vendredi 13 janvier 2023

Théories de l’intelligence et théorie du QI

La théorie du QI s’intéresse principalement au concept d’intelligence mais comment s’intègre-t-elle aux théories de l’intelligence.


(Photographie : Kay Von Aspern)






Quotient intellectuel (QI) et intelligence innée ou acquise


Dans le cas du QI, l’intelligence est considérée comme déterminant la capacité des personnes :
  • À apprendre
  • À obtenir un niveau donné des résultats scolaires
  • À assumer des rôles de premier plan dans la société. 

Dans la conception des origines, les théoriciens du QI, comme William Stern, ont affirmé que l’intelligence fondamentale était innée. De nombreux psychologues aux États-Unis et en Europe ont soutenu cette conclusion et des psychologues comme Terman et Binet ont développé des instruments spécialement conçus pour tester l’intelligence innée des personnes. 

Ces instruments ont été analysés à l’aide des méthodes statistiques les plus récentes, telles que l’analyse factorielle, développée par Thurstone et Spearman. Ces analyses ont montré que tous les éléments (questions) de ces tests mesuraient essentiellement un grand facteur, appelé g, ou intelligence générale. 

Par conséquent, la théorie du QI affirme que les gens ont une intelligence générale sous-jacente, qui permet de prédire leur capacité d’apprentissage et leurs performances scolaires (Howe, 1997).

Si les premières théories ont largement insisté sur la nature innée de l’intelligence, la considérant comme une propriété innée. Des recherches ultérieures ont toutefois clairement montré que le QI peut être amélioré par des interventions éducatives, ce qui signifie qu’il ne peut pas être totalement inné. 

Dans la foulée sont apparues notamment les notions d’intelligence fluide (plutôt innée) et d’intelligence cristallisée (plutôt acquise). Par conséquent, lorsque nous testons le QI d’une personne, nous testons donc à la fois son niveau d’éducation et ses capacités innées.

Toutefois, il existe une base génétique importante à nos résultats scolaires.



Critiques contre la théorie du QI


Un premier domaine de critique porte sur les méthodes utilisées pour mesurer l’intelligence, qui ont produit g. 

D’un point de vue statistique, la méthode d’analyse factorielle développée par des chercheurs a été conçue pour trouver un grand facteur sous-jacent et le valider

D’une certaine manière, une théorie préexistante a conduit au développement de méthodes destinées à la confirmer ces théories. Cependant, le processus s’est affiné et derrière le facteur g, nous trouvons maintenant une multiplicité d’autres facteurs. Ces théories ultérieures n’ont pas démenti l’existence de g.

Un deuxième domaine de critique est que la théorie de l’intelligence se concentre également sur l’intelligence « scolaire », ce qui risque de déprécier d’autres compétences et aptitudes annexes. C’est dans cette voie que s’est engouffrée la théorie des intelligences multiples.

Un troisième domaine de critique est que la mise en évidence d’un facteur mesurable qui distingue les gens peut être utilisée à mauvais escient. L’une des premières utilisations des tests de QI a consisté à examiner les différences d’intelligence entre des groupes particuliers de la société. Cela s’est fait en fonction de leurs aptitudes présumées à assumer des rôles de premier plan dans la société.

Or, les résultats de ces études nous en disent bien plus sur les sociétés dans lesquelles elles ont été menées et leur manière d’organiser l’éducation. Elles nous en disent bien moins sur l’intelligence des différents groupes, qui, en fait, ne diffère pas de manière significative.

Au total, ces critiques ne suffisent pas à rejeter la théorie du QI. 

À ce jour, la recherche a clairement établi qu’une aptitude générale sous-jacente influence les performances des élèves dans une variété de matières. Par exemple, la corrélation entre les performances des élèves en mathématiques et dans leur langue maternelle et de scolarité est forte.

L’intelligence générale existe et peut constituer un facteur prédictif significatif des résultats et de l’apprentissage des élèves.

Pour des modèles plus récents, nous renvoyons vers les deux articles :

La théorie des intelligences multiples


Pendant plusieurs décennies, aucune théorie alternative n’a été capable de surmonter la domination de la théorie du QI. En 1983, Howard Gardner (1983), avec la publication de Frames of Mind, dans lequel il expose sa théorie des « intelligences multiples », a trouvé un terrain favorable.

S’opposant au modèle en cours à l’époque d’un facteur g, Howard Gardner a pris le contrepied. Il a avancé que les humains n’ont pas une seule intelligence générale, mais se caractérisent plutôt par un éventail d’intelligences. 

Ainsi, plutôt que d’être globalement intelligent, un individu peut être particulièrement fort dans certains domaines, par exemple les mathématiques, tandis que quelqu’un d’autre peut être particulièrement fort dans un autre domaine, par exemple dans différents sports.

Nous renvoyons vers l’article ci-dessus pour une analyse critique de la théorie de Gardner.


Nous reprendrons uniquement la conclusion selon laquelle la principale faiblesse de la théorie des intelligences multiples est qu’elle ne considère pas réellement l’intelligence, mais plutôt des talents et des aptitudes que présentent des individus.

Pour compléter l’article ci-dessus critique sur les intelligences multiples, nous pouvons évoquer deux autres recherches.  

Visser et ses collègues (2006) ont testé la théorie des intelligences multiples de Gardner sur un échantillon de 200 adultes :
  • Pour chacun des huit domaines d’intelligence supposés, ils ont sélectionné deux tests sur la base de la description de leur contenu par Gardner. 
  • L’analyse factorielle a révélé 
    • Un facteur g marqué pour les tests évaluant les capacités purement cognitives : linguistiques, logico-mathématiques, spatiales, naturalistes et interpersonnelles.
    • Un facteur g moins marqué pour les tests d’autres capacités corporelles et kinesthésiques. 
  • Ces résultats se sont révélés cohérents avec le modèle hiérarchique de l’intelligence.
    • Les résultats appuient les conclusions précédentes selon lesquelles :
      • Des tests très diversifiés d’aptitudes purement cognitives partagent de fortes charges en lien avec un facteur d’intelligence générale
      • Les aptitudes impliquant des influences sensorielles, motrices ou de personnalité, présentent des charges plus faibles en lien avec le facteur g.

Par conséquent, lorsque nous testons la validité du modèle des intelligences multiples, nous retrouvons en réalité des preuves de l’existence d’un facteur g conformes aux prédictions de théories de l’intelligence en lien avec le modèle hiérarchique. 

Lynn Waterhouse (2006) a examiné les preuves liées à la théorie des intelligences multiples, à l’effet Mozart et à la théorie de l’intelligence émotionnelle. Elle a mis en évidence que ces théories ne bénéficient pas d’un soutien empirique adéquat et ne devraient pas servir de base aux pratiques éducatives. Elle a comparé chaque théorie à ses homologues en psychologie cognitive et en neurosciences cognitives qui bénéficient d’un meilleur soutien empirique.

Les résultats de la recherche neurologique montrent un chevauchement important entre les voies neurales contrôlant différentes fonctions cérébrales. En effet, de nombreuses compétences nécessitent la présence de plus d’une intelligence, ce qui signifie qu’une fonction exécutive globale doit être présente. Il n’est donc pas possible de démontrer à la fois la base scientifique de ces théories et leur pertinence dans le monde réel.



Bibliographie


Daniel Muijs, David Reynolds. (2018). Effective Teaching. Sage

Visser, B. A., Ashton, M. C., & Vernon, P. A. (2006). Beyond g: Putting multiple intelligences theory to the test. Intelligence, 34(5), 487–502. https://doi.org/10.1016/j.intell.2006.02.004

Lynn Waterhouse (2006) Multiple Intelligences, the Mozart Effect, and Emotional Intelligence: A Critical Review, Educational Psychologist, 41:4, 207-225, DOI: 10.1207/s15326985ep4104_1

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