lundi 1 janvier 2018

Conseils pratiques de gestion de classe liés aux interventions correctives

La gestion efficace de la classe comprend deux grandes dimensions : les interventions préventives (80%) et les interventions correctives (20%).  Nous allons nous explorer quelque peu dans une première approche, la question des interventions correctives :


(photographie : Barry O'Connor)



Quand intervenir ?


Si la première préoccupation de l’enseignant en gestion de classe est la prévention, les stratégies correctives concernent les élèves qui n'ont pas répondu aux interventions préventives.

Elles sont à employer lorsque des élèves manifestent des écarts de conduite mineurs et majeurs afin de faire cesser ceux-ci. Il s'agit de les amener à adopter un comportement approprié de manière gradué.

Quelle que soit la clarté avec laquelle les règles, les normes et les routines sont enseignées, les élèves testeront toujours toutes les limites. Lorsqu'elles ne sont pas respectées, il est nécessaire que les élèves subissent des conséquences. Celles-ci visent à rappeler à l'élève concerné et à la classe que les normes de la classe doivent être respectées.

Sans les interventions correctives, la dimension préventive ne fonctionnera pas.  Il arrive un seuil où l'enseignant, au delà de toutes les mesures prises pour le prévenir, doit mettre fin au comportement indésirable de l'élève. Il doit alors intervenir s'il ne veut pas que la situation dégénère et que tout le groupe soit emporté dans la tourmente.

Il s'agit de disposer d'un continuum d'interventions destinées à gérer tant les écarts de conduite mineurs que des problèmes comportementaux plus importants ou majeurs. Les stratégies correctives visent à intervenir au moindre coût




Attitudes et stratégies à privilégier par l'enseignant


Pour les stratégies et interventions spécifiques voir  : Ecarts de conduite mineurs en gestion de classe & Ecarts de conduite majeurs en gestion de classe

Ci-dessous sont présentées une série de pistes complémentaire à garder en tête, qui s'intéresser à l'attitude de l'enseignant. 


1. Sanctionner les infractions


S'ils enfreignent les règles, les élèves doivent encourir la pénalité prévue. Il ne faut pas se sentir mal à l’aise par rapport à l’action de donner des punitions. 

Les sanctions doivent faire partie intégrante de la gestion de classe. Elles sont intrinsèques à l’établissement d’un climat de classe propice et contribuent à guider les élèves sur la voie d'un meilleur comportement quand la prévention ne suffit plus.

Tout comportement perturbateur sous quelque forme que ce soit ou quelque lieu que ce soit dans un établissement scolaire, va à l'encontre des valeurs de celui-ci. Il est de la responsabilité naturelle de tout le personnel de contester celui-ci et d’intervenir conformément au règlement.

Les sanction doivent être équitables, cohérentes et proportionnelles. Il ne faut jamais être inconstant, irrégulier ou fantaisiste en la manière. Au plus tôt les élèves apprendront qu'elles ne prêtent pas à des négociations au mieux. L'enseignant obtiendra ainsi une atmosphère de classe où l'apprentissage de tous les élèves est optimisé, et où le bien-être de tous, enseignant inclus, l'est également.

La grande majorité des élèves réussissent dans leurs études et causent peu de problèmes. Il ne faut pas non confondre un comportement inacceptable avec le comportement occasionnel et naturel d’adolescents qui explorent, testent les limites et remettent en question les règles et s’interrogent épisodiquement sur leur légitimité. Sanctionner une infraction c'est aussi s'assurer de son caractère ponctuel.

Lorsque l'enseignant ne réagit pas face à une infraction qu'il a constatée, il est dans le laisser-faire. Ce faisant, il transmet aux élèves le message que l'écart de conduite est acceptable, puisqu'il n'est pas nécessaire pour lui de réagir et d'intervenir.



2. Privilégier la certitude à la sévérité


Des sanctions légères visent à décourager des comportements perturbateurs futurs en leur imposant des conséquences négatives. Agissant comme des punitions, celles-ci ne sont pas universellement efficaces, mais aucune stratégie ne l'est.

La certitude d’une sanction est beaucoup plus importante que sa sévérité. Son effet dissuasif est maximisé lorsque les élèves sont raisonnablement certains que les conséquences suivront inévitablement le comportement fautif. Les sanctions demeurent un élément essentiel de tout système de gestion du comportement. Les enseignants ne devraient pas hésiter à les utiliser lorsque cela est nécessaire, lorsqu'elles sont établies avec équité alors que les règles ont été enfreintes.



3. Suivi, régularité et endurance


Un conseil que certains enseignants expérimentés font parfois aux débutants est de se montrer ferme, rigoureux et intransigeant en début d'année,  puis de relâcher progressivement la pression peu à peu au cours de l’année. La logique de la remarque semble surtout d’inciter les enseignants débutants à ne pas faire preuve de laxisme, car une fois que des perturbations régulières commencent à s’installer, il devient plus compliqué de redresser la barre.

Dans la logique de l’établissement de routines, la meilleure option semble plutôt de montrer dès la départ un niveau d’exigence constant, régulier, cohérent et stable, qui n'évoluera que peu dans un sens ou dans l'autre au cours de l'année. Il impose de ne jamais considérer que les élèves savent ce que l'on attend d'eux, mais plutôt de le savoir très bien soi-même en tant qu’enseignant et de le communiquer en fournissant de la rétroaction sur les écarts constatés de manière anticipative et préventive.

Si l'enseignant rencontre des difficultés au début, il doit maintenir l’effort et persévérer. Si les élèves essaient d'éviter une première sanction ou n’en respectent pas les échéances, il ne faut pas hésiter à escalader la sanction et à impliquer d'autres intervenants responsables de l’écosystème scolaire : titulaire (professeur principal), éducateurs, préfet de discipline, direction, etc.




4. Ne pas fonctionner seul


Vous ne pouvez pas tout faire tout seul, vous existez dans une structure, une hiérarchie d'adultes et une autorité qui peuvent toutes être sollicitées pour vous épauler et vous guider. 

Échanger sur vos difficultés vis-à-vis de certains élèves avec vos collègues qui les rencontrent peut offrir du recul ou des pistes d'actions.  De plus, quand un élève prend conscience que les adultes qui l’entourent sont solidaires et sont conscients des difficultés rencontrées, toute l’institution scolaire gagne énormément en efficacité.

Les élèves qui se comportent mal sont régulièrement également mal organisés. Si vous travaillez avec vos collègues, votre action et vos efforts seront bénéfiques pour tous, à commencer par vous-même et vos élèves.



5. Impliquer les parents


Certains parents sont peu coopératifs, mais ils sont de loin minoritaires. La grande majorité d'entre eux veulent le meilleur pour leur enfant, tout comme vous. Un coup de fil aux parents (fait d'une manière empathique, adulte, ni indignée, ni accusatrice) peut faire des merveilles, une manière de faire prendre conscience, des écarts en matière de discipline en classe, jusqu’à la maison, y trouver écho et activer collaboration et soutien entre parents et enseignants.




6. Ne pas perdre le contrôle


Cela semble évident, mais c'est une erreur courante. Si vous n'obtenez pas le comportement dont vous avez besoin, il est très tentant de s’énerver et de crier. C'est l'erreur à ne pas commettre, car on tombe alors dans le piège de la coercition (voir article). 

  1. C'est l'enseignant qui est l'adulte responsable et il doit le rester à chaque instant. Traiter toujours les élèves avec dignité permet d'attendre de leur part qu'ils traitent les autres - y compris leur enseignant - de la même manière.
  2. Si l'enseignant sort de ses gonds, il devient alors facile pour les élèves de s’en amuser et de s'en moquer. Cela ne donne pas l’effet escompté, car c’est un aveu de faiblesse et cela entame la crédibilité.
  3. Le fait est, qu'avec le recul, c'est une réaction totalement disproportionnée, et jamais la meilleure, vis-à-vis de la plupart des comportements en classe.
  4. Il faut toujours rester maître de soi, conserver le calme et imposer l’apaisement. Il faut reconnaître l'énervement éventuel de l'élève, avoir des paroles apaisantes, mais lui énoncer calmement les conséquences de son acte en fonction de la règle enfreinte. S'il conteste, il suffit de répéter l'opération autant de fois que nécessaire.
  5. Il est important de garder la situation sous contrôle pour tous les élèves de la classe.    





7. Faire preuve de clarté et de transparence


Lorsque les consignes que donne l'enseignant au moment de la mise en activité ou les explications qu’il donne lorsqu’il enseigne manquent de clarté et de précision, elles tendent à amenuiser l'engagement et l'intérêt des élèves.

Cependant, des activités d’enseignement parfaitement préparées peuvent ne pas suffire et dérailler, si la gestion de classe en parallèle est défaillante.

Toute gradation supplémentaire dans les perturbations augmente de même les interférences et diminue la clarté de l’enseignant qui devient moins audible.

L'enseignant gagne à faire preuve de clarté dans ses explications et ses instructions et à rendre transparente ses attentes et son fonctionnement. Ce faisant, il crée un milieu sécurisant et prévisible, où les élèves sont guidés dans leurs apprentissage et où ils savent à quoi s'attendre en cas d'écart de conduite.





8. Être assertif


Il s'agit de dépersonnaliser l’acte de sanctionner et de le professionnaliser. On décide d’agir en tant qu’enseignant et non en fonction d’un ressenti dépendant de notre sensibilité propre et de notre vécu. L’idée d’une démarche assertive correspond à adopter un ton positif et neutre plutôt qu'émotif afin de favoriser l’apaisement.

L'expression « discipline assertive » découle d'un contraste avec une réaction «passive» ou «hostile». C'est l'idée de n'être ni agressif, ni passif face à la perturbation, mais d'intervenir calmement et sereinement, certain de son bon droit et de sa responsabilité en tant qu'enseignant. Il est important de rester positif et d'indiquer les instructions de manière neutre plutôt que de laisser libre cours à des émotions difficilement contrôlées.

Le rappel à la règle et aux valeurs qui la soutiennent permet de conserver une neutralité bienveillante. A ce titre, on envisage la sanction, non comme d'une punition, mais comme une réintégration de l'élève dans le contexte scolaire exemplaire que l'on veut promouvoir.

Une approche assertive de la discipline consiste en un système de conséquences échelonnées sur les mauvais comportements. Elle a été développée à l'origine par Lee et Marlene Canter dans les années 1970. Elle correspond à une gradation des conséquences, on commence par un avertissement, puis on gradue la réponse en cas de récidives.

Il convient également de sermonner aussi confidentiellement que possible. Postposer à la fin du cours, quand les autres élèves sont partis, une discussion avec l’élève source de perturbation. Les élèves sont moins susceptibles de reculer devant un public que seuls devant l’enseignant. Ils ne veulent pas perdre la face devant le groupe.

En temporisant, on évite la confrontation directe toute en donnant un choix à l’étudiant : soit rester silencieux pendant le cours ou choisir de discuter avec l’enseignant au moment de la pause. Cela donne à l'élève un sentiment d'avoir une option, ça permet de temporiser, calmer l’ambiance et prendre du recul plutôt que d’intervenir de suite. S’il y a protestation, on peut utiliser la technique du «disque rayé» qui signifie répéter les instructions face à la protestation. La plupart des enfants se conformeront une fois que le professeur l'a répété quelques fois.





9. Gérer un groupe perturbateur à l'échelle individuelle


Le terme comportement perturbateur décrit des comportements répétés qui interrompent de manière significative l'apprentissage des autres ou menacent leur sécurité personnelle ou leur bien-être, ou discréditent l'organisation...

Il n'est pas utile car peu productif de considérer des « groupes d'élèves » comme étant un acteur perturbateur singulier.

Le traitement de la situation est bien plus efficace s’il se passe à l’échelle de la personne, et cela de la même manière qu’il est faux de supposer qu'une seule approche ou procédure sera efficace dans toutes les circonstances face à un fait identifié.

Les racines du comportement perturbateur sont complexes et individuelles. Elles comprennent :
  • l’origine sociale de l’élève, 
  • le dysfonctionnement familial, 
  • les déficiences de l’encadrement parental, 
  • des expériences négatives à l'école, 
  • l'intimidation, 
  • les difficultés d'apprentissage
  • les caractéristiques psychologiques de l’individu concerné. 

Une gamme d'approches est donc nécessaire, dérivée et adaptée aux besoins individuels. 

Les individus et leurs comportements doivent être considérés dans leur contexte afin de comprendre les origines du comportement et d'apporter une réponse efficace.

Le but n'est pas de sanctionner uniquement mais de sanctionner avec une portée éducative dans le but de permettre à chaque élève concerné de retrouver sa place dans le projet d'établissement.




10. Faire un bon usage des routines


Les routines ou procédures de gestion de classe représentent tout ce qui est lié aux comportements attendus pour les élèves dans l'entrée ou à la sortie de classe, au début du cours, ce qui concerne les mouvements, la façon de poser une question ou de donner une réponse en classe, etc.

Il est nécessaire que l'enseignant ait les idées claires à propos de ce qu'il attend exactement et les communique précisément aux élèves.  Il doit donc y réfléchir avant, les avoir déterminées exactement avant d'entrer en classe. Il faut également que celles-ci soient fonctionnelles, appliquées et renforcées par l'enseignant, elles doivent rester constantes et ne pas varier en fonction de l'état d'esprit de l'enseignant.

Ces comportements doivent être entraînés, soumis à des rétroactions et du renforcement, dès le début de l'année, puis rappelés assez régulièrement, spécifiquement après les périodes de vacances.




11. Bien distribuer l’attention


L'enseignant doit être attentif et disponible, veiller au bien-être et à des conditions optimales d'enseignement et d'apprentissage, pour toute la classe et pour chaque élève en particulier.

Si l'enseignant tend à se concentrer spécifiquement sur les élèves avec lesquels il interagit spontanément, sa surveillance de la classe en pâtit. Une partie des élèves se retrouve avec trop de degrés de liberté dont ils vont user.  Ceci entraine l'installation de problèmes contre lesquels l'enseignant va devoir réagir plutôt que de prévenir.

L'enseignant doit donc distribuer son attention et ses interactions avec tous les élèves de la classe et de manière plus spécifique assurer un contact plus régulier et plus proche avec ceux susceptibles d'être perturbateurs.





12. Faire preuve de souplesse


Un système de gestion de classe, construit sur des routines, de la prévention et es interventions correctives, n'est pas parfait du premier coup. De même, bien qu'une classe ordonnée, attentive et silencieuse soit souhaitable, elle n'implique pas pour autant une une approche rigide et inflexible dans sa mise en œuvre d'un plan.

Si une routine ou une approche ne fonctionne pas, il faudra la modifier. Si un élève ne réagit pas bien à une intervention, il faudra en trouver une nouvelle. S'il est important d'insister sur un comportement approprié, pour bâtir une communauté de classe positive, l'accent ne doit pas être mis uniquement sur la conformité, mais également sur la coopération.

Enseigner efficacement à des adolescents implique de prendre en compte leurs motivations et leurs intérêts. Voir article 1 et article 2 sur la théorie de l'autodétermination pour un développement de ces questions.

Des stratégies de gestion de classe qui s'inscrivent dans cette optique de motivation comprennent les suivantes :

  1. Donner aux élèves l'occasion de faire des choix 
  2. Discuter de la justification des règles 
  3. Responsabiliser davantage les élèves
  4. Encourager l'autorégulation au niveau des comportements
  5. Fournir une rétroaction qui reconnaît la croissance des habiletés et des compétences
  6. Réduire l'importance des comparaisons entre élèves
  7. Utiliser des activités qui favorisent leur collaboration. 
Il est utile de tenir compte de la motivation lors de la conception de votre système de gestion. A ce titre, il est importent que les élèves saisissent bien que celui-ci apporte une contribution non négligeable au succès de leur apprentissage en permettant d'installer une atmosphère positive pour tous en classe.





(mise à jour 15/11/19)

Bibliographie


Tom Bennett, The Beginning Teacher's Behaviour Toolkit: A Summary, 2019

Tom Bennett, Top Ten Behaviour Tips, 2015, https://www.tes.com/teaching-resource/tom-bennett-s-top-ten-behaviour-tips-plus-one-6315883

Greg Ashman, Ouroboros (2016)

Steve Bissonnette, L’enseignement explicite des comportements, Conférence à l’UMons, 2018, https://youtu.be/o_2G8cjPJqA

Bissonnette, Steve, Gauthier, Clermont, Castonguay, Mireille, L’enseignement explicite des comportements, Pour une gestion efficace des comportements en classe et dans l’école, Chenelière Éducation, Montréal, 2016

Marie Bocquillon, Steve Bissonnette & Clermont Gauthier,  Faut-il utiliser l’enseignement explicite en tout temps ? Non... mais oui !, Apprendre et enseigner aujourd’hui, vol 8, n°2,  printemps 2019

Sargent, K J – Behaviour Management Guidance – North Lindsey College (2017)

Clermont Gauthier et Steve Bissonnette, L'enseignement explicite : une approche pédagogique pour la gestion des apprentissages et des comportements, in Clermont Gauthier & Maurice Tardif, La Pédagogie (4ème Edition),  Chenelière Education,  2017, pp 245-263

Edmund T. Emmer, Carolyn M. Evertson, Classroom Management for middle and high school teachers, Pearson, 2017

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