mardi 19 février 2019

Ecarts de conduite majeurs en gestion de classe

Aussi appelés perturbations de niveau élevé, les écarts de conduite majeurs correspondent aux situations où un élève ou un groupe d'élèves adopte un comportement qui nuit au bon fonctionnement de la classe dans son ensemble.


(Photographie: John Ranck)



Une définition


Ainsi, un écart de conduite majeur est soit :

  1. Un manquement aux attentes comportementales préalablement enseignées, qui nuit au bon fonctionnement de la classe :
    1. Impact sur la qualité de l'enseignement prodigué par l'enseignant
    2. Impact sur la qualité de l'apprentissage des élèves 
  2. Un écart de conduite mineur  qui persiste malgré diverses interventions réalisées visant à la traiter.
  3. Un comportement dangereux, illégal, illicite (harcèlement, violence, intimidation, drogue, vol, etc.).

Ce comportement indésirable est une action entreprise par un ou plusieurs élèves qui menace de perturber durablement le flux des activités ou le cours de l'action.

Ce comportement peut également menacer la sécurité du groupe ou violer les normes d'un comportement reconnu comme acceptable.

Les élèves peuvent ainsi se retrouver de fait, volontairement ou involontairement, dans une posture de confrontation ou de subversion, plus ou moins volontaire ou spontanée, dont la nature même discrète n'échappe pas aux autres élèves ni à l'enseignant.

Ces situations peuvent être exceptionnelles, dues à des causes exogènes, des facteurs externes antérieurs ou concomitants, ou à des élèves présentant certains troubles du comportement.

Ces situations peuvent également devenir endémiques à une classe ou à certains cours d'un enseignant, c’est-à-dire de nature endogène : des élèves qui fonctionnent bien dans d'autres contextes peuvent se mettre à sortir du cadre quand le contexte le permet ou les y incite.

Il est important de déterminer précisément, au niveau d'un établissement scolaire, ce qui est considéré comme un écart de conduite majeur, car l’élève doit être retiré de la classe puisque son comportement compromet l’enseignement et l’apprentissage. 




Importance de leur prise en compte


Une école efficace est une école qui a développé une politique claire en ce qui concerne la gestion des écarts de conduite majeurs. Il s'agit de réfléchir aux processus d'intervention, à leur organisation et aux partages des compétences et des responsabilité dans le traitement de ces situations.

Dans de tels établissements, les enseignants peuvent gérer adéquatement les comportements des élèves. Ils connaissent les motifs pour lesquels un élève doit être retiré de son milieu d’apprentissage et savent qu'il y aura une prise en charge adéquate au niveau de l’école.




Stratégies correctives


Lorsque les écarts de conduite sont majeurs ou lorsqu’il s’agit d’écarts de conduite mineurs qui persistent, des interventions plus conséquentes telles que l’analyse de la fonction du comportement gagnent à être mises en place.

L'enseignant doit dans tous les cas opter pour des dispositifs plus importants pour comprendre la situation et identifier des stratégies appropriées.

Il s'agit donc quand la situation se présente d'utiliser les ressources disponibles :

  1. Accumuler des données comportementales par une observation systématique
  2. Déterminer la fonction du comportement négatif
  3. Demander de l'aide spécialisée au besoin.

Une fois la situation bien analysée, il est temps d'agir à l'échelle individuelle. En effet il y a peut de chances que des solutions générales soient universellement efficaces pour chaque élève




Utiliser les ressources disponibles


1) Accumuler des données comportementales par une observation systématique


Lorsqu’un élève éprouve des difficultés ou manifeste des écarts de conduite persistants malgré les diverses stratégies mises de l’avant par l’enseignant, il est important de garder des traces et des informations relatives à ces évènements.

Dans la perspective d'une approche de type réponse à l'intervention (voir article), tout les données relatives aux difficultés d'apprentissage ou de comportement gagné à être recueillies.

Dans un second temps, ces informations constituent de précieuses références documentant les compétences comportementales d'un élève, laissent voir l'amplitude des difficultés et permettent d'élaborer des interventions et d'entrevoir des pistes qui pourraient être développées.

Le ou les enseignants en prise avec l'élève concerné, note systématiquement les contextes et le cadre :

  • Dans lesquels l’élève adopte les comportements souhaités :
    • L'idée est de ne pas noircir le tableau, de rester le plus objectif possible, et de permettre à l’enseignant de préciser, pour un élève en particulier, ce qui va mal, mais aussi ce qui va bien sur le plan comportemental. 
    • De manière assez naturelle, un enseignant ne va remarquer que ce qui le dérange et ne pas complètement percevoir tous les moments où l'élève a un comportement complètement adéquat.
    • Ce sont les moments où l'élève adopte les normes comportementales qui vont fournir des indications sur les interventions efficaces à réaliser pour favoriser l’adoption des comportements souhaités.  
  • Dans lesquels les écarts de conduite de l’élève se manifestent : 
    • Une grille d’observation sert à consigner, facilement et rapidement, différentes information . 
    • Cette grille est toujours à disposition de l'enseignant afin qu'il puisse noter ses observations en temps réel.

Dans un second temps, l'enseignant peut adopter une démarche proactive afin de récolter sélectivement des données et d'obtenir un portrait de la situation de l'élève qui manifeste des écarts de conduite majeurs :

  1. Donner la priorité aux comportements les plus dérangeants pour l’ensemble de la classe en matière d'enseignement ou d'apprentissage.
  2. Cibler au maximum trois comportements problématiques à observer. Parmi ceux-ci, un ou de deux doivent permettre de recueillir des données concrètes et mesurables.
  3. Observer ces comportements, à l'aide de la grille, pendant environ deux semaines. 





2) Déterminer la fonction du comportement négatif


Il s'agit d'analyser les comportements de l’élève perturbateur afin de faire des hypothèses sur ce que ce dernier cherche à obtenir ou à éviter par sa conduite répréhensible.

Les deux fonctions les plus fréquentes du comportement sont  :
  1. L’évitement 
  2. L’obtention de l’attention.

Comprendre la fonction d’un comportement négatif permet de proposer à l’élève un comportement de remplacement.  Cela permet de déterminer quel type d’intervention sera le plus efficace pour modifier ce comportement.

Le processus est rendu possible grâce à l'analyse systématique des données accumulées. L'examen minutieux des contextes dans lesquels l’élève adopte le comportement négatif  par rapport à ceux où il ne le manifeste pas, fournit des informations facilitant la formulation d’une hypothèse sur la fonction potentielle du comportement indésirable.

On peut mettre ainsi en évidence le ou les stimuli qui servent de déclencheur : une matière spécifique, un type d'activité ou de tâche demandée, etc. On peut donc émettre l'hypothèse d'une tentative d'évitement et agir pédagogiquement sur les causes de ces difficultés ou enseigner des comportements de substitution plus positif : acquérir des stratégies utiles, suivre de la remédiation pour pallier à des difficultés antérieures, apprendre à demander de l’aide au besoin plutôt qu’à se désorganiser.




3) Demander de l'aide spécialisée au besoin


S'il est recommandé que les enseignants soient formés à des stratégies spécifiques s'ils s'occupent d'élèves ayant des besoins comportementaux élevés, cette stratégie est également susceptible d'atteindre ses limites.

Malgré toute les bonne volonté des enseignants, il peut arriver des situations où toutes les interventions mises en place ont échoué. Il est alors utile de faire appel à une aide spécialisée fournie par un professionnel ayant des connaissances approfondies sur les difficultés d’ordre comportemental, tels un psycho-éducateur, un psychologue ou un éducateur spécialisé.



Agir à l'échelle individuelle


Comprendre et connaître les élèves, analyser la fonction de leur comportement, permet d’être plus efficace dans la réponse que l’on appores à leur comportement en l’individualisant plutôt qu’en y répondant de manière générique. 


Exemple, lors d’un cours, deux élèves sont à l’origine de perturbation qui nuisent au fonctionnement du cours

L'élève 1 a l'impression de manquer d'attention de la part de l'enseignant et la souhaite même si elle est négative
L'élève 2 veut s'échapper de la classe parce qu'il s'ennuie, alors il agit pour se faire exclure.


Si l'enseignante ou l'enseignant n'envoie pas l'enfant, cela renforcerait le comportement inutile de l'élève 2, alors que pour l'élève 1, cette stratégie pourrait dissuader ce comportement. Réprimander l'enfant en classe pourrait réorienter l'élève 2 mais renforcerait la mauvaise conduite de l'élève 1.

Rééquilibrer les influences


Une piste intéressante consiste à tenir compte des facteurs susceptibles d'influer sur le comportement des élèves et envisager comment l'école peut faire pour y remédier.

De nombreux facteurs peuvent expliquer le comportement des élèves à l'école. Les élèves sont au carrefour d’influences positives et négatives sur leur comportement.

Des événements extra-scolaires, par exemple des soucis familiaux, un manque d’intégration sociale ou des problèmes relationnels au niveau de l’école peuvent avoir une influence néfaste sur le comportement scolaire.

En prenant conscience des événements qui se cachent derrière une dégradation du comportement, on se donne les chances de réagir avant que celle-ci ne devienne extrême. Il y a alors plus de chances d'atténuer tout changement négatif et de maintenir l'élève dans des zones positives, à la fois en termes de comportement scolaire global.

Le principe consiste à augmenter le nombre d'influences positives ou à réduire les influences négatives, à travers des conseils, un suivi, des propositions à l'élève concerné. Lors que l'élève se trouve dans une phase de détérioration de son comportement, c'est à ce moment là qu'il a le plus besoin d'influences positives, car elles seront mieux en mesure de contrer l'influence négative que ne pourraient le faire de simples punitions.


L'usage de contrats de comportement


Une fois tout ce travail d'analyse effectué, l'équipe enseignant doit agir. Une piste d'action est celle de contrats de comportements individualisé, mis à jour de manière journalière pour accompagner les " élèves à problèmes. On sélectionne quelques objectifs réalistes et personnels à mettre en oeuvre par l'élève, qui lui sont accessible.

Cette approche évite de faire appel à un système de conséquences universel qui ne répond pas à la spécificité des problèmes de l'élève.





(mise à jour 20/11/19)  


Bibliographie 


Edmund T. Emmer, Carolyn M. Evertson, Classroom Management for middle and high school teachers, Pearson, 2017

Steve Bissonnette, L’enseignement explicite des comportements, Conférence à l’UMons, 2018, https://youtu.be/o_2G8cjPJqA

Steve Bissonnette, Clermont Gauthier & Mireille Castonguay, L'enseignement explicite des comportements, Chenelière, 2017
Steve Bissonnette, Pour assurer une école bienveillante : le Soutien au Comportement Positif (SCP), CRIFPE, Vivre le primaire p41-43, hiver 2017

Clermont Gauthier, Steve Bissonnette & Marie Bocquillon, L’enseignement explicite : une approche pédagogique efficace pour favoriser l’apprentissage des contenus et des comportements en classe et dans l’école”, Apprendre et enseigner aujourd’hui, vol 8, n°2, printemps 2019

Clermont Gauthier et Steve Bissonnette, L'enseignement explicite : une approche pédagogique pour la gestion des apprentissages et des comportements, in Clermont Gauthier & Maurice Tardif, La Pédagogie (4ème Edition), Chenelière Education, 2017, pp 245-263

Improving Behaviour in Schools, Guidance Report,  Education Endowment Foundation, 2019

0 comments:

Enregistrer un commentaire