vendredi 21 juillet 2017

Pour un usage immodéré de l'évaluation formative! (partie 1 : une vue d'ensemble)

Je suis très intéressé par les notions d'évaluation formative et j'en fais un usage immodéré dans mes cours de math et trop modéré pour l'instant dans mes cours de sciences.  Voici donc une synthèse de lectures sur le sujet, histoire de situer mes démarches et étayer mes convictions (la bibliographie sera présente dans la dernière partie sur le sujet) :




On distingue différentes formes d’évaluation:
  • Evaluation prédictive ou diagnostique: elle est réalisée avant un enseignement ou une formation. Elle permet de donner une appréciation sur l'acquisition des pré-requis ou vérifier si les habilités jugées nécessaires au suivi d’une formation sont présentes. Elle n'a pas pour but de donner accès ou de restreindre l'accès à un cours ou à une formation. 
  • Evaluation formative : elle s’inscrit au coeur même des activités d’apprentissage et d’enseignement et permet de les moduler et de les orienter.
  • Evaluation sommative ou certificative : elle détermine si l’étudiant a acquis les compétences requises pour un apprentissage qu'il a suivi. Elle se situe donc à la fin d'un apprentissage pour vérifier les acquis. Elle a une fonction certificative, elle mesure la somme des connaissances acquises. Elle produit un état synthétique, souvent chiffré, des capacités des élèves. Les erreurs sont alors sanctionnées comme des manques ou des faiblesses. La note obtenue comptera pour la moyenne ou la réussite d'un examen, d'une formation.
  • Evaluation normative : elle est utilisée dans le cadre des examens d’entrée ou pour restreindre l'accès comme c'est le cas des numérus clausus. Les examens d’entrée pour l’accès aux études d’ingénieur civil, de médecine et de dentisterie en sont des exemples. Elle classe les étudiants  et les sélectionne en fonction de la répartition gaussienne de leurs résultats.
Avant de pousser plus loin, il est utile d’en tracer les limites et préciser ce que l'évaluation formative n’est pas.
  •  L’évaluation formative est une microstratégie parce que c’est une des composantes des activités d’apprentissage et d’enseignement.  C’est avant tout un outil qui permet de dynamiser ces deux types d’activités.
  • L’évaluation formative ne fonctionne pas seule et est intégrée à une macrostratégie afin d’évaluer la progression des apprentissages. Elle peut être en être un élément-clé d’une pédagogie, mais elle ne s’y substitue pas ; elle participe à d’autres conceptions, elle s'y intègre.
  • L’évaluation formative ne possède aucune valeur certificative. Elle ne nécessite pas d'échelle de notation standardisée. Elle n’est pas intégrée aux notations chiffrées dans le bulletin. Elle oriente la planification de l’enseignement. Elle prend la forme d’un soutien explicite aux apprentissages plutôt que celle d’une sanction.
Le concept d’évaluation formative a été développé à l’origine en opposition à l'évaluation sommative, partant  d’un constat selon lequel les pratiques d’évaluation traditionnelles ont des conséquences négatives sur le processus de scolarisation des élèves.

L’évaluation formative est vue comme un moyen d’atteindre les objectifs de la formation tout au long de la vie. Elle améliore le niveau des élèves et aide les enseignants à répondre aux besoins de populations d’élèves de plus en plus diversifiées, elle peut ainsi contribuer à réduire les inégalités en individualisant une forme de suivi.

"Savoir apprendre" est aussi important qu’apprendre des savoirs. L’évaluation formative porte non seulement sur les performances des élèves mais aussi sur le développement des compétences requises pour "savoir apprendre".

Les enseignants qui recourent à ces méthodes d’évaluation formative accompagnent les élèves dans le développement de leurs compétences personnelles du "savoir apprendre".

Parmi les buts recherchés de l’évaluation formative :
  • Il y a celui de développer la compréhension, de ne pas favoriser l’apprentissage superficiel qui encourage le par cœur et de privilégier l’amélioration personnelle plutôt que la compétition.
  • Il y a aussi le but d’éviter que les informations envoyées en retour par les enseignants remplissent principalement des fonctions de socialisation, de classement et de gestion de la discipline plutôt que d’apprentissage.
  •  Il y a la mise au point d’un mécanisme destiné à resserrer les écarts (ceux entre deux élèves pris au hasard et ceux entre le niveau de compétence atteint à un moment donnée par un élève et le niveau attendu) qui se traduit par des mesures que les enseignants et les élèves prennent effectivement pour modifier ces écart ou parvenir à une vision commune des objectifs et démarches d’apprentissage mis en place.

L’évaluation formative permet :
1.     de gagner du temps 
2.     d’améliorer la qualité de l’enseignement 
3.     de renforcer les liens avec les élèves et des contacts accrus avec les parents 
4.     de se concentrer sur les besoins des élèves les moins forts 
5.     d’intégrer diverses méthodes pédagogiques 
6.     d’aboutir à des productions différentes et de meilleure qualité des élèves 
7.     de susciter un investissement personnel accru des élèves.

Pour quelles raisons est-ce que l’évaluation formative reste peu connue et peu courante ?
  • Tout le système scolaire est basé sur une sélection progressive et élitiste par élimination progressive des élèves les plus faibles, alors que l'évaluation formative vise l'inverse.
  • Les conceptions courantes de l’évaluation la voient plus comme normative que basée sur des critères. Elle est vue comme une façon de classer les élèves en fonction de leur niveau selon une perspective figée alors même que son objectif de de mettre en route des dynamiques de progrès.

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