lundi 1 avril 2024

Avantages d’une planification à rebours sur une planification prospective

Il existe deux formes de planification. L’une, planification prospective considère la poursuite d’objectifs du début à la fin (forward planning). L’autre, la planification à rebours part des résultats pour revenir aux étapes initiales nécessaires (backward planning).

(Photographie : Kevin Cooley)



Avantages et limites de la planification


Avantages de la planification


Planifier peut améliorer l’adoption de comportements conformes à des objectifs et à leur poursuite (Gollwitzer & Sheeran, 2006 ; Kruger & Evans, 2004 ; Patterson & Mischel, 1976).

La planification réduit la tendance à sous-estimer le temps nécessaire à la réalisation d’une tâche (Kruger & Evans, 2004). 

La planification entraîne également une plus grande maîtrise de soi (Patterson et Mischel, 1976) et de meilleures performances scolaires (Gollwitzer et Brandstätter, 1997).

La spécification d’une action à effectuer et de la situation dans laquelle l’effectuer est bénéfique pour la réalisation des objectifs (Gollwitzer & Sheeran, 2006).


Limites de la planification


La recherche a identifié certaines conditions limites pour les effets bénéfiques de la planification.

Townsend et Liu (2012) suggèrent que les plans de mise en œuvre concrets favorisent l’autocontrôle lorsque les personnes sont proches d’un objectif, mais entravent l’autocontrôle lorsque les personnes sont éloignées de l’objectif.

Dalton et Spiller (2012) affirment que la planification d’objectifs multiples attire l’attention des gens sur la difficulté d’atteindre des objectifs multiples et nuit donc à leur engagement à l’égard de ces objectifs.



Deux modes de construction de la planification


Il existe deux modes de planification, la planification prospective (forward planning) et la planification à rebours (backward planning).

La planification prospective ou prévisionnelle (forward planning) détaille les étapes nécessaires pour atteindre un objectif dans l’ordre chronologique. Elle commence par l’étape temporellement la plus proche du présent et termine par l’étape la plus éloignée du présent.

Par exemple, un étudiant peut se préparer à un examen par ordre chronologique en envisageant d’abord l’action à effectuer dans le futur le plus proche (par exemple, lire le premier chapitre). Puis il progresse jusqu’à la dernière action à effectuer immédiatement avant l’examen (par exemple, la révision finale des notes). 

La planification à rebours (backward planning) commence par l’étape la plus éloignée du présent et en terminant par l’étape la plus proche dans le temps. 

Par conséquent, un étudiant envisagerait d’abord la dernière action à effectuer juste avant l’examen et remonterait jusqu’aux activités qui sont temporellement plus proches du présent.



Effets prospectifs et rétrospectifs sur la réalisation d’un objectif


Selon Park et ses collègues (2017), l’ordre de planification (prospectif ou à rebours) influence la motivation et la perception de la poursuite d’un objectif. 

Premièrement, lorsqu’ils pensent à un événement futur, les individus peuvent adopter soit :
  • Une perspective prospective : ils considèrent un événement qui ne s’est pas encore produit et prédisent les possibilités qui y sont liées.
  • Une perspective rétrospective : ils considèrent l’événement comme s’il s’était déjà produit et explicitent les ingrédients nécessaires à sa réalisation.
La perspective rétrospective procure un avantage cognitif. La recherche suggère que l’adoption d’une perspective rétrospective dans la planification stratégique facilite la visualisation d’un événement futur. Cela facilite l’analyse de l’événement et la compréhension des étapes nécessaires à sa réalisation (Rollier & Turner, 1994 ; Weick, 1979).

La perspective rétrospective procure un avantage perceptif. Ebert et ses collaborateurs (2009) ont également constaté que les perspectives temporelles d’un événement futur influent sur les prédictions des individus concernant l’impact de cet événement. Les gens s’attendent à ce qu’un événement futur ait un impact hédonique :
  • Plus important lorsqu’ils considèrent d’abord leur sentiment dans une période future, puis la manière dont ce sentiment pourrait être différent si un événement se produisait (c’est-à-dire « backcasting »).
  • Plus faible lorsqu’ils considèrent d’abord leur sentiment au moment où l’événement se produit, puis la manière dont ce sentiment pourrait évoluer dans le temps (c’est-à-dire forecasting). 
Il semble que les changements de perspectives temporelles sur les événements futurs influencent les perceptions et la cognition des individus à l’égard de ces événements. 

Deuxièmement, les recherches sur l’imagination montrent que la simulation mentale facilite la performance orientée vers un but (Taylor, Pham, Rivkin, & Armor, 1998 ; Taylor & Schneider, 1989) : 
  • Par exemple, Pham et Taylor (1999) ont constaté que le fait d’imaginer les étapes nécessaires à la réalisation d’un objectif augmente la confiance en soi, diminue l’anxiété et permet de faire plus d’efforts. 
  • Les gens se sentent également plus proches d’un objectif et obtiennent de meilleurs résultats lorsqu’ils anticipent la réussite plutôt que l’échec (Peetz, Wilson et Strahan, 2009). 

Troisièmement, le contraste mental entre la réalisation d’un objectif et sa non-réalisation est également important. Le contraste mental se fait :
  • D’un côté entre un avenir souhaité (par exemple, l’obtention d’une note souhaitée).
  • De l’autre avec la réalité présente qui fait obstacle à la réalisation de l’avenir souhaité (par exemple, la lecture de chapitres de manuels scolaires). 
Le contraste mental aide les gens à différencier les objectifs réalisables des objectifs inatteignables. Cela conduit à un engagement sélectif vis-à-vis des objectifs et à une gestion efficace de leurs ressources (Oettingen, 2000).

Toutefois, le contraste mental n’est pas toujours bénéfique :
  • Il importe que les personnes élaborent d’abord un futur souhaité, puis la réalité présente, considérant ainsi la réalité comme un obstacle à la réalisation du futur souhaité. 
  • En pensant dans l’ordre inverse, les gens sont moins susceptibles de percevoir la réalité actuelle comme un obstacle ; au lieu de cela, ils perçoivent l’avenir souhaité comme un soulagement par rapport à la réalité donnée, et n’envisagent donc pas la nécessité d’agir (Oettingen, Pak, & Schnetter, 2001). 



Atouts de la planification à rebours


La planification à rebours consiste à se représenter mentalement le moment où un objectif sera atteint, puis à réfléchir aux actions détaillées à réaliser avant d’atteindre l’objectif. Elle permet une réflexion rétrospective et une vision claire des étapes nécessaires pour atteindre l’objectif (Rollier & Turner, 1994 ; Weick, 1979).

Dans cinq études, Park et ses collègues (2017), montrent que la planification à rebours :
  • Conduit à une plus grande motivation.
  • Favorise un meilleur comportement orienté vers un objectif.
  • Permet d’anticiper plus clairement les étapes nécessaires
  • Permet de suivre le plan initial pour atteindre l’objectif fixé. 
  • Permet également d’atteindre des objectifs plus élevés
  • Permet de réduire la pression temporelle lorsque la coordination des étapes nécessaires à la réalisation de l’objectif est complexe. 
Le fait d’opposer mentalement la réalisation future des objectifs souhaités à la situation présente aide les gens à voir clairement la réalité. Elle leur permet de surmonter et de s’engager sélectivement dans les étapes essentielles à la réalisation de l’objectif (Oettingen et coll., 2001).

Le fait d’imaginer l’accomplissement de l’objectif permet aux personnes planifiant à rebours de se sentir plus confiantes et plus proches dans le temps de son accomplissement (Peetz et coll., 2009 ; Taylor et coll., 1998). 

La planification rétrospective conduit à une vision plus claire des étapes nécessaires à la réalisation de l’objectif. Le fait d’envisager la réalisation de l’objectif renforce les perceptions positives de la poursuite de l’objectif. Dès lors, la planification rétrospective se traduise par une plus grande motivation. Elle mène à une plus grande espérance de réalisation de l’objectif (c’est-à-dire l’espérance que l’objectif sera atteint) et à moins de pression temporelle dans la poursuite de l’objectif. 


La planification à rebours est particulièrement utile pour les problèmes complexes et la planification dans des circonstances incertaines (Dreborg, 1996 ; Holmberg & Robert, 2000). 

La poursuite d’un objectif peut impliquer une programmation complexe du calendrier et de l’enchaînement d’étapes qui dépendent les unes des autres. Une telle perspective rétrospective facilite la visualisation de la poursuite de l’objectif parce que les gens imaginent d’abord l’objectif comme s’il avait déjà été atteint. Cette perspective limite le nombre de séquences qui viennent à l’esprit, ce qui améliore la clarté de la construction du plan.



Faiblesses de la planification prospective


La planification prospective implique une extrapolation du présent vers l’avenir et nécessite de prendre en compte toutes les étapes à franchir avant d’atteindre l’objectif.

Cette réflexion prospective rend difficile la visualisation de toutes les actions séquentiellement liées à la réalisation de l’objectif, car lorsque l’on considère quelques alternatives futures, différentes possibilités peuvent commencer à émerger de manière exponentielle (Rollier & Turner, 1994).

En prêtant attention aux nombreuses actions potentielles à réaliser pour se rapprocher d’un avenir envisagé, les personnes qui planifient peuvent perdre de vue les étapes essentielles nécessaires à la réalisation de leur objectif. 

Cette vision vague des étapes à suivre dans la poursuite de l’objectif les rendra incertaines. Il n’est pas évident de déterminer le temps à consacrer à chaque étape ou la possibilité de la mener à bien et de passer à l’étape suivante (Tubbs & Ekeberg, 1991).

En outre, le fait d’envisager d’abord les obstacles actuels, puis la réalisation de l’objectif futur supprime les avantages motivationnels de l’opposition mentale (Oettingen et coll., 2001).

Ainsi, par rapport à la planification à rebours, la planification à terme devrait entraîner une baisse de la motivation, une diminution de l’attente des objectifs et une augmentation de la pression temporelle. 

Une perspective prospective entrave la visualisation de la poursuite d’un but parce que les gens envisagent d’abord de multiples premières étapes pour atteindre leur but. Ces premières étapes conduisent en outre à de nombreuses séquences différentes de réalisation du but, ce qui nuit à la clarté de l’élaboration du plan. 



Des recommandations pour la planification


La diversité des cinq études de Park et ses collègues (2017) suggère que les avantages de la planification à rebours sont généralisables à divers domaines d’autorégulation ou situations dans lesquels les gens construisent des plans. Ils le font, soit en utilisant des tâches générées par eux-mêmes, soit en suivant les conseils de soi-disant experts pour les étapes essentielles de la préparation. 

Ces résultats vont dans le même sens que l’étude de Wiese et ses collaborateurs (2016). Ces derniers ont constaté que la planification à rebours permet aux gens de clarifier les étapes importantes ainsi que les obstacles potentiels à la réalisation de l’objectif.

La planification à rebours permet une vision claire des étapes essentielles, y compris des obstacles, et une gestion efficace de la poursuite du but. Cela conduit finalement à une attente de but plus élevée et à une pression temporelle moindre qu’une vision floue prédite dans la planification prospective.

Il semble que l’ordre de planification a un impact significatif au milieu de la poursuite d’un objectif. Bonezzi, Brendl et De Angelis (2011) suggèrent que les gens changent de point de référence pour suivre la progression de leur objectif tout au long de la poursuite de celui-ci. Leur motivation à atteindre un objectif diminue environ à mi-chemin de l’état final, le point auquel la valeur marginale perçue de la progression est la plus faible. Cela suggère que les avantages de la planification à rebours sont les plus importants lorsque les personnes souffrent le plus d’une baisse de motivation, c’est-à-dire au milieu de la poursuite d’un objectif. 

En conclusion, si la planification est importante par rapport à son absence, la planification à rebours présente des avantages par rapport à une planification prospective. Elle conduit à 
une plus grande motivation, à des attentes plus élevées et à moins de pression temporelle. Elle permet également une meilleure performance par rapport à l’objectif. 

Cet effet motivationnel s’expliquer par le fait que la planification à rebours permet aux personnes de penser plus clairement aux tâches nécessaires pour atteindre leurs objectifs, en particulier lorsque les objectifs étaient complexes à planifier. 


Mis à jour le 28/05/2/2024

Bibliographie


Park J, Lu FC, Hedgcock WM. Relative Effects of Forward and Backward Planning on Goal Pursuit. Psychol Sci. 2017 Nov;28(11):1620-1630. doi: 10.1177/0956797617715510. Epub 2017 Sep 14. Erratum in: Psychol Sci. 2018 Feb;29(2):312-313. PMID: 28910234.

Bonezzi, A., Brendl, C. M., & De Angelis, M. (2011). Stuck in the middle: The psychophysics of goal pursuit. Psychological Science, 22, 607–612. 

Dalton, A. N., & Spiller, S. A. (2012). Too much of a good thing: The benefits of implementation intentions depend on the number of goals. Journal of Consumer Research, 39, 600–614. 

Dreborg, K. H. (1996). Essence of backcasting. Futures, 28, 813–828. 

Ebert, J. E., Gilbert, D. T., & Wilson, T. D. (2009). Forecasting and backcasting: Predicting the impact of events on the future. Journal of Consumer Research, 36, 353–366. 

Gollwitzer, P. M., & Brandstätter, V. (1997). Implementation intentions and effective goal pursuit. Journal of Personality and Social Psychology, 73, 186–199. 

Gollwitzer, P. M., & Sheeran, P. (2006). Implementation inten- tions and goal achievement: A meta-analysis of effects and processes. In M. P. Zanna (Ed.), Advances in experi- mental social psychology (Vol. 38, pp. 69–119). San Diego, CA: Academic Press. 

Holmberg, J., & Robert, K. H. (2000). Backcasting—a frame- work for strategic planning. International Journal of Sustainable Development & World Ecology, 7, 291–308. 

Kruger, J., & Evans, M. (2004). If you don’t want to be late, enumerate: Unpacking reduces the planning fallacy. Journal of Experimental Social Psychology, 40, 586–598. 

Oettingen, G. (2000). Expectancy effects on behavior depend on self-regulatory thought. Social Cognition, 18, 101–129. 

Oettingen, G., Pak, H. J., & Schnetter, K. (2001). Self-regulation of goal-setting: Turning free fantasies about the future into binding goals. Journal of Personality and 
Social Psychology, 80, 736–753.

Patterson, C. J., & Mischel, W. (1976). Effects of temptation-inhibiting and task-facilitating plans on self-control. Journal of Personality and Social Psychology, 33, 209–217. 

Peetz, J., Wilson, A. E., & Strahan, E. J. (2009). So far away: The role of subjective temporal distance to future goals in motivation and behavior. Social Cognition, 27, 475–495. 

Pham, L. B., & Taylor, S. E. (1999). From thought to action: Effects of process-versus outcome-based mental simulations on performance. Personality and Social Psychology 
Bulletin, 25, 250–260.

Rollier, B., & Turner, J. A. (1994). Planning forward by looking backward: Retrospective thinking in strategic decision making. Decision Sciences, 25, 169–188. 

Taylor, S. E., Pham, L. B., Rivkin, I. A., & Armor, D. A. (1998). Harnessing the imagination: Mental simulation, self-regu- lation, and coping. American Psychologist, 53, 429–439. 

Taylor, S. E., & Schneider, S. K. (1989). Coping and the simulation of events. Social Cognition, 7, 174–194. 

Townsend, C., & Liu, W. (2012). Is planning good for you? The differential impact of planning on self-regulation. Journal of Consumer Research, 39, 688–703. 

Tubbs, M. E., & Ekeberg, S. E. (1991). The role of intentions in work motivation: Implications for goal-setting theory and research. Academy of Management Review, 16, 180–199. 

Weick, K. E. (1979). The social psychology of organizing. Reading, MA: Addison-Wesley. 

Wiese, J., Buehler, R., & Griffin, D. (2016). Backward planning: Effects of planning direction on predictions of task completion time. Judgment and Decision Making, 11, 147–167. 

0 comments:

Enregistrer un commentaire