mardi 6 juillet 2021

Enseigner la littératie dans le cadre de chaque matière

Pour permettre à leurs élèves d’accéder à une meilleure compréhension du monde qui les entoure, les enseignants ont par leurs actions la responsabilité d’accroitre leurs connaissances, et par-là leur capital culturel. 

(Photographie : oformat)



Mais nous ne sommes pas uniquement chargés d’enseigner à nos élèves les connaissances et les compétences liées à notre matière. Nous devons également leur apprendre à s’exprimer adéquatement en mobilisant ces apprentissages dans différents contextes. 

La littératie est définie par l’OCDE comme l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités. 

Une amélioration des habiletés langagières permet aux élèves de mieux accéder aux contenus scolaires et d’élargir leur capital culturel. Le développement des compétences linguistiques est particulièrement nécessaire. La langue est le moyen par lequel nous accédons à de nouveaux contenus.

Peu importe notre domaine d’enseignement, nous devons reconnaitre notre responsabilité dans le développement de la littératie de nos élèves. Dès lors, chaque enseignant doit aider ses élèves à développer leur compétence linguistique dans son domaine.




Différents niveaux de langage


Un premier élément d’importance est d’apprendre aux élèves à utiliser différents types de langage dans différents contextes. 

Par exemple, il existe des différences manifestes entre le langage oral et le langage écrit. De même, il y a des caractéristiques spécifiques propres au langage d’une conversation informelle qui sont distinctes de celles attendues dans le cadre d’un échange spécifique portant sur des contenus plus techniques.

Les élèves ne se rendent pas souvent compte qu’ils doivent utiliser la langue différemment selon le contexte. Par exemple, ils ne feront pas naturellement l’effort d’acquérir les spécifiés du langage technique en mathématiques ou en sciences. Dès lors, si nous ne leur apprenons pas explicitement à modifier et adapter leur langage en fonction des contextes que nous rencontrons dans nos cours, ils ne changeront pas forcément d’eux-mêmes.

Nous devons rendre explicites les caractéristiques linguistiques orales et écrites des contenus de la manière que nous enseignons. Le principal obstacle des enseignants est d'être soumis au biais cognitif de la malédiction de la connaissance pour la matière que nous enseignons avec le rôle d'expert. Nous avons une compréhension implicite des modes d’expression dans nos matières. Ils nous paraissent basiques et triviaux. Ce n’est pas le cas pour nos élèves qui peuvent trouver ces usages complexes, difficiles et intimidants. 




Intégrer efficacement l’enseignement du langage dans notre pratique


Nous avons une réelle mission d’élucidation et de clarification des spécificités du langage dans notre matière. 

Acquérir ces notions sur la manière dont des contenus sont écrits permettra aux élèves de mieux décoder l’implicite et d’atteindre peu à peu une compréhension plus profonde et plus aisée. Ce que nous visons dépasse la simple compréhension des phrases individuelles.

Nous devons encourager de bonnes habitudes linguistiques chez les élèves. Cela signifie que nous devons enseigner explicitement aux élèves comment utiliser un langage plus technique, plus général, plus formel, plus académique. Nous devons modeler ces approches, les faire pratiquer de manière guidée puis autonome en vérifiant leur compréhension. 

La pratique doit être distribuée dans le temps et progresser au fur et à mesure. Ces processus nécessitent des occasions de pratique, du renforcement et de la rétroaction dans un mode continu, car il est exigeant et à lieu dans l’espace de la classe.

Ces principes de l’enseignement linguistique peuvent facilement être intégrés dans la pratique de tout enseignant et devraient être routiniers. En agissant de la sorte, nous pouvons contribuer à accélérer pour les élèves leur accès à la richesse des connaissances disponibles. Nous les aidons à élargir leur capacité à comprendre le monde.




Techniques spécifiques


Les élèves sont régulièrement exposés à de nombreux termes techniques dans chacune de leurs matières et sont censés les maîtriser et en faire un usage commun. 

Bon nombre de ces termes sont entièrement spécifiques au cours considéré et ne seront jamais utilisés dans un autre domaine. Il est donc essentiel que nous prévoyions qu’ils apprennent à les comprendre et à les utiliser correctement dans le cadre de nos cours.

La clé pour planifier cette progression est de donner aux élèves de nombreuses occasions de s’exercer à utiliser les mots une fois qu’ils ont compris leur signification.

L’une des méthodes les plus efficaces consiste à faire en sorte que les élèves aient des occasions de les prononcer, de les entendre, de les lire, de les appliquer et de les écrire dans de multiples situations différentes. Lorsqu’ils les utilisent de manière erronée, l’enseignant fournir une rétroaction formative.

Nous nous trouvons dans la perspective du « Redis-le-moi mais redis-le-moi mieux » propre à la vérification de la compréhension en enseignement explicite. 

Lorsque nous présentons du nouveau vocabulaire à nos élèves. Nous devons également les accoutumer à son usage. Un des meilleur moyen pour nous assurer qu’ils l’apprennent et qu’ils peuvent l’utiliser avec succès est de reformuler les réponses qu’ils donnent pour donner l’exemple et le tempo, pour les amener au niveau attendu. 

Le langage technique désiré contient des idées normalement abstraites et du vocabulaire spécialisé. Les réponses font référence à des principes ou à des conclusions plutôt qu’à des cas spécifiques. Le principe est d’utiliser la troisième personne plutôt que la première pour arriver à une meilleure maîtrise.

Nous devons également insister sur l’usage de phrases complètes. Cela va de pair avec l’usage de phrases impersonnelles mobilisant le vocabulaire spécialisé. Chaque intervention d’un élève au cours doit être exprimée ainsi. Même pour des questions fermées pour lesquelles la réponse pourrait se limiter à un mot, nous devons insister pour que les élèves répondent par des phrases complètes.




Bénéfices indirects


Introduire en classe ce type de démarches présente différents avantages non négligeables : 

  • Il y a un impact réel sur l’écoute par les élèves de la question posée par l’enseignant. En effet, celle-ci peut en général être aisément paraphrasée et donner la plupart des éléments de langage nécessaires à l’élaboration d’une réponse technique adéquate.
  • En matière de suivi formatif des élèves, ces démarches sont très révélatrices du degré de compréhension d’un élève. Parfois, un élève peut trianguler la réponse ou l’obtenir par chuchotement d’un voisin. S’il peut bredouiller deux ou trois mots, il fait illusion. Cependant, s’il doit construire une phrase complète avec le vocabulaire spécialisé attendu, son manque de compréhension ne passera pas inaperçu. L’enseignant aura une bien meilleure perception de ses difficultés et pourra réagir plus rapidement avec la rétroaction formative adéquate.
  • Le processus peut contribuer à donner progressivement un meilleur sentiment de compétence aux élèves qui améliorent leur auto-efficacité et leur motivation. 
  • Tous les élèves baignent plus encore dans un langage de qualité ce qui les aide à se l’approprier encore plus.
  • Les élèves peuvent comprendre un fait ou une idée, mais ne peuvent pas l’exprimer correctement, en travaillant cet aspect-là en classe dans leurs réponses orales, nous contribuons également à la qualité de leurs réponses écrites.




La dimension de l’évaluation


Un autre domaine où la justesse de l’utilisation du langage est fondamentale, mais qui possède ses propres codes est celui de l’évaluation sommative.

Les élèves doivent comprendre le vocabulaire technique des questions et savoir comment structurer les réponses attendues. Connaitre et comprendre la matière est essentiel, mais savoir comment répondre aux questions, déterminer l’attendu et structurer les réponses peut tout autant être crucial.

Décrire, comparer, justifier, modéliser, démontrer ou expliquer peuvent recouvrir des utilisations très différentes des mêmes verbes en fonction des enseignants et des matières. Les attentes derrière ces stratégies devraient être uniformisées et explicitées.

Pour les élèves, se tester à répondre à des questions types d’examen une fois les connaissances, les compétences et les stratégies de réponse acquises et d’avoir un suivi sur la qualité de leurs réponses est également important.




Bibliographie


Pritesh Raichura, The limits of my world, 2016, https://bunsenblue.wordpress.com/2016/06/04/the-limits-of-my-world/

Pritesh Raichura, 5 Steps for Effective Revision + Activity Ideas, 2016, https://bunsenblue.wordpress.com/2016/05/01/5-steps-for-effective-revision-activity-ideas/

OCDE, 2000, La littératie à l’ère de l’information, https://www.oecd.org/fr/education/innovation-education/39438013.pdf

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