élèves du bien-fondé des apprentissages et gagner leur adhésion. Nous pouvons les influencer, mais pas les contrôler, ils conservent leur liberté de penser, leurs expériences et leurs caractéristiques personnelles.



5) L’enseignant est authentique


Lorsque l’enseignant est perçu comme authentique par les élèves, cela va de pair avec une bonne gestion de classe. C’est particulièrement le cas dans l’enseignement secondaire. 

La dimension de l’influence de l’enseignant que nous pouvons assimiler à l’autorité ne va pas de soi. Elle ne s’obtient pas automatiquement. Elle prend forme à travers la reconnaissance de l’authenticité de l’enseignant par ses élèves.

En effet, les rapports de coercition qui peuvent accompagner une autorité imposée, mais contestée n’ont pas leur place en classe. Toutefois si l’enseignant ne peut être un despote, il ne peut non plus abandonner le pouvoir à ses élèves ni être leur copain.

Voir articles :



6) L’enseignant met en œuvre des stratégies


Si l’enseignant ne peut jamais savoir ce que pensent exactement ses élèves en général ou chacun d’entre eux en particulier, ceux-ci peuvent tout autant ignorer le fond de sa pensée. 

La pensée stratégique est inscrite par défaut dans toute interaction sociale. La classe est un lieu dans lequel prennent forme différents enjeux portés par les différents protagonistes. Les intérêts des élèves peuvent diverger de ceux de l’enseignant. 

L’enseignant est porteur des contenus qu’il veut enseigner et dans la mesure du possible garant de l’apprentissage de ses élèves. 

L’enseignant vise à avancer à un rythme soutenu en tenant compte de là où se trouvent ses élèves. À l’opposé, ses élèves peuvent souhaiter éviter les difficultés et tendre à limiter leurs efforts. L’enseignant agit stratégiquement pour soutenir et favoriser l’engagement de ses élèves. Il gagne à anticiper, à poser des défis de niveau adéquat, à apporter de la variation dans l’efficacité, à distribuer du renforcement positif. De cette manière, il garde quelques longueurs d’avance en prévenant le risque de désengagement.


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7) L’enseignant s’inscrit dans une perspective à long terme


Si enseigner se vit au présent, l’efficacité déployée à un moment donné est tributaire de la qualité de la préparation antérieure, mais influence également celle du temps futur.

L’enseignement s’inscrit dans le temps long, d’une année. Chaque heure de cours devient donc contributive au succès de l’année complète. De plus, côtoyer régulièrement les élèves crée potentiellement une certaine proximité, une certaine transparence et des habitudes qui vont s’ancrer.

Tout problème non résolu, ou non-dit ou approximation est ainsi susceptible de rebondir plus tard. Ainsi l’enseignant du fait de l’immédiateté des interactions en classe doit souvent répondre à des situations en direct, trouver des solutions sur le champ. Outre le fait qu’il vaut mieux anticiper et parfois temporiser, ces décisions peuvent ainsi avoir des conséquences à long terme.

Dans cette perspective, l’enseignant forme ses élèves aux comportements attendus et aux routines de classes communes de manière à installer des habitudes propices à l’enseignement et à l’apprentissage des élèves.



8) L’enseignant assume l’asymétrie des relations en classe


Dans le contexte d’une classe, les relations pédagogiques s’installent entre un adulte, majeur et porteur de responsabilités, et des élèves, enfants ou adolescents, confiés par leurs parents à l’institution scolaire.

S’il y a une égalité en droit, les devoirs et responsabilités des intervenants en classe sont dissemblables. L’adulte est plus âgé, il est porteur de responsabilités. Il possède plus de connaissances dans son domaine et un plus large bagage d’expériences de la vie de classe que ses élèves. Ce qui est souvent inédit pour ses élèves l’est rarement pour lui.

L’enseignant investit la fonction que lui confère l’institution scolaire. Il a un rôle à jouer en matière d’instruction et d’éducation, qui impose des limites nettes à sa marge d’action. Il doit être leur enseignant, jamais leur copain.

L’enseignant occupe dans la relation la position d’adulte responsable. Il est amené à accepter, refuser ou différer une demande d’élève. S’il ne peut se lier d’amitié avec ses élèves, son attitude gagne à être empreinte de sollicitude, d’attention et d’empathie à leur égard dans le souci de soutenir leurs apprentissages.




9) L’enseignant adhère à un projet éducatif et à ses valeurs


Le travail d’un enseignant ne se limite pas à ce qui se passe entre les quatre murs de sa classe, c’est-à-dire à donner un cours. Son travail est lié à celui de ses collègues et de tous les intervenants de son établissement. L’enseignant participe et s’intègre à la réalisation d’un projet éducatif de l’école qui correspond à des valeurs professionnelles et aux missions de l’enseignement.

L’enseignant est mandaté par la société pour instruire et éduquer les élèves qui lui sont confiés. Il possède une formation dans son domaine et en pédagogie qui le rend compétent pour une pratique professionnelle qui lui confère la société. Sa posture professionnelle s’inscrit dans un cadre de valeurs professionnelles établies, auquel il doit adhérer.




10) L’enseignant développe une expertise professionnelle


S’investir dans sa profession repose sur trois dimensions :
  1. Développer son expertise grâce à une formation continuée éclairée par des données probantes.
  2. Croire en l’éducabilité des élèves
  3. Reconnaitre ses propres limites

Les deux premières dimensions se traduisent pour l’enseignant en la croyance qu’il a la possibilité de surmonter les difficultés qu’il rencontre au quotidien. Celles-ci peuvent être dues à la résistance des élèves ou à la perfectibilité des approches pédagogiques adoptées.

L’enseignant s’engage délibérément dans son travail afin d’améliorer ses pratiques et d’éduquer mieux ses élèves. Dans les deux cas, cela doit se traduire par une amélioration de leurs apprentissages au niveau des contenus et des comportements. Pour ce faire, l’enseignant doit s’engager à la fois dans la relation pédagogique et dans une réflexion sur ses propres pratiques qu’il partagera avec ses collègues dans un contexte collaboratif.

Le caractère particulièrement prenant de la profession d’enseignant l’empêche parfois de se détacher des urgences du moment pour réfléchir sur sa pratique ou de mettre une limite nette entre travail et vie professionnelle. Pouvoir poser ces limites à certains moments et dire stop est toutefois nécessaire afin que l’enseignant ne s’engouffre pas vers un épuisement professionnel et qu’il puisse progresser dans ses pratiques.


Mise à jour le 30/04/21

Bibliographie

Steve Bissonnette, Clermont Gauthier & Mireille Castonguay, L’enseignement explicite des comportements, Chenelière, pp 13-17 2017

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