samedi 6 juillet 2024

Un redémarrage de la gestion du comportement en cours d’année

La situation peut à un moment donné ne pas être idéale avec une classe. Elle a fait l’objet d’une lente dérive et l’enseignant finit par ressentir qu’il ne veut plus continuer ainsi. Comment peut-il récupérer la situation en cours d’année ? 

(Photographie : Varunyoo Thongdee)
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Redémarrer en cours d’année


Il n’est jamais trop tard. Une culture de classe peut être rétablie à n’importe quel moment de notre relation avec nos élèves.

Toutefois, cela demande d’être stratégique, d’avoir du courage, de la détermination et de la persévérance. Il ne suffira jamais de rappeler les règles ou de conscientiser pour que tout s’améliore par magie.

Il est utile de s’intéresser aux causes probables de la situation sur lesquelles nous pouvons agir de manière à avoir un impact : 
  • Un manque de cohérence dans l’administration des conséquences.
  • Un manque de suivi dans l’exécution des conséquences.
  • Le fait de menacer d’une sanction et de ne pas aller jusqu’au bout face à des protestations (coercition).
  • Permettre aux élèves de réécrire ou de négocier les normes que nous avons précédemment présentées.
  • Ne pas remettre en question le non-respect des normes liées à la politique de l’école.
  • Accepter les réactions négatives et les contestations d’élèves.
Face à cette situation, deux options sont possibles en fonction de la situation : 
  • Un redémarrage en douceur
  • Un redémarrage complet.



Décider d’un redémarrage en douceur

Dans cette situation, les élèves négligent certaines routines ou normes fondamentales de fonctionnement de la classe, sans que cela tourne à une opposition tendue. Les élèves adaptent les normes ce qui se traduit en une impossibilité pour l’enseignant de maintenir des attentes élevées pour tous les élèves.

Causes probables


Il est possible que les élèves n’aient pas eu assez de rappels et de rétroaction sur leur comportement. Il est possible que cela se soit accompagné d’un manque de vigilance ou d’assertivité de la part de l’enseignant. 

Peut-être que l’enseignant a commencé à autoriser des comportements qu’il n’aurait jamais acceptés auparavant. 

Peut-être que l’enseignant s’est laissé bercer par un faux sentiment de sécurité. Le comportement et l’engagement des élèves ont peut-être été bons pendant un certain temps et l’enseignant a baissé sa garde. Il a peut-être oublié ce qu’il attendait d’eux au départ.


Difficulté d’une prise de conscience


Il peut être difficile pour un enseignant de se rendre compte d’une dégradation lente et fluctuante du comportement des élèves. Le climat peut changer tellement lentement que les dérives peuvent être difficiles à mettre en évidence clairement et à objectiver. 

Il arrive cependant un moment de clairvoyance de l’enseignant qui se rend compte que tout ne fonctionne pas ou plus comme attendu et comme prévu. La difficulté est que maintenant les élèves ont pris de mauvaises habitudes et qu’il faut faire marche arrière.

Cette prise de conscience s’accompagne du souhait de transmettre des attentes différentes de celles actuellement en cours.


Importance d’une précision des normes


Il est important que les enseignants soient très attentifs aux dérives liées à l’adoption des normes.

Ils doivent mettre en place des systèmes permettant de détecter les dérapages ou empêchant la transgression des normes qu’ils pensaient avoir instituées.

Pour ce faire, il est important de s’assurer d’avoir des normes précises et d’enseigner explicitement les attentes comportementales correspondantes. Elles doivent être verbalisées et claires. Elles doivent être vérifiables d’une manière ou d’une autre, sans ambiguïté. 

De cette manière, il devient plus facile de discerner quand les normes ont été explicitement transgressées.

Lorsque les normes sont une vision de l’esprit et qu’elles sont toujours floues ou ambiguës, il devient plus difficile de savoir si les limites ont été franchies.

Si nous voulons avoir des limites claires, nous devons les tracer. C’est un élément essentiel. Personne ne devrait avoir à réfléchir à l’interprétation d’une situation pour déterminer si la norme est respectée ou trahie.


Écouter la classe


Les élèves sont parfois utiles dans leur retour pour signaler si les normes ont baissé. Ils peuvent se plaindre d’une situation ou reconnaitre la dérive lorsqu’ils sont interrogés. Ils sont généralement francs sur le fait que l’enseignant est « trop gentil » avec certains, s’ils laissent certains se comporter d’une façon qui n’était pas autorisée précédemment.

Les élèves consciencieux et attentifs sont ceux à interroger, car ce sont souvent les premières victimes de ce relâchement. Les élèves les plus agités ne sont pas à consulter, car ils sont les premiers bénéficiaires de la situation qu’ils entendront souvent conserver.

Il est globalement inutile de lancer une discussion de classe sur le sujet. C’est contreproductif pour l’enseignant et c’est un aveu de la fragilisation de son cadre. 


Préparer un redémarrage en douceur


Le redémarrage en douceur est potentiellement le moyen le plus simple pour améliorer le cadre en classe. 

Nous partons du principe que la classe est raisonnablement sensée et coopérative. Elle se comporte mal de manière sporadique, mais n’a pas encore acquis de mauvaises habitudes flagrantes. Nous pouvons par conséquent redémarrer en douceur.

Au démarrage du cours suivant, nous nous plaçons devant nos élèves. Au lieu de nous plonger directement dans la tâche ou dans le travail que nous ferions normalement, nous attendons d’avoir leur pleine attention et leur silence.

Nous concentrons les dix premières minutes du cours sur les attentes comportementales en lien avec la situation actuelle. Cela implique d’avoir conçu préalablement un script qui doit contenir les éléments suivants : 
  • Un bilan de la situation actuelle :
    • Nous commençons par identifier ce qui fonctionne bien du point de vue de l’apprentissage et du comportement.
    • Nous soulignons par la suite certains comportements perturbateurs qui sont néfastes pour l’apprentissage général. Certains comportements nous empêchent d’apprendre, certaines personnes en paient les conséquences, car leurs besoins ne sont plus respectés.
  • L’établissement d’un nouveau contrat : 
    • Nous signalons que nous voulons que le comportement et les conditions d’apprentissage s’améliorent dans la classe. Nous voulons que le climat de classe s’améliore, à la fois pour eux, pour nous et surtout pour nous tous. 
    • Nous mettons en avant l’importance du collectif. Lorsque nous réussissons, nous réussissons ensemble. Lorsque nous présentons le redémarrage de cette manière, il est rare qu’un élève s’y oppose.
  • La description des comportements à améliorer :
    • Nous clarifions les routines et les normes.
    • Nous précisions à nouveau les comportements auquel il faut être attentif, si nécessaire en les enseignant explicitement. Nous donnons des exemples de ce à quoi cela pourrait ressembler dans la pratique.
    • Nous sommes clairs sur les comportements spécifiques que nous ne voulons pas ou plus voir se reproduire.
    • Nous rappelons les conséquences, mais aussi les comportements souhaitables et les raisons qui les motivent.
    • Une possibilité est de demander aux élèves de suggérer des manières d’améliorer la situation en triant parmi leurs suggestions celles avec lesquelles nous sommes d’accord, et en orientant leurs points de vue en fonction de notre compréhension. Toutefois, il est probablement plus sûr d’assumer seul la responsabilité de préciser les normes et de leur dire simplement ce qui doit se passer. 


Assurer le suivi


Une fois ce redémarrage en douceur réalisé, le cours peut commencer. Nous devons être conscients que tout ne va pas se résoudre par magie. Nous devons être sincères et faire comprendre aux élèves que la situation ne s’améliorera que si tout le monde s’efforce de faire mieux.

L’enseignant a maintenant un rôle important à jouer pour transformer cette proposition de changement en résultat probant. Il va devoir exercer un suivi sans failles et faire preuve d’une vigilance à toute épreuve :  
  • Rappeler davantage les attentes.
  • Délivrer un renforcement positif spécifique pour souligner les progrès.
  • Remarquer davantage et ne rien laisser passer.
  • Mettre davantage les élèves au défi de respecter les attentes.
  • Établir davantage de conséquences qui pourront être fréquentes dans une première phase.
  • Être un modèle de cohérence.
  • Assurer un suivi sans failles.
  • Utiliser le système comme un plan de mise en œuvre et non comme un vœu pieux d’amélioration.
  • S’assurer de respecter à la lettre les nouvelles normes et limites.
Si la situation dérive à nouveau, il est possible de relancer à nouveau le redémarrage. La persévérance est payante. Si nous abandonnons, les premiers bénéfices du redémarrage fondront comme neige au soleil et nous risquons de faire un pas en arrière avec un sentiment d’impuissance. 

Notre état d’esprit est vital, nous devons avoir la conviction que cela fonctionnera et aller jusqu’au bout pour y arriver. Nous devons être plus inflexibles que chacun de nos élèves et que le groupe.



Le redémarrage complet


La nécessité d’un redémarrage complet correspond aux situations où le comportement s’est tellement détérioré, où les normes sont tellement dénaturées, qu’il devient, possible de parler de chahut épisodique. Nous sommes amenés à admettre que la classe ne peut plus fonctionner normalement et que nous devenons impuissants à mettre en œuvre des attentes élevées. 


Une phase réflexive 


Le redémarrage complet ressemble au redémarrage en douceur, mais il doit être renforcé par une profonde remise en question de l’enseignant concerné, éventuellement avec un accompagnement :
  • Nous devons prendre le temps d’examiner la façon dont les élèves se comportent, mais en miroir également la manière dont nous nous comportons : 
    • Avons-nous baissé le bras ?
    • Les avons-nous trop laisser-faire, trop longtemps ?
    • Avons-nous cédé à des tentatives de coercition, de menaces ou à de l’énervement ?
    • Avons-nous demandé un soutien et des conseils à d’autres personnes dans les temps ?
  • Il importe d’être brutalement honnête et de reconnaitre nos failles. Nous devons prendre du temps pour expliquer et objectiver la situation.
  • Nous devons formuler la gravité des problèmes de comportement et concevoir ce que les élèves devront faire pour s’améliorer et ce que nous devons faire pour nous assurer d’une évolution positive.


Concevoir un script renforcé


Une fois ce travail de réflexion réalisé et idéalement en le faisant valider par un collègue expérimenté, nous pouvons nous en servir pour enrichir le script de redémarrage. 
 
Dans ce script de redémarrage, nous devons laisser une plus large place à l’enseignement explicite du comportement. Nous devons faire pratiquer activement par les élèves les normes et les routines, et ne pas nous contenter de leur exposer nos attentes. 

Avant ce redémarrage complet, nous devons être beaucoup plus résolus dans la manière dont nous administrons les conséquences. Il est vital de montrer à la classe combien nous sommes sérieux avec une cohérence et un suivi sans failles. 



Prendre en compte le phénomène d’inertie en gestion de classe


Affronter la vague


Dans tout redémarrage, et encore plus lorsqu’il est complet, au niveau de la gestion de classe, le suivi devra être beaucoup plus exigeant. Il nous mettra à l’épreuve et sera crucial. Bon nombre d’élèves dans la classe voudront récupérer la situation antérieure. Les mauvaises habitudes résistent toujours au changement. 

Toute action tend à entrainer une réaction égale et opposée. L’inertie sera notre ennemie le temps que de nouvelles et bonnes habitudes s’installent. 

Notre élan est l’antidote contre cette inertie. Nous voudrons entrainer les élèves dans cet élan à la poursuite d’une nouvelle dynamique. Il est important de la colorer d’optimisme et d’envoyer régulièrement du renforcement positif aux élèves face à leurs progrès en les identifiant clairement.


Surfer sur la vague contraire


Nous devons réprimander, faire des remarques, rédiger des rapports, retenir les élèves après le cours si nécessaire, leur donner des retenues ou des sanctions. Nous devrons procéder sans états d’âme à des exclusions de classe si le comportement le justifie. 

Une ligne rouge à ne pas laisser traverser par les élèves est celle de la contestation et de l’impolitesse. Nous ne devons rien accepter, ni envers nous ni envers n’importe quel autre élève de la classe. 

Les élèves considèrent souvent que le fait de ne pas exclure d’un cours les élèves qui sont à l’origine de perturbations majeures ou de la répétition soutenue de perturbations mineures comme une faiblesse. Nous envoyons le message défavorable que nous n’y voyons pas d’inconvénient et que nous acceptons tacitement ces comportements. 

Les mauvais comportements mineurs persistants ou majeurs exprimés doivent être contestés, à la fois verbalement pendant le cours, et par des conséquences et une discussion en dehors du cours. 

Si nous ne le faisons pas, nous indiquons aux élèves que leur comportement n’était pas si grave que cela ou qu’il n’y avait pas de quoi en faire un drame. En n’agissant pas, nous sommes occupés à la normaliser. À coup sûr, il deviendra plus fréquent.

Dans toutes ces démarches, il est important d’être toujours chaleureux et affirmatif dans notre ton et notre comportement. Avant toute chose, nous exprimons des attentes élevées pour ces élèves, nous leur apportons notre soutien pour leur permettre de s’épanouir et de réussir. Parfois, le soutien doit impliquer une sanction. 


Après le redémarrage


Le redémarrage ne va pas tout résoudre. Les souvenirs des mauvais comportements restent sous-jacents et sont toujours susceptibles d’un nouveau déclenchement. Si une classe exige un redémarrage, nous ne pourrons pas nous y sentir complètement détendus et cesser d’investir notre énergie et notre concentration sur ces questions avant un temps certain. Nous ne pourrons nous poser que lorsque la culture de classe et les relations seront profondément changées avec des bénéfices perceptibles par tous.

Cependant, la tendance au désordre, l’entropie, restera sous-jacente. La vigilance et la prévention seront à maintenir.

La reconstruction de normes dans un contexte difficile demande beaucoup plus d’efforts que leur création initiale de normes dans un contexte aisé. Néanmoins, nous pouvons retrouver un meilleur climat d’apprentissage dans ces classes et mettre en œuvre des attentes élevées. Ces efforts en valent la peine. Si le moment crucial reste le début de l’année scolaire, des temps de redémarrages permettent d’améliorer des situations.



Bibliographie


Tom Bennett, The Running the Room companion, John Catt, 2021

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