dimanche 22 décembre 2019

Influence du comportement interpersonnel de l’enseignant sur les résultats de ses élèves

L’observation peut être triviale, mais elle bénéficie de données probantes pour l’appuyer. Lorsqu’un enseignant conjugue des facteurs de proximité et d’influence sur ses élèves, cela se traduit par un effet fort et positif sur leurs résultats cognitifs et affectifs.


(Photographie : Aaron Canipe)





Résultats cognitifs


Voir article sur les notions d’influence et de proximité :

En général, plus l’enseignant sera perçu comme influent, meilleurs seront statistiquement les résultats cognitifs de ses élèves. L’influence de l’enseignant semble la variable la plus importante au niveau de la classe.

Des relations similaires ont également été trouvées pour la dimension de proximité :

  • Principalement sur des critères tels que le fait d’apporter un soutien, d’être patient, amical et compréhensif
  • Dans une moindre mesure sur les aspects de la responsabilité et de l’autonomie confiées aux élèves

Plus les enseignants étaient perçus comme coopératifs, plus les résultats des élèves aux tests cognitifs étaient élevés.

Cependant, les relations entre la proximité et les résultats cognitifs ne sont pas toujours simples à démêler :

  • Dans certaines études, on a pu prouver que l’opposition, l’insatisfaction ou le comportement de réprimande étaient liés à un rendement inférieur. Cependant, il n’a pas été montré que la convivialité et la compréhension de l’enseignant soient liées à un rendement supérieur.
  • Dans d’autres études, la relation entre la proximité et les résultats cognitifs n’est pas linéaire, mais curviligne. Des perceptions plus faibles de la proximité vont de pair avec des résultats faibles, mais des valeurs intermédiaires et supérieures avec un rendement supérieur jusqu’à ce qu’un certain plafond optimal de proximité ait été atteint. C’est-à-dire qu’au-delà d’un certain niveau de proximité, les résultats cognitifs baissent.

Lorsque les résultats scolaires de l’élève sont utilisés, les relations avec le comportement interpersonnel de l’enseignant ne sont pas concluantes.




Résultats affectifs


Les études portant sur les associations entre la relation enseignant-élève et l’affectif sont beaucoup plus constantes dans leurs résultats que ne le sont les études portant sur la relation avec les résultats cognitifs.

Toutes les études révèlent une relation positive entre l’influence et la proximité de l’enseignant et les mesures des résultats affectifs de ses élèves. Ceux-ci sont habituellement mesurés en fonction de leur motivation propre au sujet concerné.

En général, les effets de la proximité de l’enseignant sont un peu plus forts que ceux de l’influence.

En général, plus la perception de proximité est élevée, plus la motivation des élèves est grande.

Avec des mesures plus spécifiques de la motivation des élèves liée à la matière, d’autres études trouvent des relations positives entre un comportement utile/amical et compréhensif de l’enseignant et les émotions ressenties par leurs élèves. Ces émotions étant le plaisir, la confiance, l’aptitude à l’effort et le sentiment de pertinence.

Des associations fortes et positives ont également été démontrées entre le leadership de l’enseignant et les dimensions positives, amicales et affectives propres aux élèves. Des associations négatives ont par contre été mises en évidence avec des attitudes de l’enseignant telles que l’expression d’avertissements, de son insatisfaction et une certaine intransigeance dans l’application de la rigueur.





Influence du style interpersonnel de l’enseignant sur la motivation de ses élèves


L’effet du comportement interpersonnel des enseignants sur la motivation propre à la matière des élèves est à la fois direct et indirect, par le biais des processus de motivation et de régulation des élèves.

Il y aurait deux voies causales (statistiquement) significatives menant de la proximité au plaisir ressenti par les élèves :

  • Un chemin relie les deux variables directement, c’est-à-dire que la proximité de l’enseignant rend l’apprentissage plus agréable.
  • L’autre chemin relie la proximité à la régulation des émotions par l’élève :
    • Dans un contexte plus positif, les élèves vont mieux gérer leurs émotions. 
    • Cette gestion des émotions a une influence sur les efforts qu’ils consentent à fournir. 
    • Ensuite, le fait de faire des efforts qui se traduisent en un avancement affecte à son tour le plaisir ressenti.

La proximité de l’enseignant telle que perçue par les élèves peut donc affecter directement l’état d’esprit des élèves, mais aussi indirectement par le biais d’activités d’apprentissage réalisées par les élèves.





Activités d’apprentissage des élèves


Les activités d’apprentissage dans lesquelles s’engagent les élèves servent de médiateur entre la perception du profil interpersonnel de l’enseignant et les résultats de ces élèves.

En effet, l’engagement des élèves dans ces activités d’apprentissage va dépendre de la perception qu’ont les élèves de la réglementation de celles-ci et du profil interpersonnel de l’enseignant.

Les élèves ont d’autant plus l’impulsion de s’engager activement dans les activités d’apprentissage qu’ils perçoivent leur enseignant comme influent.

L’enseignement et le profil perçu par l’enseignant lors des parties frontales face à la classe sont cruciaux pour le type de relation qui se développe lors des pratiques autonomes ou coopératives. Un enseignant qui possède un leadership lors de l’enseignement en frontal va ainsi avoir des élèves plus responsables, engagés et autonomes durant les parties non frontales du cours.

S’il veut pouvoir donner plus de liberté, d’autonomie et le sens des responsabilités aux élèves durant la partie autonome ou coopérative, c’est durant les moments frontaux que l’enseignant doit faire preuve d’un leadership fort.

Pour favoriser les progrès cognitifs et affectifs de ses élèves, l’enseignant gagne à développer un profil interpersonnel qui se caractérise par un degré élevé d’influence (leadership ou dominance) et de proximité (coopération ou soutien) envers ses élèves.






Comment les enseignants s’autoévaluent-ils ?


En général, lorsqu’ils autoévaluent leur profil interpersonnel, beaucoup d’enseignants :

  1. Surestiment leur sens du leadership et de la proximité : aidant, amical ou compréhensif
  2. Sous-estiment leur incertitude, l’expression de leur insatisfaction et leur tendance à réprimander.

C’est doublement problématique, car :

  1. Les comportements pour lesquels les enseignants se surestiment sont positivement liés au rendement et à la motivation des élèves
  2. Les comportements pour lesquels les enseignants se sous-estiment sont négativement liés au rendement et à la motivation des élèves.


Ni les élèves ni l’enseignant lui-même ne considèrent qu’il atteint son idéal en matière de profil interpersonnel.

Il a été démontré que pour environ deux tiers des enseignants, la perception qu’ils ont de leur propre comportement occupe une position entre l’idéal de l’enseignant concernant le comportement interpersonnel et la perception des élèves.

Cela signifie que de nombreux enseignants ont un jugement plus favorable sur l’environnement d’apprentissage que celui estimé par les élèves. Ces enseignants voient leur comportement plus comme leur idéal que leurs élèves.

La recherche montre notamment que dans l’enseignement secondaire, les perceptions des élèves sont généralement de grande qualité. Elles ressemblent davantage aux données des observateurs de référence que les perceptions que les enseignants ont d’eux-mêmes.

Plus l’enseignant et ses élèves sont en désaccord avec leurs perceptions du comportement de l’enseignant, plus les élèves perçoivent l’enseignant comme incertain, insatisfait et réprimandant. Or, ces comportements sont contre-productifs en ce qui concerne la promotion des résultats cognitifs et affectifs des élèves.





Améliorer les relations dans la dimension de l’influence


Au cours de la carrière d’enseignant, aux yeux des élèves, les relations interpersonnelles s’améliorent au cours des cinq premières années et deviennent moins positives après 20 ans d’expérience.

La recherche a mis en évidence les caractéristiques des relations interpersonnelles et des comportements non verbaux que les enseignants devraient s’efforcer d’établir avec les élèves, afin de créer des relations positives avec leurs élèves. Ces relations favorisent leurs résultats affectifs et cognitifs.

Elle a aussi mis en évidence que c’est lors des parties frontales du cours que les élèves se forgent leur impression de l’enseignant. Deux tiers des enseignants, on l’a vu, surestiment les qualités de leurs relations interpersonnelles.

Il est souhaitable que les enseignants développent des modèles de comportement dominants et coopératifs ainsi que le comportement non verbal qui les accompagne.

Pour les enseignants débutants, une formation axée sur les caractéristiques du leadership développer à la fois la dimension de l’influence et la dimension de la proximité peut être efficace.

Plus particulièrement chez les enseignants débutants, c’est la dimension de l’influence qui fait défaut.






Améliorer les relations dans la dimension de la proximité


Lorsque dans les interactions qui s’installent entre un enseignant et ses élèves, celui-ci n’inclut pas une forme de compréhension émotionnelle, il se retrouve dans une situation où il ne connait pas bien ses élèves.

Dès lors, les enseignants peuvent facilement mal interpréter l’attitude des élèves, prendre de l’exubérance pour de l’hostilité ou le fait qu’ils se taisent pour du respect envers leur personne. Le risque est réel que l’enseignant ait une lecture inadéquate du ressenti des élèves de sa classe.

Ces enseignants sont susceptibles de voir les émotions de leurs élèves comme une extension de leurs propres émotions, comme une déduction de leur propre ressenti. Cela les pousse alors à traiter les élèves de façon stéréotypée, attribuant les états émotifs types à des groupes complets, à des profils d’élèves bien délimités, niant la somme d’individualités diverses.

Le développement de la dimension de proximité nécessite des manières de procéder et des interventions dans la formation des enseignants qui sont quelque peu différentes de celles propres à la dimension de l’influence. Il s’agit d’aider les enseignants à choisir les compétences appropriées, dont souvent ils disposent, mais n’activent pas, dans des situations particulières.

Des pistes d’actions consistent dans le fait de :
  • Donner un aperçu des processus circulaires de communication
  • Montrer la futilité d’essayer de résoudre le problème en blâmant l’autre partie.
Elles peuvent aider à activer un comportement interpersonnel qui faisait déjà partie de leur répertoire de comportement.

Voir à ce sujet les articles suivants :




Bibliographie


Wubbels, Th. ; Brekelmans, M.; den Brok, P.; van Tartwijk, J. W. F. (2006) Evertson, C., Weinstein, C. S. (eds.), Handbook of classroom management: research, practice and contemporary issues, pp. 1170–1177

Hargreaves, Andy. (2005). Educational change takes ages: Life, career and generational factors in teachers’ emotional responses to educational change. Teaching and Teacher Education—TEACH EDUC. 21. 967–983. 10.1016/j.tate.2005.06.007.

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