jeudi 8 juillet 2021

No excuses ou l’application stricte et soutenue d’une gestion du comportement

Nous l’avons vu (voir article), l’approche américaine tolérance zéro a largement montré ses limites. Nous nous intéressons ici à ce qui est parfois considéré à tort comme son équivalent au Royaume-Uni, l’approche no excuses.

(Photographie : Pedro Marcelino Custódio)


No excuses, une vue générale


L’approche no excuses est adoptée par différentes écoles au Royaume-Uni. La plus emblématique est la Michaela Community School. Au contraire de l’approche tolérance zéro qui traite des écarts de comportement graves, l’approche no excuses est destinée à des perturbations scolaires de bas niveau, mais qui nuisent au bon fonctionnement scolaire. 

Il a été rapporté que l’atmosphère des classes des écoles qui adoptent l’approche pas d’excuses tend à être radicalement transformée. Les élèves ressentent un bien-être plus élevé et les enseignants peuvent y travailler dans de meilleures conditions. Si cette approche semble efficace, elle n’a pas encore été analysée par une recherche rigoureuse. Nous disposons de témoignages même si le modèle théorique peut quant à lui être expliqué.

Dans ce système, les infractions mineures au règlement aboutissent à des retenues scolaires de courte durée, durant lesquelles les élèves fautifs restent à l’école en dehors des cours

Dans ces écoles, les élèves responsables de perturbations plus graves sont exclus de leur classe. Ils reçoivent un suivi pour déterminer les causes profondes de leur comportement. Ils sont ensuite accompagnés dans un programme conçu pour les aider à s’améliorer. Ce n’est pas non plus une approche de type tolérance zéro pour ces cas de figure. 




Cadre théorique de l’approche pas d’excuses


(Source, Joe Kirby [2016])
 

Le système est basé sur deux variables indépendantes. :

  • Des attentes élevées pour tous les élèves qui se traduisent par des limites strictes.
  • Un soutien qui croit avec le niveau de besoin des élèves 


Les attentes élevées se traduisent dans ce système par une amélioration des facteurs suivants :

  • L’assiduité scolaire
  • Le fait d’avoir avec soi tout le matériel nécessaire pour apprendre
  • Le respect des échéances et des consignes
  • Le respect des règles de politesse et de savoir-vivre
  • Le maintien du silence dans les couloirs et des déplacements fluides et rapides entre les cours


L’approche pas d’excuses permet l’établissement d’une culture qui met en avant le sens de la responsabilité dans les choix, les erreurs et des revers que peuvent rencontrer les élèves sans recherche d’excuses.

Le principe fondateur est que les excuses sont déresponsabilisantes. Elles risquent d’amener certains élèves à s’affranchir d’attentes élevées, ce qui pourrait jouer en leur défaveur à long terme.

L’approche pas d’excuses vise essentiellement les perturbations mineures. C’est par exemple le fait de déranger le cours, d’être absent sans justificatif, ne pas remettre un devoir à temps ou ne le faire qu’à moitié.

Lorsque les élèves recherchent des excuses pour leurs erreurs et leurs fautes, ils se reposent sur elles. Ils finissent par en rejeter la responsabilité personnelle. Cela peut les empêcher de s’améliorer.

L’acceptation et la prise de responsabilité supportent des réflexions personnelles de la part des élèves. Celle-ci portera sur leur amélioration ce qui a un effet bénéfique sur leur bien-être ultérieur. 

Pas d’excuses ne signifie pas qu’aucune raison légitime n’est jamais acceptée. Elles doivent correspondre à des situations exceptionnelles et temporaires. Il est essentiel de faire la distinction entre les excuses et les raisons valables.

Ce sont les exceptions inutiles qui sont exclues pour éviter un effet de contagion des normes. S’il y a des incohérences entre les enseignants ou si trop d’exceptions sont proposées, de plus en plus d’élèves commencent à se demander pourquoi certaines attentes élevées en matière de comportement méritent d’être suivies.

Chaque élève, quel que soit son parcours, est considéré comme capable d’obtenir de bons résultats scolaires et de réussir dans la vie. Dès lors, des attentes élevées en matière de comportement et d’apprentissage sont exprimées et mises en œuvre pour tous les élèves. Les écoles travaillent avec insistance pour renforcer la fierté et l’appartenance à l’école. Elles inculquent à leurs élèves les valeurs fondamentales de l’école et l’importance de leur propre éducation.

Aucun élève ne recevra un traitement spécial ou ne réussira son année scolaire s’il ne maîtrise pas les matières concernées au niveau requis. De même, il n’existe pas d’exemption de punition.



Une volonté de cohérence


Être trop permissif, autoriser trop d’exceptions, risque de créer chez les élèves un sentiment d’impuissance, d’égoïsme ou de dépendance plutôt qu’un sentiment de responsabilité, de considération et d’autonomie. 

Il est plus facile à court terme de prêter une calculatrice à un élève plutôt que de le sanctionner pour avoir oublié d’apporter la sienne. Il semble anodin de laisser chuchoter deux élèves tranquillement parce qu’ils ont déjà répondu à toute une série de questions, alors que la majorité des autres élèves n’aborde que la troisième. 

Ce que nous montre l’approche pas d’excuses est que c’est peut-être une erreur qui porte sur la confusion entre l’application d’attentes élevées et la recherche d’un apaisement à court terme. Nous avons à cultiver le sens de l’autonomie et les capacités d’autorégulation des élèves. 

Tolérer ce genre de comportement s’ils correspondent clairement à une infraction préalablement explicitée n’est pas rendre service aux élèves. Il est plus utile pour les élèves de les sanctionner et d’avoir une conversation avec eux sur leur prise de responsabilité et leur sens de l’organisation. Si les élèves ne sont pas confrontés à une conséquence ou même à un défi, ils n’apprendront pas à s’améliorer.

Dès qu’il existe une marge d’interprétation d’un comportement et de la sanction qui lui est associée, il en résulte des incohérences entre les enseignants. Ces divergences injustifiées entraînent des réactions négatives de la part des élèves. La perception de certains enseignants comme étant injustes et d’autres enseignants comme étant amicaux peut saper les tentatives des enseignants de faire respecter les règles et de construire des relations solides avec les élèves. Si le comportement et la conséquence sont clairement définis, cela devrait réduire considérablement les différences entre les membres du personnel.




Soutien et enseignement efficace


Tous les élèves n’étant pas égaux, un soutien supplémentaire tant émotionnel que comportemental ou scolaire sera assuré auprès des élèves qui en manifestent le besoin. Toutefois, cela ne se traduira aucunement pas par une réduction des attentes à leur égard. 

Le code de comportement et de discipline doit laisser peu de place à l’ambiguïté ou à l’incohérence en ce qui concerne les comportements attendus. Beaucoup de temps et d’énergie sera investi en début d’année scolaire pour enseigner aux élèves comment se comporter en classe et comment être respectueux envers ses enseignants et ses pairs. 

Le code de comportement comporte un système strict de conséquences qui sont automatiquement appliquées en cas d’infraction aux règles (retard, non-respect des consignes, impolitesse, etc.). 

Les conséquences prennent essentiellement la forme de retenues. Elles sont pour la Michaela Community School d’une durée de 20 minutes pendant la pause de midi ou après l’école. Les élèves ne réalisent jamais de punitions qui consistent à recopier des documents ni ne doivent rédiger une réflexion personnelle. Au contraire, ils s’autoévaluent ou étudient une matière et un sujet de leur choix pour réviser ce qu’ils apprennent en cours. L’instantanéité des retenues à la pause de midi et après l’école signifie que les élèves peuvent plus facilement se souvenir de la raison pour laquelle ils ont été retenus. De cette manière, ils ne l’ont pas oubliée le lendemain, lorsqu’ils se retrouvent dans des conditions similaires.

Les retenues sont des conséquences claires et des incitations utiles à s’améliorer. Elles indiquent aux élèves les valeurs de l’école et de la société en général : responsabilité, ponctualité, politesse. Leur certitude et leur cohérence sont bien plus importantes que leur sévérité.

L’analyse des données sur l’apprentissage et le comportement est constante et continue dans ces écoles. Ces données sont utilisées dans la planification des cours, des devoirs et du tutorat. 

Dans la culture de l’école, les élèves performants et ceux qui fournissent beaucoup d’efforts sont mis en évidence positivement et célébrés.

De même, ces écoles adoptent un enseignement explicite 

Toutefois, ces attentes élevées et l’approche pas d’excuses ne sont possibles que parce qu’elles sont contrebalancées par un soutien important auprès des élèves pour l’apprentissage des contenus et du comportement.

Tout ce système nécessite tout un processus de formation, d’initiation, d’étayage et d’accompagnement auprès des élèves et de la communication vers les parents.




Conclusion


L’approche pas d’excuses diffère complètement de l’approche tolérance zéro, car elle se fonde sur des attentes élevées. Ce type de chalenge n’est possible qu’avec une culture d’école forte et ancrée et grâce à une cohérence dans sa mise en œuvre. 

Les enseignants et les élèves doivent savoir clairement pourquoi certains comportements sont renforcés et pourquoi d’autres sont sanctionnés. Cela signifie qu’il y a une adhésion des deux parties, que la récompense ou la sanction sont significatives et explicites. Il devient également plus évident pour un élève de faire le lien entre ses actions et les conséquences. Expliquer le pourquoi et l’importance de toute récompense ou sanction est le meilleur moyen d’y parvenir. Le pourquoi est presque toujours lié à la responsabilité, à l’optimisation de l’apprentissage et au respect.

En l’absence d’une politique de comportement claire et formelle, chaque enseignant peut toujours appliquer cette approche dans sa classe. 

Ce système nécessite une dynamique sans failles et la conviction nécessaire pour l’installer, le maintenir et soutenir tout le système d’attentes élevées. Les sanctions données ne font que correspondre à un temps d’apprentissage encadré supplémentaire pour les élèves concernés. Sans une dynamique de soutien offert aux élèves et l’expression d’attentes élevées, ce système ne peut pas fonctionner. 

Un autre avantage de l’approche se rencontre pour les nouveaux enseignants. Le plus grand soutien qu’une direction d’école peut apporter aux enseignants est de leur ôter toute autonomie en matière de comportement en leur offrant à la place un système performant et uniformément partagé. Cela signifie qu’il doit y avoir une clarté absolue sur les conséquences spécifiques de certains comportements — cela doit être formel. 




Bibliographie


Joe Kirby, No Excuses: High Standards, High Support, 2016, https://pragmaticreform.wordpress.com/2016/12/10/no-excuses-high-standards-high-support/

Pritesh Raichura, Evolution of my Pedagogy: Behaviour, 2017, https://bunsenblue.wordpress.com/2017/01/23/evolution-of-my-pedagogy-behaviour/

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