samedi 20 juillet 2019

Principe de Premack et théorie de la privation de réponse

Le principe de Premack est la formalisation du fameux « Fais tes devoirs d’abord et puis tu pourras jouer aux jeux vidéo ensuite ! » ou du « Si tu veux un dessert, mange tes légumes avant ! », familiers à l’éducation parentale.

La plupart d’entre nous en font un usage occasionnel dans nos propres vies, alternant un temps de travail soutenu, avec des activités plus reposantes du domaine des loisirs. On pourrait à ce titre voir également la méthode Pomodoro comme en étant une application particulièrement sophistiquée (voir article).


(photographie : Błażej Marczak)




Dans sa définition, le principe de Premack est une forme de conditionnement opérant (voir article). Il est utilisé en analyse appliquée du comportement (ABA), par exemple auprès d’enfants autistes. On le retrouve de même dans l’approche de soutien au comportement positif (SCP/PBIS), notamment dans le cadre de l’élaboration de contrats de comportement.

Il a été mis évidence par David Premack, professeur de psychologie à l’Université de Pennsylvanie. Celui-ci a réalisé des recherches sur le comportement animal au départ sur chez des singes Cebus. Par la suite, ce principe a révélé un pouvoir explicatif et prédictif lorsqu’il est appliqué à l’homme.






Principe de Premack


Le principe de Premack démarre d’une observation :

  • Les comportements plus désirables sont ceux que les individus passent plus de temps à faire s’ils y sont autorisés.
  • Les comportements moins désirables sont ceux que les individus passent moins de temps à faire quand ils sont libres d’agir.


L’idée clé est de subordonner deux comportements :

  • Premack considère la conséquence (dans la cadre du modèle ACC, voir article) comme une activité d’un individu dans laquelle celui-ci s’engage pendant un certain temps. À la différence de beaucoup de cas de conditionnement opérant, la conséquence n’est ici pas immédiate. Il s’agir d’une activité différée.  
  • Si une personne veut exécuter une activité donnée, qui lui est plus désirable, elle acceptera de s’engager dans l’exécution d’une activité moins désirable pour l’obtenir. 
  • Ainsi, une personne sera plus motivée à effectuer une activité particulière si elle sait qu’elle accèdera à une activité plus désirable par la suite. 


Effet escompté :

  • Faire dépendre la possibilité d’adopter un comportement qui se produit à un taux d’adoption spontanée élevé, de la réalisation d’un comportement à basse fréquence, aura un effet de renforcement pour le comportement à basse fréquence. 
  • Ce comportement désiré sert de renforcement, on parle de renforçateur d’activité, pour l’autre comportement que l’on cherche à stimuler.



Quelques exemples :

  • Par exemple, une mère qui dit à son enfant : « Tu dois ranger ta chambre (comportement à basse fréquence) si tu veux regarder la télé (comportement à haute fréquence) ! ».
  • Autre cas de figure, un enseignant accepte que ses élèves s’occupent comme ils veulent s’ils ont terminé les exercices qu’il leur a donnés à faire en pratique autonome. Ou encore, il conditionne une activité d’apprentissage ludique en classe, à un engagement sérieux dans une série de tâches préalables. 
  • Dernier exemple, une adolescente effectue des tâches ménagères et ses parents l’autorisent à emprunter la voiture familiale.

On voit que cette approche peut être particulièrement utile et constituer une alternative de renforcement aux menaces, contraintes et punitions. Une relation de donnant-donnant va sembler en outre plus facilement acceptable pour l’élève qui ne se voit pas donner un ordre, mais offrir une alternative dont une des deux options lui fournit un bénéfice ultérieur.


Déterminer un classement de préférence des activités :

  • La fréquence relative du comportement est un facteur important pour déterminer la désirabilité d’un comportement.   
  • Une activité donnée peut être utilisée pour renforcer les activités de moindre valeur, mais non celles de valeur supérieure. Un comportement dont la probabilité d’occurrence est plus élevée peut être utilisé comme renforcement pour un comportement dont la probabilité d’occurrence est plus faible. 


Mode opératoire :

  • Après avoir déterminé le classement des comportements, on peut identifier celle qui sera la plus susceptible de servir de renforçateur d’activité. 
  • Les renforçateurs d’activités peuvent être des activités quotidiennes : par exemple jouer à un jeu de société, lire, écouter de la musique, jouer à l’ordinateur, consulter son smartphone, jouer à l’extérieur, regarder un dessin animé. Ils peuvent être des privilèges : par exemple obtenir le droit de faire quelque chose. Ils peuvent être des événements spéciaux : par exemple une visite au zoo, à la piscine, ou tout autre sortie exceptionnelle.
  • Pour l’enseignant, l’idée est de rendre contingente la réalisation de tâches ennuyeuses à celles de tâches préférées qui servent de récompense.



Limitations du principe de Premack


1) Une limitation du principe de Premack et qu’il ne s’intéresse qu’à l’angle des renforcements et n’explore pas celui des punitions. Il ne rend pas compte des situations où un des deux comportements est aversif, c’est-à-dire non désirable et non naturellement adopté par un individu.

2) Une seconde critique du principe de Premack est la supposée indépendance des fréquences à laquelle les individus adoptent tel ou tel comportement. En effet, le taux de réponse d’une activité peut dépendre de son contexte qui englobe les autres activités disponibles et les antécédents propres à l’individu concerné.

Ainsi, un résultat typiquement constaté et qui ne peut être expliqué par le principe de Premack est que la réponse de renforcement se produit à un taux inférieur lorsqu’elle dépend d’une autre réponse. Par exemple si des parents conditionnent pour leur enfant, le fait de jouer à l’ordinateur au fait de terminer ses devoirs, ils assisteront probablement à une diminution du temps passé à jouer à l’ordinateur.

Cependant, selon le principe de Premack, le taux de réponse de l’individu devrait augmenter pour que l’accès à la réponse de renforcement soit égal à son taux indépendant. Or généralement, on assiste à une diminution de la fréquence du comportement le plus désirable.

3) Une troisième critique du principe de Premack se produit également dans la situation ou une activité est légèrement moins désirable qu’une seconde activité. Si la première présente un déficit en matière de temps qui lui est consacré, elle devient susceptible de devenir un renforçateur pour la seconde activité pourtant plus désirable. Les rôles sont susceptibles d’être inversés.

Par exemple, si un élève préfère étudier son cours de français que son cours de math. Pour augmenter son engagement à étudier son cours de math, on pourrait lui demander de commencer par ce cours durant une certaine période avant d’aborder le cours de français. Cela rencontre complètement le principe de Premack.

Par contre on peut imaginer la situation où le temps qu’un élève consacre au cours de math chute drastiquement. Il n’étudie plus que peu de temps ce cours. Dans ce cas, on peut avoir une inversion des tendances. Le fait qu’il étudie le cours de français durant la durée qu’il souhaite pourrait l’inciter à consacrer plus de temps au cours de mathématiques au lieu de l’abandonner complètement.



La théorie de la privation de réponse


Afin de répondre aux deux précédentes limitations, William David Timberlake et James Allison ont proposé, en 1974, l’hypothèse de la privation de réponse. La théorie de la privation de réponse, aussi appelée théorie de l’équilibre molaire ou théorie de la conservation, constitue une extension du principe de Premack.

Comme le principe de Premack, cette hypothèse fonde le renforcement d’un comportement sur l’accès à un second comportement.

La dimension qu’ajoute cette théorie est une observation de la mesure dans laquelle un individu est privé ou empêché d’adopter le comportement le plus désirable. Celui-ci est par la suite subordonné au comportement que l’on veut renforcer.

Il n’y a renforcement que lorsque l’accès au comportement le plus désiré a été réduit par rapport à son niveau de référence. Dans ce cas, cette activité peut servir de renforçateur pour une seconde activité non désirée. Ainsi, selon cette théorie tout comportement produit à un niveau inférieur à son niveau optimal peut être un renforçateur.

Par exemple si le niveau optimal de préférence d’un individu est d’étudier 25 % du temps et qu’il ne peut qu’étudier 10 % du temps alors étudier plus pourra servir de renforcement pour renforcer un autre comportement.


En conclusion


La théorie de la privation de réponse laisse entrevoir toutes les difficultés que rencontrerait une utilisation trop généralisée du principe de Premack.

Ce qui est visé par un individu n’est pas une activité isolée, mais en permanence un certain équilibre entre différentes activités. Cet équilibre est considéré comme le niveau d’optimisation choisi par l’individu.

Ainsi, un élève va moduler son temps de travail, non seulement en fonction de ses affinités pour les différents cours, mais également afin d’assurer un résultat qu’il vise globalement. Il peut ainsi renforcer son investissement dans des matières qui ne l’intéressent pas grâce à la réussite et l’affinité qu’il ressent pour d’autres branches.

La question qui se trouve derrière le principe de Premack et que l’enseignant doit se poser, avant chaque intervention y faisant appel, est de savoir en quoi celle-ci peut apporter un bénéfice réel.

Le principe de Premack peut très bien fonctionner bien pour :

  1. Des interventions ponctuelles au niveau d’un cours, d’une classe.
  2. Des interventions plus prolongées pour un élève particulier, dans le cadre d’un contrat de comportement.
Ses avantages sont que  :

  1. Il permet de lier entre elles deux activités dans le but d’en faciliter la moins probable. 
  2. Il peut être un réel atout pour stimuler l’engagement d’élèves lorsque certaines tâches particulièrement rébarbatives, mais cruciales pour les apprentissages demandent attention soutenue et abnégation. 
  3. Il permet une économie en matière de renforçateurs et d’incitants puisqu’ils sont naturellement générés par la planification des tâches. Le système permet de créer du renforcement positif simplement en agissant sur l’ordre des tâches et leur dépendance.
  4. Il permet également un renforcement décalé puisque l’activité enviée et promise arrivera à terme si l’activité moins enviée est réalisée avec tout le sérieux nécessaire maintenant.

Cependant, comme toute forme de renforcement, il ne faut pas en abuser et l’utiliser de façon tactique et non systématique (voir article). On risque sinon la situation où les élèves ne concéderont plus à aucun effort sans avoir de carotte dont ils tenteront de négocier à la hausse les caractéristiques.

Le principe de Premack permet d’apporter une motivation extrinsèque lorsque la motivation dans son ensemble fait défaut.

Faire appel au principe de Premack, c’est finalement faire passer le message que dans la vie, tout chose se mérite. Autant être explicite auprès des élèves quant aux objectifs.  L'enjeu est que lorsque l’élève s’engagera pleinement dans la tâche qu’il tend à délaisser, il pourra en retirer une certaine satisfaction qui la rendra plus facile à aborder par la suite.

On peut faire le pari, que bien agencées, des interventions ponctuelles basées sur le principe de Premack peuvent être utiles.

Il est important également d’aller plus loin et d’aborder d’autres dimensions que le béhaviorisme et ses dérivés ignorent, à commencer par la motivation. Il est utile alors de prendre en compte, de manière complémentaire, des approches plus humanistes, comme la théorie sociale cognitive et la théorie de l’autodétermination. Ces dernières offrent un cadre théorique pour de réelles pistes afin aborder la motivation des élèves dans une perspective plus large.





Bibliographie


J.E. Roeckelein , Premack’ principle / law, p 485, Elsevier's Dictionary of psychological theories, Elsevier, 2006

Forget, Jacques. (1995). Les applications éducationnelles et cliniques de la théorie de l'équilibre molaire. 3.

Mary Lea Johanning, Premack Principle,  p 395, in Dr. Steven W. Lee, Encyclopedia of School Psychology, Sage Publications, 2005

Elizabeth G. E. E. Kyonka, Premack’s principle, p1147-1148, Encyclopedia of child behavior and development, Springer, 2011

John O. Cooper, Timothy E. Heron, William L. Heward, from “Positive Reinforcement”, Chapter 11 of Applied Behavior Analysis, Second Edition. John O. Cooper, Timothy E. Heron, William L. Heward, 2007, Pearson

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