samedi 1 juin 2024

Rendre les devoirs bénéfiques pour les élèves

Les devoirs peuvent contribuer à consolider les apprentissages et à soutenir le rendement scolaire, en plus de favoriser le développement de certaines habiletés cognitives et de susciter la participation des parents au vécu scolaire des enfants.


(Photographie : Antony Crook)




Plusieurs synthèses ont déjà abordé la question des devoirs en lien avec l’enseignement explicite dans ces pages.

La synthèse de la revue de la recherche sur le sujet, réalisée par Roch Chouinard et ses collègues (2022), est l’occasion de s’y plonger à nouveau. 



Les devoirs, un sujet polémique


La notion de devoir 


Le devoir est un dispositif pédagogique qui fait référence à des tâches que les enseignants assignent à leurs élèves. Ces tâches sont à réaliser en dehors des heures de classe.

Les devoirs sont effectués en dehors de la supervision immédiate de l’enseignant. Ils peuvent être réalisés à différents endroits : à la maison, à l’école, dans une association d’aide aux devoirs, etc. 

Si dans le contexte francophone il existe une distinction claire entre devoirs et leçons, cette distinction est peu présente dans la littérature scientifique anglophone qui englobe les deux. 


Des arguments pour et contre les devoirs


Des arguments pour les devoirs :
  • Ils sont une occasion d’apprentissage supplémentaire.
  • Ils auraient un effet positif direct sur la mémorisation et la compréhension des notions abordées en classe.
  • Ils permettent aux élèves de consolider les savoirs présentés pendant la journée et de développer de bonnes habitudes de travail.
  • Ils exercent un effet positif sur les résultats scolaires
  • Ils permettent d’ajouter du temps d’apprentissage en évitant d’augmenter le nombre d’heures passées à l’école.
  • Des études comparatives internationales indiquent que les résultats scolaires des élèves occidentaux sont inférieurs à ceux des élèves japonais et coréens, lesquels passent plus de temps à faire des devoirs (Trautwein et Koller, 2003). 
  • Ils augmenteraient la qualité et la diversité des techniques d’étude des élèves tout en améliorant leur attitude envers l’école.
  • Ils contribueraient au développement de l’autonomie et du sens des responsabilités, tout en favorisant la participation des parents au vécu scolaire de leur enfant. 

Des arguments contre les devoirs :
  • Ils sont une intrusion dans la vie privée des familles.
  • La période des devoirs représente un moment potentiel de tension et de conflit entre parents et enfants.
  • Ils nuisent à la satisfaction des besoins des jeunes puisqu’ils limitent les occasions d’expériences sociales ainsi que le temps consacré au jeu et au sommeil.
  • Ils empêchent les enfants de se consacrer à des activités importantes comme les loisirs et l’activité physique.
  • Ils nuisent à la relation élève-enseignant.
  • Les excès de devoirs poussent les jeunes à se désintéresser des contenus scolaires.
  • Ils ne conviennent plus dans la société actuelle alors que les deux parents doivent travailler et que le nombre de familles monoparentales est important.
  • Ils entretiennent les inégalités sociales en matière d’éducation. Certains élèves disposent à la maison de conditions physiques et matérielles favorables à la réalisation des devoirs (espace de travail, accès Internet, etc.) alors que d’autres ne peuvent profiter de ces conditions. 
  • Certains enfants reçoivent beaucoup d’aide pour faire leurs devoirs alors que d’autres doivent se débrouiller seuls (Jerrim et coll., 2019). 



L’effet des devoirs sur le rendement scolaire

 
Plusieurs chercheurs ont examiné la question sur la base des liens entre le temps consacré aux devoirs et les résultats scolaires. Ces travaux consistaient à considérer le temps consacré aux devoirs, ainsi que le niveau scolaire des élèves.
 
Cooper a effectué plusieurs métanalyses (Cooper, 1989, 2001 ; Cooper, Steenbergen-Hu et Dent, 2012) de l’ensemble des études de ce genre réalisées entre 1962 et 1989. Il en conclut :
  • Qu’il existe une relation positive entre le temps consacré aux devoirs et les résultats scolaires
  • Que l’effet bénéfique des devoirs, à son apogée chez les élèves de la fin du secondaire, serait à moitié moins important chez les élèves du début du secondaire et négligeable chez les élèves du primaire. 
Plusieurs chercheurs ont, en raison des approches méthodologiques utilisées, remis en question les conclusions des métanalyses de Cooper. 

Il est possible que ces variables associées au temps individuel consacré aux devoirs puissent fausser les résultats. 

Plusieurs raisons peuvent faire en sorte que :
  • Des élèves consacrent moins de temps à leurs devoirs :
    • Certains élèves sont déjà efficaces et performants en classe,
    • D’autres élèves manquent d’engagement ou de motivation pour accomplir ces tâches supplémentaires. 
  • Des élèves peuvent passer plus de temps à faire leurs devoirs : 
    • Certains élèves sont en difficulté
    • D’autres peuvent le faire parce qu’ils sont plus perfectionnistes. 
Des approches statistiques à niveaux multiples ont permis d’examiner les liens entre le temps consacré aux devoirs et le rendement scolaire au niveau individuel de l’élève. 

Selon certaines études, les élèves fréquentant une classe où plus de devoirs sont donnés obtiennent globalement de meilleurs résultats scolaires que les élèves des classes où il y en a moins. 

De même, il apparait que le type de devoirs et la qualité du temps investi dans leur réalisation ont plus d’importance que le nombre d’heures qui leur est consacré.

Le rapport de l’OCDE (2014) basé sur les données de l’enquête PISA de 2012 aborde la question des devoirs. Il permet de conclure que les élèves issus des écoles situées en milieu favorisé et ceux qui fréquentent une école qui donne plus de devoirs obtiennent en général de meilleurs résultats aux évaluations. Cependant, le nombre moyen d’heures consacrées aux devoirs n’a aucun effet sur le plan de la performance globale des systèmes éducatifs nationaux. 

D’autres facteurs expliqueraient mieux les variations de rendement scolaire que la présence de devoirs : 
  • Les fonds investis dans le développement professionnel des enseignants.
  • Le travail en collaboration des différents acteurs de l’éducation
  • La qualité de l’enseignement
  • La durée de la journée et de l’année scolaire.
Même si la question de l’effet des devoirs sur le rendement scolaire demeure complexe, les résultats des études présentant des qualités méthodologiques appropriées portent cependant à croire que l’effet des devoirs sur le rendement scolaire serait positif. Les facteurs déterminants sont leur fréquence et leur régularité plutôt que de leur durée. 

De plus, la qualité du temps et des efforts investis serait préférable à l’augmentation du temps requis pour les réaliser (Feng et coll., 2019 ; Fernández-Alonso et coll., 2019). 



Les devoirs et la relation parent-enfant 


Selon Xu et Corno (1998), les parents considèrent généralement que les devoirs permettent à leur enfant de consolider les apprentissages réalisés en classe et favorisent le développement de la discipline personnelle et du sens des responsabilités. 

Toutefois, les parents expriment des sentiments contradictoires quant à leur participation aux devoirs. Ils rapportent désirer contribuer, mais que le niveau d’engagement quotidien requis se fait au détriment de leurs propres activités. 

Certains parents disent que leur enfant initie lui-même les périodes consacrées aux devoirs. D’autres doivent rappeler constamment à leur enfant qu’il a des devoirs à faire, et sont parfois obligés de faire acte d’autorité (Kralovec et Buell, 2001).

Les travaux de Bryan et Burstein (2004) montrent qu’en général, les parents participent volontiers aux devoirs lorsque leur enfant est au primaire, mais que cette attitude change considérablement lorsque celui-ci passe au secondaire. Les parents s’attendent alors à ce que l’enfant soit plus autonome dans l’exécution de ses devoirs. En conséquence, l’intervention de la plupart d’entre eux se limite dès lors à s’assurer que les devoirs sont faits. 

Finalement, plusieurs chercheurs arrivent à la conclusion que ce n’est pas le nombre et la durée des interventions des parents qui ont un effet bénéfique. C’est plutôt leur nature (Dettmers et coll., 2019 ; Dumont et coll., 2014 ; Flunger et coll., 2021 ; Moroni et coll., 2015). 

Les interventions parentales consistant à contrôler ou à intervenir fréquemment pour aider l’enfant dans ses devoirs sans que cette aide soit sollicitée auraient un effet négatif. Celles visant à soutenir l’autonomie de l’enfant en l’aidant à s’organiser et à se dépanner auraient des effets bénéfiques (Moroni et coll., 2015 ; Núñez et coll., 2019 ; Trautwein et Lüdtke, 2009 ; Viljaranta et coll., 2018). 

Cela serait particulièrement le cas pour les élèves qui présentent des difficultés à l’école. Silinskas et Kikas (2019), de même que Lynch (et coll., 2019) rapportent que les parents d’enfant en difficulté au primaire exercent un contrôle beaucoup plus serré pendant les devoirs et interviennent davantage. Cela a pour conséquence de réduire l’engagement de cet enfant dans ses devoirs, de diminuer son rendement scolaire et d’augmenter encore plus son sentiment d’incompétence. 

Patall et ses collaborateurs (2008) concluent qu’établir des règles à la maison quant au moment et à l’endroit où les devoirs doivent être effectués entretient une forte relation positive avec le rendement scolaire. Ces règles font appel à la communication d’attentes précises en relation avec les devoirs, mais dans le respect de l’autonomie de l’enfant.



Les devoirs et la motivation des élèves 


Selon Xu et Corno (1998), la majorité des élèves du primaire prennent plaisir à réaliser certains devoirs. Toutefois, ils préfèrent jouer avec leurs amis ou se divertir plutôt que faire des devoirs après l’école.

Comme beaucoup de parents et d’enseignants, les enfants considèrent généralement que les devoirs les aident à mieux comprendre les notions vues en classe. 

Cependant, contrairement aux parents et aux enseignants cependant, ils n’y voient pas là la principale raison de consacrer du temps aux devoirs. Les enfants du primaire admettent faire leurs devoirs surtout pour faire plaisir à leur enseignant et à leurs parents. 

Selon l’étude menée par Black (1996), lorsqu’on les interroge au sujet des devoirs, les élèves du secondaire sont plutôt d’accord avec cette pratique scolaire. Plusieurs déplorent toutefois le peu de concertation entre les enseignants, ce qui a pour effet qu’ils peuvent recevoir, une même journée, trois ou quatre devoirs à remettre le lendemain, mais plus rien le reste de la semaine. 

Certains chercheurs (Cooper et coll., 2006 ; Dettmers et coll., 2019) font valoir que donner des devoirs inappropriés aux élèves peut :
  • Exercer un effet négatif sur leur motivation
  • Favoriser le découragement
  • Mener au désintérêt et au refus de les effectuer.
Une étude menée par Kralovec et Buell (2001) auprès de décrocheurs du secondaire montre que, pour plusieurs, la question des devoirs a constitué une des principales raisons de leur décision d’abandonner l’école. 

D’autres chercheurs ont examiné l’impact de la motivation des élèves sur leur comportement face aux devoirs :

Le sentiment de compétence des élèves envers la tâche demandée ainsi que la valeur qu’ils lui accordent exercent un effet médiateur important (Trautwein et Lüdtke, 2009 ; Trautwein et coll., 2005) entre :
  • D’une part les caractéristiques des devoirs, des élèves et du soutien parental
  • D’autre part la quantité d’efforts, le temps investi et la qualité de l’engagement dans les devoirs d’autre part.
Ces résultats soulignent l’importance de prendre en compte le niveau de motivation des élèves :
  • Dans les décisions relatives au choix et à la fréquence des devoirs
  • Dans la nature et la quantité d’aide qu’il convient de leur apporter.
Les élèves qui perçoivent que leurs parents accordent de l’importance à leur autonomie dans leurs devoirs rapportent un engagement qualitatif et des efforts plus grands envers la tâche (Feng et coll., 2019). 

Núñez (et coll., 2019), Trautwein et Lüdtke (2009), de même que Xu (2021) estiment pour leur part que les élèves :
  • S’engagent plus et mieux dans la réalisation de leurs devoirs lorsque ceux-ci sont attrayants et qu’ils rencontrent leurs centres d’intérêt. 
  • Accorderaient peu de valeur aux devoirs consistant à les occuper et aux devoirs monotones et répétitifs ainsi qu’aux devoirs que l’enseignant ne prend pas la peine de corriger. 
De plus, les élèves seraient généralement disposés à faire leurs devoirs lorsque ceux-ci sont d’une longueur raisonnable et qu’ils sont accompagnés de consignes claires (Suárez et coll., 2019). 



Les devoirs et le développement des habiletés cognitives


Les devoirs amélioreraient, à certaines conditions (Patall et coll., 2008 ; Ramdass et Zimmerman, 2011) :
  • La capacité des élèves à s’organiser dans le temps et l’espace 
  • Le développement du sens des responsabilités
  • Le développement de l’autorégulation
  • Leurs comportements et leurs émotions
Göllner et ses collaborateurs (2017) ont examiné la relation entre les efforts d’élèves âgés de 10 à 14 ans dans la réalisation de leurs devoirs et leur capacité d’autorégulation. Ils ont montré que ceux qui investissent plus d’effort lors de ces activités acquièrent une meilleure capacité d’autorégulation. 

Par ailleurs, la manière par laquelle les enseignants et les parents aident les enfants à gérer le temps dévolu aux devoirs aiderait ceux-ci à développer leur capacité d’autorégulation (Ramdass et Zimmerman, 2011 ; Xu et Corno, 1998). 

C’est, en partie, au contact des adultes pendant qu’ils effectuent leurs devoirs que les enfants apprennent à contrôler leurs pensées, leurs comportements et leurs émotions.

Par exemple, plusieurs enfants indiquent que c’est par le soutien de leurs parents qu’ils ont appris à maintenir leur attention et leur motivation lorsqu’ils font des devoirs. Certains se récompensent par une activité agréable lorsqu’ils ont terminé leurs devoirs, d’autres se félicitent ou se disent que leurs parents seront contents (Ramdass et Zimmerman, 2011).

Xu (2009), rapporte que la majorité des élèves, même les plus jeunes, a une bonne idée des caractéristiques des endroits appropriés pour faire ses devoirs :
  • Le calme
  • L’absence d’éléments pouvant les distraire
  • La proximité de l’aide parentale.
Langberg et ses collaborateurs (2020) ont recensé plusieurs études ayant montré l’efficacité des programmes d’aide aux adolescents éprouvant des difficultés d’apprentissage ou de régulation de l’attention. Ces programmes les aidaient à organiser leur espace de travail et à planifier leur travail. 

Leurs travaux montrent que les interventions de ce type ont un effet positif sur les comportements d’autorégulation et que les gains obtenus se maintiennent dans le temps. 
En conclusion, la recherche confirme que les devoirs contribuent à consolider les apprentissages réalisés en classe. Cependant, ils ont cet effet uniquement quand ils renforcent ce qui a été enseigné à l’école et qu’ils encouragent les élèves à réorganiser leurs connaissances et à les réutiliser dans un nouveau contexte (Ramdass et Zimmerman, 2011).



Des pistes pour retirer le meilleur des devoirs


Les apports des technologies de l’information pour les devoirs


Les technologies et les plateformes numériques d’aide aux devoirs auraient un impact positif sur la motivation et l’engagement des élèves (Ciza, 2019 ; Harmon, 2017 ; Nordstrom, 2012) :
  • Accéder directement au contenu vu en classe (Magalhães et coll., 2020)
  • Rendre les élèves plus acteurs de leur apprentissage (Ciza, 2019 ; Magalhães et coll., 2020).
  • Réduire la charge de travail des enseignants, par la correction, la rétroaction directe, la distribution, la collecte et la vérification (Magalhães et coll., 2020). 
  • Possibilités de différenciation pédagogique par les enseignants (Bennis, 2011 ; Crisci et Yetis, 2017 ; Harmon, 2017).


Se donner des règles claires et explicites concernant les devoirs 


Les établissements scolaires devraient se doter de règles claires concernant les devoirs et les faire connaitre aux parents ainsi qu’aux élèves (Cooper, 2001 ; Holland et coll., 2021 ; Ramdass et Zimmerman, 2011) : 
  • L’utilité des travaux à réaliser en dehors de la classe doit être explicitée. 
  • Les règles devraient, avant tout, viser le bien-être des élèves et informer sur le temps à y consacrer. 
  • Les rôles des enseignants et des parents dans leur réalisation doivent être précisés.
  • Les enseignants d’une même école auraient avantage à se concerter afin d’équilibrer la charge de travail que représentent les devoirs afin d’éviter de surcharger les élèves. 
Selon les données de l’enquête PISA de 2012, au-delà d’environ quatre heures par semaine, le temps consacré aux devoirs n’a qu’une incidence négligeable sur le rendement scolaire des élèves du secondaire (OCDE, 2014). 


Soutenir et guider les parents dans le suivi des devoirs


Différentes pistes existent :
  • Rédiger et distribuer pour les parents un petit guide afin de les aider à organiser les devoirs à la maison.
  • Organiser des ateliers afin de former les parents à encadrer leur enfant adéquatement dans la réalisation des devoirs sans devenir trop envahissants 

Les pratiques de ce genre peuvent avoir pour effet d’améliorer les relations école-famille et contribuer à faire de la supervision des devoirs une activité plus agréable pour tous (Archambault et Chouinard, 2022).  Elles auraient aussi un effet bénéfique sur le rendement scolaire (Patall et coll., 2008). 


Préférer la fréquence des devoirs à leur durée 


La fréquence des devoirs génère un impact plus positif que la durée (Fernández-Alonso et coll., 2019). 

Bryan et Burstein (2004) soulignent que les enseignants ont souvent de la difficulté à estimer le niveau de difficulté des devoirs ainsi que le temps requis pour leur réalisation. 

Ce sont là les principales causes de difficulté rencontrées par les élèves lors des devoirs. 

En début d’année, il est recommandé de donner des devoirs courts, susceptibles d’être réussis facilement par tous. Ceux-ci laissent du temps aux élèves pour les loisirs et le repos (Bryan et Burstein, 2004 ; Cooper, 1989 ; Corno, 1996 ; Ramdass et Zimmerman, 2011). 

Par la suite, il est possible d’augmenter, graduellement, le niveau de difficulté et la durée des devoirs afin de ne pas démotiver les élèves (Archambault et Chouinard, 2022 ; Ramdass et Zimmerman, 2011 ; Trautwein et coll., 2002). 


Établir des routines et assurer un suivi serré 


Il est aussi suggéré d’instaurer des routines, à la maison et dans la classe, en relation avec les devoirs.

Les élèves et leurs parents peuvent décider que les devoirs se font à tel ou tel moment et de faire suivre ces périodes par une activité agréable (Corno, 1996). 

Il serait nettement préférable que les parents aident les enfants à s’organiser et les laissent ensuite faire leurs devoirs de façon autonome. Il est contreproductif de les superviser constamment ou de leur imposer une aide non sollicitée (Viljaranta et coll., 2018).

En classe, il s’avère important d’effectuer un suivi des devoirs et de donner du sens à leur réalisation. Cette dernière approche serait même plus efficace que d’essayer de rendre les devoirs intéressants (Flunger et coll., 2021 ; Patall et coll., 2008). 

Bryan et Burstein (2004) ont montré que d’enseigner aux élèves à élaborer des outils de planification des devoirs augmentait leur fréquence de réalisation. Ils ajoutent que les outils de consignation, comme un carnet dans lequel l’élève indique en vert les devoirs complétés, en jaune les devoirs réalisés en retard et en rouge les devoirs non remis, sont utiles. Ils facilitent le suivi des devoirs à la fois par les élèves, les parents et les enseignants. D’autres auteurs proposent des outils du même genre, comme le cahier d’études (Chenu et coll., 2003).


 

Établir un bilan sur l’impact des devoirs en contexte scolaire


Si l’on se fonde sur les apports de la recherche, certaines croyances sur les devoirs sont rejetées ou nuancées par la recherche. 

Le fait et donner régulièrement des devoirs n’est pas négatif en soi. 

Pour générer une valeur ajoutée aux devoirs, l’art est dans la manière :
  • Il semble que les bons enseignants ajustent leurs pratiques et leurs exigences selon les besoins et les capacités de leurs élèves (Corno, 1996). 
  • Ce n’est pas le temps consacré aux devoirs qui importe, mais l’effort et la qualité de l’engagement cognitif déployé pendant ces périodes (Trautwein et coll., 2005).
  • Les parents sont généralement d’avis favorables aux devoirs à la condition qu’ils perçoivent que ceux-ci contribuent à la réussite de leur enfant (Ciza, 2019 ; Crisci et Yetis, 2017 ; Xu et Corno, 1998).
  • Les devoirs contribuent à consolider les apprentissages réalisés en classe lorsqu’ils renforcent ce qui a déjà été enseigné dans un nouveau contexte (Ramdass et Zimmerman, 2011).
  • Les devoirs peuvent contribuer au développement de la discipline personnelle et au sens des responsabilités. La condition est que les parents poursuivent activement cet objectif et adoptent une supervision structurée et éclairée des devoirs, dans le respect de l’autonomie de l’enfant (Núñez et coll., 2019). 
Les devoirs peuvent, à certaines conditions, générer un effet bénéfique sur le rendement scolaire et la motivation des jeunes. Cependant, ils ne sont pas une panacée. D’autres facteurs, tels que les fonds investis dans le développement professionnel des enseignants, la collaboration école-famille et la qualité de l’enseignement, ont davantage d’effet sur la performance des systèmes éducatifs. 



Bibliographie


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