samedi 18 mai 2024

Améliorer la gestion d’une classe en situation non optimale

Quatre cas de figure d’une gestion non optimale du comportement en gradation avec des pistes d’amélioration.


(Photography : Andy Feltham)



Agir en cas de non-respect de consignes de réalisation d’une tâche


Dans le cadre d’une pratique autonome ou lors d’un travail coopératif en classe, des consignes précises ont été données oralement aux élèves. L’enseignant a indiqué par exemple :
  • De noter tel élément à tel endroit dans le cours.
  • D’utiliser un crayon ou d’écrire à l’encre.
  • De réserver un espace dans leurs notes de cours qui sera complété plus tard
  • De commencer par tel exercice situé à tel endroit dans les notes de cours ou dans le manuel.
  • Etc.
Tandis que les élèves s’exécutent, l’enseignant peut être occupé à effacer le tableau, à répondre à une question d’un élève ou à chercher, à récupérer ou à distribuer des documents. Ce faisant, il n’a pas eu l’occasion d’exercer sa vigilance lors de la mise au travail.

Quelques minutes plus tard, l’enseignant circule en classe et observe les premières productions de ses élèves lors de cette session de travail. Il réalise qu’un certain nombre de ses élèves n’ont pas suivi les consignes qu’il avait énoncées. Rapidement, il évalue quelle proportion d’élèves est concernée par cette non-conformité afin de décider comment agir. 

Une autre composante du questionnement de l’enseignement est également à prendre en considération. Il s’agit de comprendre comment il en est arrivé là.

Avant de prendre sa décision, l’enseignant doit répondre préalablement par oui ou non aux trois conditions suivantes :
  1. Les instructions initiales données aux élèves ont été suffisamment explicites, claires et comprises
  2. À la suite de l’énoncé des consignes, l’enseignant a pris le temps de vérifier la compréhension de ses élèves. Il a interrogé pour ce faire l’un ou l’autre élève au hasard pour s’assurer qu’ils avaient compris ce qu’il attendait d’eux.
  3. L’enseignant a été vigilant et a veillé à la mise au travail de ses élèves dans un premier temps, plutôt que de s’occuper à d’autres tâches. 

Pour ce qui est de la réaction vis-à-vis des élèves non conformes, deux réactions sont possibles à ce moment-là : 
a) Si la non-conformité est mineure et sans grandes conséquences, l’enseignant peut ignorer cette 
situation et n’y faire référence que dans la rétroaction qu’il donnera à ses élèves après leur travail.
b) Si la non-conformité est mineure est problématique, l’enseignant peut interrompre le cours et faire prendre conscience du non-respect de la consigne. Il peut insister pour que tous les élèves concernés reprennent la tâche selon les conditions demandées.

Si l’enseignant peut répondre « non » à une ou plusieurs conditions, alors l’option a) est meilleure, car l’option b) pourrait être perçue comme arbitraire par les élèves concernés. Ils peuvent ne pas se sentir responsables de leur erreur. En étant trop strict tout en manquant de cohérence, l’enseignant est susceptible de se décrédibiliser. Il est probablement plus raisonnable de laisser les élèves terminer leur travail et à la fin signaler le non-respect de la consigne. Il convient à ce moment-là d’expliquer la justification et l’intérêt du respect de la consigne dans ce type de situation.

La justification est essentielle pour que les élèves comprennent et internalisent ce que nous voulons qu’ils fassent.

Par contre, ce qu’il convient absolument de faire, c’est lors d’un cours suivant, lorsque le contexte se reproduit, d’encadrer beaucoup plus la consigne qui a fait défaut :
  • Mieux l’expliquer et l’introduire de manière explicite.
  • Vérifier la compréhension en demandant aux élèves de répéter ce qui leur a été demandé.
  • Encadrer les élèves directement et circuler dans la classe pour s’assurer que les élèves se concentrent sur leur tâche et qu’ils réalisent l’activité de la manière requise.
  • Donner une rétroaction positive spécifique en lien avec la consigne auprès des élèves qui ne l’avaient pas appliquée précédemment, mais le font maintenant. 



Résoudre une situation de trop grande tolérance aux perturbations mineures


De nouveaux enseignants en début de carrière sont susceptibles de rencontrer des difficultés avec certaines classes.

Concrètement, cela peut se traduire par un bruit de fond variable, mais régulièrement gênant fait de bavardages récurrents. Un certain nombre d’élèves s’engagent occasionnellement dans des perturbations mineures qui perturbent les cours temporairement de manière récurrente, mais sans animosité.

Des collègues peuvent rencontrer le même genre de difficulté avec la classe et d’autres non. Personne ne semble avoir de solution. Comme la situation bien que non idéale n’est pas grave, la direction ne veut pas d’intervention générale à l’échelle de la classe. Elle proposera plutôt aux enseignants qui rencontrent des problèmes d’améliorer leurs compétences en gestion de classe.

Les perturbations mineures incontrôlées, installées et généralisées à l’échelle d’une classe dans plusieurs cours peuvent être une véritable épine dans le pied des enseignants concernés. Ils sont souvent difficiles à résoudre et à éradiquer. La réponse doit être systémique et appliquée par l’ensemble des enseignants concernés.

Dans un premier temps, il est important de réfléchir attentivement à la culture de classe que nous souhaitons obtenir et aux normes sociales correspondantes que nous voudrions voir les élèves adopter. Cette question doit être abordée avec attention et réflexion par les enseignants comme s’il s’agissait d’un enseignement à planifier. 

Parallèlement, il est important de prendre le temps de relire la politique de comportement de l’école et d’évaluer si les enseignants la mobilisent de manière efficace et cohérente avec cette classe plus difficile.

Dans la même mesure, les enseignants concernés doivent examiner attentivement leurs propres attentes, routines et normes de classe. Il est important de s’interroger sur la clarté, l’explicitation, l’application cohérente et la compréhension de ces éléments. Il faut visualiser ce qui doit être adapté avant un reboot à l’échelle de la classe par l’ensemble des enseignants concernés. 

Le point de vue évident qu’il faut adopter est que nous ne devrons plus tolérer aucun mauvais comportement ni aucune impolitesse. Notre mission sera d’appliquer les protocoles de l’école de manière cohérente et avec cohésion dans l’équipe éducative, en expliquant clairement aux élèves ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

Il est important d’œuvrer ensemble pour sortir de l’impasse. 

Premièrement, il est important de prendre le temps de recueillir autant d’informations que possible sur l’ensemble des élèves de cette classe :
  • Existe-t-il des besoins supplémentaires non répondus en matière de trouble du comportement ou des apprentissages ?
  • Est-ce que d’autres facteurs plus généraux qui pourraient être à l’origine de ce mauvais comportement récurrent ? 
La question n’est pas d’excuser le comportement, mais de comprendre si la modification de certains antécédents en contexte de classe pourrait améliorer la situation. Certains élèves ont peut-être un trouble du comportement ou de l’apprentissage auquel des réponses, aides ou approches disponibles dans le cadre de l’école n’ont pas été activés. Si c’est le cas, il faut faire le nécessaire. 

Deuxièmement, quoiqu’il en soit, de mauvaises habitudes ont été prises par les élèves et pour en sortir un moment de rupture peut être nécessaire. Si un congé scolaire arrive bientôt, c’est peut-être une opportunité de préparer le reboot pour le retour en classe. 

Nous pouvons réinitialiser la culture de la classe en ce qui concerne nos propres attentes et celles des élèves à l’échelle de l’équipe éducative. Cela impose de préparer et de procéder à un enseignement explicite des comportements attendus et de poser un cadre qui va de l’entrée en classe à la sortie.

Le jour J, nous pouvons : 
  • Demander aux élèves de se mettre en rang avant d’entrer en classe. 
  • Les accueillir sur le pas de la porte individuellement en leur disant bonjour.
  • Faire un plan de classe en indiquant clairement aux élèves où ils vont s’asseoir.
  • Attendre que tous les élèves soient en classe, attentifs et assis en silence.
  • Engager avec eux un dialogue clair, ouvert et honnête sur leur comportement.
  • Prendre le temps d’expliquer pourquoi il est inacceptable de se comporter comme ils l’ont fait.
  • Par le biais d’un enseignement explicite, expliquer quelles sont nos attentes et quelles seront les conséquences à l’avenir.
  • Ne pas tolérer qu’un élève interrompe le processus de recalibration des attentes et si nécessaire dans le cadre du continuum d’interventions, l’exclure. 
  • Reproduire la même procédure cette semaine-là pour chaque cours concerné.
Il s’agit d’un moment décisif qui pose le cadre pour les cours à venir avec cette classe. C’est un quitte ou double. Si le processus déraille, il sera encore plus difficile de faire évoluer la classe vers ce que nous attendons d’elle en matière de conduite. 

Une fois ces explications données, il est crucial de veiller à respecter clairement et systématiquement les attentes que nous avons définies. Il s’agit de tenir bon durant les cours et les semaines suivantes jusqu’à ce que de nouvelles habitudes s’installent chez les élèves. 

Dans le cadre de cette démarche, il est utile d’aller observer d’autres collègues et de voir comment ils gèrent et enseignent à cette classe particulière d’autant plus s’ils ne rencontrent pas ou plus ces difficultés. Cependant, il importe de ne pas essayer d’imiter directement les autres membres du personnel, car il reste une part d’implicite et de mise en place antérieure qui est invisible dans une classe bien gérée. De plus, il importe de rester authentique et fidèle à soi-même. Cependant, l’observation de collègues peut apporter une précieuse matière à réflexion, en contribuant à la prise de conscience d’idées et de stratégies qui peuvent être intégrées à notre propre approche globale.



Ajuster la gestion de classe face à une classe agitée


Certains enseignants peuvent rencontrer des difficultés récurrentes avec certaines classes qui sont comme des cocottes sous pression et nécessitent une vigilance et une réactivité de tous les instants.

Les recommandations de base se concentrent sur : 
  • Un cadre bien défini, cohérent et constant
  • Un enseignement explicite des comportements attendus
  • Des limites nettes à ne pas dépasser et des interventions cohérentes en cas de perturbations
  • Le suivi des infractions mineures
  • Le soutien à un comportement positif en renforçant des comportements ciblés en voie d’amélioration.
Si ce processus fonctionne la plupart du temps, il peut parfois ne pas suffire à pacifier une classe qui peut parfois être agitée et mettre trop de temps à s’installer et à se mettre au travail. Certains élèves sont parfois à recadrer ou sont plus susceptibles de tester les limites. De plus, la moindre distraction peut parfois faire partir en vrille une bonne part de la classe.

Deux pistes différentes sont à mettre en œuvre conjointement. 

Une première façon de réagir consiste à mettre en œuvre un plus grand nombre de pratiques préventives axées sur la vigilance. Nous voulons mieux engager les élèves dans le cours et dans leurs apprentissages, ce qui les rend moins susceptibles d’être distraits. L’intervention CW-FIT peut être appropriée. 

Une seconde manière de réagir est de réfléchir en matière de fonction du comportement pour les élèves qui tendent à générer de l’agitation. L’enjeu est de réagir à leur propos sans nourrir leur besoin d’attention et retirer la récompense qui entretient leur comportement perturbateur. À l’opposé, ce besoin d’attention peut être nourri quand ils se comportent positivement. 

En cas de perturbation, il convient dès lors d’appliquer le continuum d’interventions de la manière la plus neutre et discrète pour les autres élèves. Il faut éviter autant que possible toute réaction de leur part qui alimenterait celle de l’élève concerné. 

S’il s’avère que l’élève est en recherche d’attention et que le comportement perturbateur mineur ne répond pas aux interventions, il peut être considéré comme un comportement majeur et être assorti d’une exclusion de cours. 

Comme les autres élèves ne sont plus engagés dans le cours et dans leurs apprentissages, ils deviennent également moins susceptibles de renforcer les provocations de certains d’entre eux.

Toutefois, cette exclusion ne fonctionnera que si le besoin d’attention est réel. Si l’élève cherche en réalité à échapper aux exigences du cours alors elle pourrait se révéler contreproductive. 



Gérer une exclusion de classe qui part en vrille


À la suite d’une situation de perturbation majeure en classe, un enseignant exclut un élève de sa classe en accord avec la politique de l’école.

L’élève connait les conséquences qui l’attendent et il sait qu’il doit de rendre à un bureau où il est attendu par une personne responsable de telles prises en charge. 

Imaginons que plutôt que de se rendre au bureau où il est attendu dans pareille situation, l’élève bifurque et se rend directement aux toilettes les plus proches. Arrivé là, il téléphone à ses parents sur son smartphone. La motivation de l’élève est de les contacter directement pour leur donner sa version des faits.

Sa motivation est double :
  • Échapper à la conséquence qui l’attend et qu’il trouve injuste.
  • Éviter que ce soit une personne responsable de l’école qui téléphone à ses parents pour les avertir des évènements.
Ce faisant, il commet une double infraction aux comportements attendus :
  • Ne pas se rendre directement là où il est attendu à la suite de l’exclusion de la classe.
  • Utiliser son téléphone dans l’enceinte de l’école sans autorisation.
L’élève explique à ses parents qu’il a été exclu de classe sans raison valable et qu’il est victime d’injustice. Ses parents le croient et téléphonent directement à la réception de l’école. Ils demandent à pouvoir parler à l’enseignant concerné.

Le profil des parents laisse sous-entendre que la situation risque de se transformer potentiellement en confrontation.

Ne connaissant pas le contexte, la personne à l’accueil de l’école envoie un email à l’enseignant concerné pour l’informer qu’il doit rappeler les parents de l’élève le plus rapidement possible. Ce courriel contient peu d’informations sur ce dont les parents aimeraient discuter ou pourquoi, mais il stipule que les parents s’attendent à être rappelés rapidement.

L’enseignant se trouve à ce moment-là dans une situation délicate. Il est possible qu’il soit encore occupé à enseigner dans la classe dont l’élève a été exclu ou pour une autre classe.

Il est peu probable que l’enseignant soit libre de gérer cette situation correctement. Par conséquent, il doit temporairement stopper son cours et contacter un membre de l’équipe de direction pour lui demander de prendre en charge la problématique.

Le membre de l’équipe de direction prend alors le relais :
  • Il prend conscience que l’élève n’est pas là où il doit être et n’a pas été pris en charge.
  • Dès lors, sa priorité consiste à localiser l’élève et à le prendre en charge. Ne pas savoir où il se trouve représente un risque pour sa sécurité. 
  • Une fois retrouvé, l’élève est accompagné dans le bureau dédié et placé sous la surveillance du membre du personnel responsable de ce type d’accueil. Il lui est demandé de remplir le rapport usuel attribué lors d’une exclusion de classe.
L’enseignant qui a exclu l’élève remplit un rapport décrivant les évènements et les raisons pour lesquelles cet élève a été renvoyé hors de la classe. 

Ayant récupéré et consulté les rapports de l’enseignant et de l’élève concerné et discuté brièvement avec l’enseignant si possible, le membre de l’équipe de direction va parler à l’élève.

Le membre de l’équipe de direction s’entretient avec lui des raisons pour lesquelles il est là : 
  • Pourquoi a-t-il été renvoyé du cours ?
  • Pourquoi ne s’est-il pas rendu là où il était censé se rendre ?
  • Pourquoi a-t-il utilisé son téléphone pour appeler ses parents ?
À chaque étape, le membre de l’équipe de direction qui s’occupe de cette question doit être clair sur le fait que les actions de l’élève n’étaient pas appropriées :
  • Il explique clairement à l’élève qu’il ne s’est pas rendu là où il devait le faire et qu’il a enfreint plusieurs règles de l’école.
  • Il est clair sur les conséquences que cela entraînera. 

Un certain nombre d’actions de suivi sont envisagées et mises en œuvre dans le cadre de ce scénario : 
  • Après avoir rassemblé toutes les informations pertinentes dont il a besoin, le membre de l’équipe de direction, chargé de la situation, rappelle les parents au nom de l’école.
  • Lorsqu’il appelle les parents, le membre de l’équipe de direction doit le laisser parler en premier et lui permettre d’exprimer leurs inquiétudes. Il s’agit pour lui de faire preuve d’empathie et, surtout, d’un moyen d’éviter de se laisser entraîner dans une dispute.
  • Le membre de l’équipe de direction doit ensuite expliquer calmement qu’il a enquêté sur l’affaire et qu’il a lu les déclarations de l’enseignant et de l’élève. Il présente les faits objectivement.
  • Dans la plupart des cas, ces échanges rationnels et méthodiques permettront d’étouffer les arguments présentés par les parents sous le coup de l’émotion.

Pour éviter ce genre de scénario, deux pistes existent : 
  • Bien réfléchir aux cas qui justifient une exclusion de cours pour un élève et à ceux qui ne le justifient pas. 
  • Établir une procédure où l’élève n’est pas exclu seul de la classe. Un membre du personnel vient le prendre en charge et l’accompagne hors de la classe.
  • S’assurer que la personne qui prend les appels à la réception filtre correctement ce type d’appel de parents. L’objectif en cas de situation similaire est d’en référer directement à un membre de la direction plutôt qu’à l’enseignant visé par un tel l’appel.



Bibliographie


Sam Strickland, They Don’t Behave for Me 50 classroom behaviour scenarios to support teachers, John Catt, 2023

Adam Boxer, Dealing with *that* student: a different route, 2023, https://achemicalorthodoxy.co.uk/2023/03/29/dealing-with-that-student-a-different-route

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