Gérer le stress et la motivation dans la planification
L’utilisation d’une liste de tâches pour l’apprentissage autonome permet d’éviter des sources potentielles de stress lié aux échéances, car elle évite d’oublier des tâches et de s’en souvenir dans l’urgence.
En travaillant sur une tâche, nous ne nous demanderons plus si nous avons négligé quelque chose de plus important ou de plus urgent. Nous prendrons en compte toutes les tâches à réaliser et nous travaillerons sur la plus importante à ce moment-là.
Les listes de tâches permettent également de lutter contre un problème de motivation. En découpant l’investissement dans des parties de tâches plus gérables, elles deviennent plus envisageables.
Un sentiment possible quand on termine une session de travail est d’avoir l’impression de ne pas avoir été très productif. Différents éléments imprévus de l’ordre de l’erreur de planification peuvent se manifester et détourner une partie de notre temps. Nous pouvons également avoir largement sous-estimé le temps nécessaire pour terminer une tâche. Nous pouvons avoir rencontré des difficultés et dû fournir des efforts, mais nous avons terminé la session de travail loin du point où nous souhaitions aboutir.
Une liste de tâches ne mettra pas fin à ce genre de situation. Cependant, en regardant notre liste après coup, nous pouvons nous dire : « Je ne suis pas là où je pensais être, mais différentes étapes claires auront déjà été accomplies ». Une liste de tâches nous encourage en nous montrant ce que nous avons réalisé.
Pour ces raisons, il est important de revoir notre liste de tâches à la fin de chaque session de travail. Nous devons en faire une habitude pour tirer une fierté bien méritée de tout ce que nous avons accompli.
Un dernier avantage lié à une liste de tâches est qu’elle peut être utile pour vaincre une tendance à la procrastination. Elle est un prérequis pour la technique Pomodoro qui est particulièrement utile également à l’apprentissage autonome.
En conclusion, la création d’une liste de tâches pour chaque session de travail nous aidera à rester concentrés. Elle nous rassurera sur le fait que nous travaillons sur ce qui est le plus important et nous montrera ce que nous avons accompli.
Planifier des objectifs d’apprentissage dans une perspective à long terme
Lorsque nous planifions, nous considérons souvent nos attentes à court et à moyen terme et laissons souvent nos aspirations à long terme de côté.
Pourtant, ce que nous choisissons de prioriser à court terme et à moyen terme n’est pas sans conséquences sur nos perspectives à long terme. Une partie de la planification consiste à choisir intelligemment ce qu’il faut apprendre au cours des années.
Pour certains élèves, ce choix se fait en catimini parce qu’ils ne reconnaissent pas leur responsabilité croissante dans leur propre éducation.
Pourtant, sans réflexion ni planification, certains élèves risquent de faire des choix de filières pour des raisons de facilité. Un élève qui n’aime pas les mathématiques peut faire des choix d’option qui limitent sa confrontation avec cette matière tout en lui permettant de progresser vers la fin du secondaire. Il peut se rendre compte alors tardivement que le type d’études supérieures qui l’intéresse présente des exigences élevées en mathématiques.
Les élèves doivent prendre en compte leurs aspirations, leurs objectifs à long terme. Quel type de travail espèrent-ils exercer dans dix ans ? S’il est inutile d’être précis en cas d’incertitudes, il faut cependant réfléchir à des catégories générales. Il s’agit également de réfléchir si le domaine d’intérêt professionnel est compatible avec les dimensions personnelles d’une vie comme souhaitée. Sera-t-il possible de poursuivre cette carrière n’importe où ou faudra-t-il se déplacer vers là où ce type de travail existe ?
Souvent de tels choix vont déjà avoir des implications pour certains choix d’options ou de filières dans le secondaire. Y aura-t-il dans ces études supérieures des cours qui imposeront des prérequis importants dans certaines matières qui seraient dès lors à privilégier dès le secondaire ?
L’idée est de s’engager dans une planification à rebours. Si je veux maximiser mes chances de pouvoir m’engager avec succès dans de telles études supérieures, pour cela, je dois déjà faire des choix orientés dès maintenant parmi mes cours et à travers les efforts que je leur accorde. Il est utile de déduire, de noter et de s’approprier une ou deux mesures spécifiques que nous pourrions prendre déjà maintenant pour nous rapprocher de nos objectifs. IL faut se renseigner tôt.
L’élément clé pour atteindre des objectifs à long terme est de développer de bonnes habitudes en matière d’exigence et d’efforts ciblés.
Planifier avec flexibilité dans une perspective à long terme
La planification est ce qui permettra in fine d’avancer, d’ajuster et de progresser. Il est probable que des aspirations initiales à long terme devront être modifiées, car les circonstances changent.
Toutefois, nous tirons toujours profit des efforts de planification, car nous aurons réfléchi jour après jour à nos capacités, à nos ressources et surtout développé de bonnes habitudes.
La planification doit être flexible, en fonction des objectifs et en fonction des péripéties et des étapes à franchir pour y parvenir. Dès qu’il apparait que notre planification ne fonctionne pas comme espéré, il faut la changer. Il faut agir avant que les conséquences potentiellement négatives deviennent trop importantes.
Toutefois, la flexibilité ne portera ses fruits que si nous faisons preuve de vigilance, de prudence et de scepticisme dans notre planification. Il importe également de revenir sur nos aspirations toutes les quelques semaines pour vérifier si elles sont toujours d’actualité. Nous pouvons faire le bilan de nos avancées ou de nos reculs et en tenir compte.
Les recherches montrent que les personnes qui suivent leurs progrès ont plus de chances d’atteindre leurs objectifs que celles qui ne le font pas. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est important de mettre par écrit les mesures spécifiques que nous prévoyons de prendre. Cela permet d’évaluer facilement si nous faisons le nécessaire pour atteindre, pas après pas, nos objectifs.
Se fixer des objectifs en anticipant des facteurs cachés potentiels
Lorsque nous cherchons à nous fixer des objectifs d’apprentissage à long terme, trois facteurs semblent s’imposer et sont à combiner :
- Ce qui rencontrera notre satisfaction à long terme.
- Ce qui est en phase avec nos capacités, nos ressources et nos limites
- Ce qui est un investissement réaliste pour notre développement personnel ou professionnel.
Il est toujours difficile de calculer l’équilibre entre ces trois facteurs, mais ce n’est pas la seule difficulté. Mais ce n’est pas le seul défi. D’autres influences peuvent fausser notre planification.
L’idée de suivre sa passion peut être dangereux, car il s’agit d’un tout ou rien, de la poursuite d’une finalité qui peut nous échapper ou nous décevoir. Trop de biais émotionnels sont en œuvre. Il serait plus prudent de suivre des objectifs clairs.
Les recherches indiquent que les personnes les plus heureuses sont celles qui trouvent un but à leur travail, ce qui signifie qu’elles considèrent que leur travail a un effet positif sur la vie des autres.
La passion peut contribuer à la finalité. Nous sommes probablement plus susceptibles de penser que notre travail a une finalité lorsque nous sommes passionnés. Toutefois, c’est l’objectif concret qui doit être le plus important pour nous.
Un gros défaut de la passion est que cela nous incite à ignorer nos limites et nos intérêts. Cependant, nos limites et nos intérêts sont instructifs dans la détermination de nos objectifs. Les activités qui nous accaparent nous indiquent ce que nous aimons faire, ce qui peut être le moyen d’identifier des composantes utiles dans notre réflexion sur l’orientation. Nos limites et nos intérêts sont parfois profondément ancrés dans notre personnalité. Il est logique d’en tenir compte.
Un autre facteur important de la réflexion sur les objectifs est l’environnement. Nos objectifs sont personnels, mais ce qui nous entoure, notre environnement et plus particulièrement nos interactions avec d’autres personnes influent sur nos objectifs. Nous apprenons à travers les personnes que nous côtoyons. Notre environnement peut être favorable, neutre ou toxique par rapport à nos objectifs personnels.
De plus, nous avons tendance à sous-estimer combien nos émotions peuvent fausser nos réflexions. Même si nous pensons que nos passions devraient être déterminantes dans nos choix d’objectifs, ceux-ci doivent rester en phase avec la réalité. Nos émotions ne doivent pas nous rendre irrationnellement optimistes quant à nos limites et aveugles à la réalité de l’environnement socio-économique dans lequel nous évoluons.
Une manière de contrôler notre choix d’objectifs est de s’imaginer donner des conseils à d’autres personnes. Cela nous permet de devenir beaucoup plus lucides. Nous pouvons devenir plus objectifs lorsque nous échappons à la dimension subjective de nos passions et des émotions qui nous traversent.
Élaborer une planification détaillée au départ d’un objectif à long terme
Comment maximiser nos chances d’atteindre un objectif et de franchir les étapes qui nous en séparent ?
Un premier élément est de préciser notre objectif à long terme. Nous pouvons établir un ensemble d’échéances avec des étapes intermédiaires. Nous pouvons également prévoir des alternatives si certaines de ces étapes ne rencontrent pas le succès escompté.
L’idée est de prendre en compte les obstacles externes (liés à notre environnement) et internes (liés à des éléments de notre personnalité ou de nos capacités) qui peuvent nous empêcher d’aller jusqu’au bout.
Les recherches indiquent qu’il est utile de formuler notre plan sous la forme d’un si alors spécifique.
De cette manière, nous nous fondons sur la force de notre réflexion, sur des traces concrètes et sur la légitimité de décisions préalables. Nous échappons à la faiblesse relative de notre capacité à résoudre les problèmes en direct.
Au moment où nous réfléchissons à nos objectifs et où nous les planifions, nous disposons pleinement de nos ressources mentales pour réfléchir calmement aux étapes à suivre pour les atteindre.
Plus tard, dans le feu de l’action, lorsque nous nous rappelons avoir fixé cet objectif, nous pouvons être fatigués, moins motivés ou stressés. Dans cet état, nous sommes moins capables de résoudre des problèmes logiquement et efficacement.
Cependant, notre mémoire n’est pas vraiment affectée par notre état mental. Si nous avons élaboré une planification plus tôt, nous pouvons nous souvenir ou nous référer à ce que nous sommes censés faire. La différence entre la résolution de problèmes et la planification mémorisée est encore plus importante lorsque des obstacles surgissent. Lorsque les choses ne se passent pas comme prévu, nous pouvons ne plus être en état pour élaborer un plan alternatif efficace. Cependant, nous pouvons nous souvenir d’une planification élaborée plus tôt.
Dès lors, nous pouvons augmenter nos chances d’atteindre nos objectifs en planifiant les prochaines étapes spécifiques à suivre. Nous pouvons anticiper les obstacles (internes ou externes) qui pourraient nous empêcher de prendre ces mesures en créant un plan d’action à suivre en cas d’obstacle.
Soutenir la planification des élèves dans la pratique en classe
Assez naturellement, la plupart des enseignants aident déjà les élèves à se souvenir des tâches qui leur sont confiées en les encourageant à utiliser un agenda.
Une démarche moins courante, mais utile est de demander aux élèves combien de temps sera nécessaire selon eux pour réaliser une production ou pour se préparer à une évaluation. Si nous ne demandons pas à nos élèves de planifier cet aspect des devoirs, nous pourrions envisager de l’ajouter et de modéliser notre processus de réflexion pour soutenir leurs démarches d’estimation.
Nos élèves n’ont pas que notre cours à suivre. Ils doivent prendre en compte les autres matières et rassembler les actions attendues, prendre des décisions sur l’importance relative des demandes concurrentes sur leur temps et rédiger une liste de tâches à réaliser.
Nous ne discutons probablement pas de la fixation d’objectifs à long terme en classe, mais le sujet est susceptible d’être abordé lors d’entretiens individuels avec les élèves. C’est particulièrement vrai lorsque les élèves sont confrontés à des transitions et doivent poser des choix d’orientation pour la suite de leur éducation.
Si l’élève est sur une trajectoire de réussite, ces conversations sont faciles et nous offrons quelques conseils. Si l’élève est sur une trajectoire d’échec, ambigüe, ou si ses objectifs sont irréalistes, la situation est délicate.
Nous voulons offrir un retour d’information honnête et réaliste, mais nous voulons aussi apporter notre soutien. Nous ne pouvons pas non plus être certains qu’un élève ne pourra pas atteindre un objectif avant de briser son rêve.
Une manière de procéder pour la rétroaction est la suivante :
- Insister sur ce qu’ils ont fait par rapport à ce qui est nécessaire pour atteindre leurs objectifs. Expliquer qu’il faut par exemple faire A, B et C. Ils ont fait C, quasiment fait A, mais n’ont pas fait B.
- Discuter ensuite de ce qu’il faudrait pour faire Z et, si cela n’est pas possible, des moyens possibles de contourner l’exigence ou d’anticiper le risque de non-atteinte, s’il y en a.
Il s’agit de se concentrer sur ce qu’il leur faudrait pour atteindre leur objectif et sur ce qu’ils ont fait jusqu’à présent, plutôt que de porter un jugement global sur leur talent ou leurs compétences.
Mis à jour le 07/09/2026
Bibliographie
Daniel Willingham, Outsmart your brain, 2023, Gallery Books

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