dimanche 16 juillet 2017

Pourquoi organiser des travaux de groupe?

Nouvelle digression et réflexion qui fait suite à la lecture du livre de Greg Ashman, "Ouroboros" et à ses quelques pages sur le sujet du travail de groupe.


S’il y a un cours où le travail de groupe possède une nature endémique c’est le cours de sciences lorsqu’il est une option et cela pour des contingences bien réelles, lors la réalisation de séances de laboratoire, qui imposent des limites en ce qui concerne :
  • le matériel indispensable à leur réalisation qui souvent est fragile et couteux;
  • l’espace disponible pour l’installation des dispositifs expérimentaux;
  • les raisons de fiabilité statistique qui demandent une certaine répétition des expériences;
  • une certaine simultanéité d’opérations et une prise de mesure rapide et précise qui en découle, imposées à travers le mode opératoire.
De part mon expérience, le bon déroulement d’un laboratoire nécessite :
  • Un savoir-faire pratique : de bonnes capacités pratiques en ce qui concerne les manipulations et une expérience  préalable du matériel utilisé. 
  • Des capacités en termes de gestion de projet, savoir-mettre les priorités, déceler les étapes qui peuvent être des goulots d’étranglement, collaborer, bien planifier et gérer le temps.
Quelles valeurs ajoutées pour les travaux de laboratoire :
  • C’est l’aspect pratique qui domine, l’utilisation d’outillage scientifique, ses techniques et limitations propres.
  • C’est la sensibilisation avec l’incertitude des mesures et la précision.
  • C’est un rapport concret avec le phénomène scientifique, avec l’objet d’étude lui-même, un rapport au réel qui complémente l’approche abstraite de cours théoriques. 
Quelles valeurs ajoutées pour les travaux de groupes en général :
  • Favoriser le travail d'équipe
  • Favoriser les échanges sur un sujet et mobilisant de manière active l'attention des participants.
  • Favoriser l'expression orale et l'argumentation dans la défense de points de vue.
Qu’est-ce que ça n’est pas :
  • L’occasion de comprendre ou apprendre de nouvelles théories ou concepts car les exigences de la pratique ne laissent pas de temps à ces dimensions. Ces concepts doivent donc être enseignés avant ou restructurés explicitement après.
  • Une forme d’apprentissage par les pairs car:
    • L’accent étant mis sur la performance liée à la pratique et au traitement des résultats, c’est la division du travail qui prime sur les échanges entres étudiants.
    • Les étudiants les plus performants dans un groupe prennent le leadership et effectuent la majorité des tâches laissant celles secondaires aux suiveurs, accentuant en cela leur désinvestissement et désintérêt. 
    • Dans une même optique un questionnement trop insistant d’un étudiant en perte de repères par rapport aux exigences du mode opératoire sera perçu comme contre-productif et postposé par les membres performants orientés vers la réalisation de la tâche. 
    • Les étudiants non impliqués dans le coeur de l'action se démotivent et ont naturellement tendance à discuter d’autre chose pendant que les autres travaillent, manifestation concrète du concept de « paresse sociale » en psychologie sociale.

Comme le relate Greg Ashman, une expérience de recherche (Diehl, M., & Stroebe, W. (1987). Productivity loss in brainstorming groups: Toward the solution of a riddle. Journal of personality and social psychology,53(3), 497.) a montré que:
  • La perspective, pour une personne, que sa contribution au groupe sera évaluée pour le groupe a tendance à amoindrir sa contribution. 
  • Ainsi, plus d’idées uniques sont générées par quatre personnes travaillant individuellement que par un groupe de quatre. Le phénomène s’amplifie avec la taille du groupe. 
  • Ainsi un travail de groupe génèrera un résultat moins pertinent que la somme des contributions isolées de ses membres.

Le fait de travailler en groupe pousse à se reposer sur la contribution des autres pour s’économiser personnellement.

Différentes techniques permettent d’atténuer ces effets et se basent sur une responsabilisation des différents membres du groupe pour atténuer ce phénomène :
  • distribution des rôles
  • échéances et contraintes sur la production imposant un investissement de chacun.
  • évaluation aléatoire d’un membre du groupe pour attribuer la note collective ce qui permet d’inciter à l’apprentissage coopératif en fixant un objectif de groupe où chacun a une responsabilité individuelle potentiellement décisive et donc chacun doit être informé de l'ensemble du travail.
Mais :
  • Il n’y a cependant pas de preuve que ce travail collectif imposé parfois par des contraintes matérielles ait un réel bénéfice par rapport à un équivalent individuel.
  • Il n’y a pas de garantie sur le fait qu’un membre du groupe sabote – involontairement ou volontairement - le résultat global. Il est difficile d’évaluer la démarche de chaque élève et d’analyser les dynamiques relationnelles au sein du groupe. On risque de pénaliser certains participants ou en amener certains à se sur-investir pour s’assurer que d’autres n’entrainent pas des déficiences.

Une utilisation alternative du travail de groupe pourrait être de s'en servir comme d'un outil de remédiation, d'évaluation par les pairs et de différenciation selon la technique des feux tricolores : 
  •  Suite à un travail réalisé individuellement à la maison, les apprenants notent avec les couleurs verte, orange ou rouge leur propre confiance sur la réussite/compréhension du devoir. Vert indiquant que le travail n'a posé aucun problème, orange étant un avis nuancé et rouge, l'aveu de difficultés réelles. 
  • En classe, les apprenants aux couleurs vert et orange peuvent se regrouper ensemble pour s’évaluer et partager leur apprentissage par rapport au devoir. L’enseignant peut, de son côté, se concentrer sur les apprenants ayant inscrit la couleur rouge dans leur travail

Le choix de passer par un travail de groupe n'est donc pas anodin et nécessite un rapport coût/bénéfice  bien évalué avant de se lancer. 

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