jeudi 29 février 2024

Échapper aux pièges du multitâche pour mieux apprendre

Le multitâche est un facteur négatif lorsque un élève essaie s'employe à apprendre en autonomie, ce qui rend important le fait de tâcher le gérer. 

(Photographie : Shawne Brown)



Comprendre le défi du multitâche du point de vue de l’élève


La distraction liée au multitâche a un impact négatif notable sur l’efficacité de l’apprentissage autonome des élèves.

 

Perte de rendement liée au multitâche


S'asseoir pour étudier ou faire ses devoirs peut représenter une épreuve de volonté pour un élève, d’autant plus s’il trouve la matière difficile ou ennuyeuse. Pour rendre la tâche plus agréable, il peut vouloir allumer un écran de télévision ou mettre de la musique en arrière-plan, il peut parcourir épisodiquement les médias sociaux sur son téléphone ou renvoyer épisodiquement un message à un ami. Il s’agit là de divers exemples de comportements multitâches, où l’élève tente d’accomplir plus d’une tâche à la fois.

Toutefois, le terme « multitâche » est trompeur sur le plan cognitif. Au lieu d’effectuer plusieurs tâches en même temps, l’élève va passer en réalité d’une tâche à l’autre. Plutôt que de traiter deux flux d'information en même temps, le cerveau humain alterne entre eux (Monsell, 2003).

L’élève peut passer quelques minutes à étudier, puis regarder quelques instants la télévision, puis revenir à l’étude, puis envoyer un message sur son smartphone et ainsi de suite. En réalité, il n’est jamais en train d’étudier et de faire autre chose en même temps. 

Comme notre attention ne peut se porter que sur une seule tâche à la fois, la polyvalence signifie que nous interrompons constamment la tâche en cours en passant de l’une à l’autre.

Lorsque nous passons d’une tâche à l’autre, notre travail n’est pas aussi efficace. Nous mettons plus de temps à terminer la tâche, à y revenir après une interruption, nous commettons plus d’erreurs et nous mémorisons moins.

Au contraire, lorsque nous nous concentrons sur une seule tâche à la fois, nous l’accomplissons plus rapidement, nous commettons moins d’erreurs et nous apprenons plus. Le fait de se concentrer sur une seule tâche à la fois permet d’obtenir de meilleurs résultats. 


Fonctionnement de l’attention en mode multitâche


L'attention humaine fonctionne comme une ressource à capacité limitée : un seul flux d'information peut être traité de manière approfondie à un instant donné (Pashler, 1994). 

Ce que l'on observe chez l'élève qui étudie en multitâche n'est donc pas un traitement parallèle, mais une succession rapide de courtes périodes d'attention consacrées tour à tour à l'étude, à un contenu médiatique, puis de nouveau à l'étude, et ainsi de suite.

Un changement de tâche déclenche deux opérations exécutives successives (Rubinstein et al., 2001) : 
  • Une réorientation de l'objectif : « je dois faire autre chose et je cesse ce que je fais actuellement ».
  • Une réactivation des règles et du contexte propres à la nouvelle tâche : « De quoi est)il question dans cette nouvelle tâche ».
Même lorsque le changement est anticipé et préparé, un coût résiduel en temps de réaction subsiste systématiquement (Rogers & Monsell, 1995). L'expression « changement de tâche » constitue ainsi une description plus exacte du fonctionnement attentionnel que le terme « multitâche », qui suggère à tort une simultanéité des opérations cognitives (Monsell, 2003).

Cette alternance incessante mobilise les fonctions exécutives, notamment les mécanismes de contrôle attentionnel et de mémoire de travail. 

Le passage répété d'une tâche à l'autre engendre une dégradation du temps d'exécution, de la précision et de l'apprentissage lorsque l'attention est fragmentée : 
  • Les expériences de Rubinstein et coll. (2001) montrent que l'alternance entre deux tâches entraîne un coût temporel mesurable, qui s'accroît avec la complexité des règles à appliquer. Ce coût ne disparaît jamais totalement, même après un entraînement important (Monsell, 2003).
  • Sana, Weston et Cepeda (2013) ont montré que des étudiants universitaires autorisés à naviguer sur Internet pendant un cours obtenaient des résultats significativement plus faibles à un test de compréhension que ceux qui ne l'avaient pas fait. Cet effet négatif s'étendait également aux étudiants assis à proximité d'un camarade en multitâche, par simple exposition visuelle à sa distraction. 
  • Junco et Cotten (2012) ont établi, à partir d'un large échantillon d'étudiants universitaires, que l'usage de Facebook ou l'envoi de messages textuels pendant les périodes d'étude était associé négativement à la moyenne académique générale, après contrôle de variables telles que l'autoefficacité et les résultats scolaires antérieurs.
  • Une étude menée auprès d’étudiants universitaires a révélé que ceux qui utilisaient des médias numériques en parallèle de leurs devoirs (ex. : réseaux sociaux, SMS) obtenaient des notes inférieures de 11 % en moyenne par rapport à ceux qui travaillaient en mode monotâche (Rosen et al., 2013).
  • Une revue systématique de la littérature sur le multitâche médiatique et la performance académique conclut que cet usage simultané ponctionne les ressources de traitement cognitif disponibles pour l'apprentissage en profondeur (May & Elder, 2018). 
Leroy (2009) a mis en évidence un phénomène complémentaire. Lorsqu'une tâche est interrompue avant d'être achevée, une partie de l'attention continue d'y être consacrée même après le passage à une autre activité — un « résidu attentionnel » qui dégrade la performance sur la tâche suivante. Ce résultat éclaire pourquoi un élève qui interrompt fréquemment son étude pour consulter son téléphone met du temps à retrouver une concentration pleine, même après avoir rangé l'appareil.

La probabilité de commettre des erreurs augmente significativement avec le multitâche, notamment en raison de la charge cognitive supplémentaire imposée par les transitions (Altmann & Trafton, 2002). 

À l'inverse, les travaux portant sur l'attention soutenue montrent que la concentration sur une seule tâche permet un traitement plus profond de l'information, une meilleure consolidation en mémoire à long terme ainsi qu'une réduction significative des erreurs (Sweller, Ayres, & Kalyuga, 2011). La théorie de la charge cognitive souligne en effet que la mémoire de travail possède une capacité limitée. Toute distraction inutile augmente la charge cognitive extrinsèque et réduit les ressources disponibles pour les apprentissages essentiels (Sweller, 1988 ; Sweller et al., 2011).


De multiples sources de distraction à prendre en compte


Nous pouvons facilement être distraits par des sources de distraction externes : 
  • Stothart, Mitchum et Yehnert (2015) ont montré qu'une simple notification sonore ou vibratoire — sans même que la personne interagisse avec un smartphone  — suffit à perturber significativement la performance sur une tâche exigeant de l'attention. Son ampleur est comparable à celle observée lors d'une utilisation active du téléphone.
  • Ward, Duke, Gneezy et Bos (2017) ont avancé l'hypothèse d'un « brain drain » (épuisement cognitif) : la seule présence visible du smartphone, même éteint, réduirait les ressources cognitives disponibles pour une autre tâche, l'effort de ne pas y penser consommant lui-même des ressources attentionnelles. Ce résultat, bien qu'influent, n'a pas été répliqué dans toutes les études ultérieures. Cela suggère que l'ampleur du phénomène pourrait dépendre de facteurs individuels tels que la dépendance perçue au smartphone.
  • D'autres éléments de l'environnement — un écran de télévision allumé, d'autres appareils connectés, ou la présence de pairs eux-mêmes distraits — jouent un rôle similaire.
Nous pouvons également facilement être distraits par des sources de distraction externes : 

Une part importante de l'attention est captée par les pensées de l'élève lui-même. Le vagabondage de l'esprit  — le fait de penser à autre chose que la tâche en cours — est un phénomène extrêmement fréquent : 
  • Killingsworth et Gilbert (2010) ont estimé, à partir d'un large échantillon suivi en conditions réelles, que les pensées des participants étaient détournées de l'activité présente dans une proportion substantielle du temps, et que cet état était associé à une diminution du bien-être subjectif. 
  • Smallwood et Schooler (2006) ont par ailleurs montré que le vagabondage mental mobilise des ressources exécutives qui ne sont alors plus disponibles pour la tâche d'apprentissage, ce qui se traduit par des performances réduites et un traitement plus superficiel de l'information.
L'anxiété constitue une autre source interne de distraction particulièrement pertinente pour le contexte scolaire : 
  • Selon la théorie du contrôle attentionnel développée par Eysenck, Derakshan, Santos et Calvo (2007), l'anxiété — qu'elle concerne une échéance, un examen à venir ou une préoccupation personnelle — réduit l'efficacité du contrôle exécutif, notamment la capacité à inhiber les pensées non pertinentes et à orienter volontairement l'attention vers la tâche à accomplir. Ce mécanisme explique pourquoi les pensées intrusives liées au stress (autres échéances, projets en cours, rêveries) peuvent interférer avec l'étude même en l'absence de toute distraction externe.


Gérer la perte de performance liée au multitâche


Être conscient des risques et mécanismes liés au multitâche peut nous aider à comprendre que nous devons à la fois nous conditionner mentalement et chercher à adapter notre environnement afin d’éviter les distractions et de tirer le meilleur parti de votre apprentissage.

Il y a une conclusion pratique : la concentration sur une seule tâche à la fois produit de meilleurs résultats — en temps, en exactitude et en apprentissage — que l'alternance constante entre plusieurs activités. 
Cette concentration requiert un effort de régulation à la fois mental et environnemental. L’enjeu est de réduire à la fois la fréquence des interruptions externes et la probabilité que des pensées internes viennent fragmenter l'attention.

Les recherches montrent que les élèves les plus performants mettent spontanément en place des stratégies visant à limiter les distractions, à organiser leur environnement d'étude et à réguler leur attention (Zimmerman, 2002 ; Zimmerman & Schunk, 2011). 

Selon Zimmerman (2002), l'autorégulation n'est pas une aptitude innée mais un ensemble de processus et de stratégies que l'élève peut apprendre à mobiliser : 
  • Se fixer des objectifs clairs avant de commencer une session de travail,
  • Planifier des stratégies adaptées
  • Évaluer après coup la qualité de sa concentration
  • Ajuster son comportement en conséquence.
Une autre approche consiste à travailler sur le conditionnement mental : 
  • Anticiper consciemment les pensées intrusives (anxiété, échéances, rêveries) plutôt que de les laisser interrompre le travail de façon imprévisible.
  • Se fixer un objectif précis et limité dans le temps pour chaque session d'étude, ce qui favorise l'engagement attentionnel dès le début de la tâche.
  • Utiliser des pauses programmées.
L'aménagement de l'environnement de travail est de même fondamental : 
  • Choisir un environnement calme
  • Éloigner physiquement le téléphone et désactiver les sources de notifications.
  • Éteindre les écrans et applications non nécessaires à la tâche en cours, plutôt que de chercher à les ignorer activement.



Un effet néfaste du multitâche sur l’apprentissage lié à des taches complexes


Yeykelis et ses collaborateurs (2014) ont mesuré le comportement multitâche à partir d’enregistrements des changements de contenu sur des ordinateurs personnels au cours d’une journée. Les résultats ont montré que les changements se produisaient toutes les 19 secondes. 

Cela signifie que nous avons une tendance naturelle à ne regarder un contenu spécifique que pendant un très court laps de temps avant de passer à autre chose. De plus, les chercheurs ont mis en évidence que le niveau d’excitation augmentait dans les secondes précédant le passage d’une tâche professionnelle à une tâche plus divertissante (par exemple, consulter les médias sociaux). Cette excitation ne se manifestait pas dans le sens inverse. 

L’une des raisons pour lesquelles nous avons tendance à passer d’une tâche à l’autre et plus particulièrement vers une tâche plus agréable est qu’il est gratifiant de le faire.

Le passage d’une tâche à l’autre semble particulièrement susceptible de se produire lorsque nous devons maintenir notre attention sur une tâche exigeante. Ses conséquences sont alors néfastes pour l’apprentissage. L’assimilation d’informations complexes et l’établissement de liens entre différentes idées nécessitent en effet toute notre attention de manière stable et prolongée.



L’impact négatif de l’anxiété et ambigu de la dérive mentale sur l’apprentissage


Si certains changements de tâches se produisent par le biais d’instruments tels que les médias sociaux, ils peuvent également se produire dans le cadre de nos propres pensées. Il est difficile de rester concentré sur quelque chose lorsque nous sommes distraits par des rêveries, des échéances ou de l'anxiété. Lorsque nous nous laissons distraire par nos propres pensées internes, nous finissons par rebondir entre la tâche à accomplir et nos pensées distrayantes. Cette alternance de tâches mobilise les ressources attentionnelles que nous pourrions autrement utiliser pour l’apprentissage. 

Selon la théorie du contrôle attentionnel (Berggren & Derakshan, 2013), l’anxiété interfère avec le bon fonctionnement de la mémoire de travail. Par conséquent, les personnes très anxieuses sont censées obtenir de moins bons résultats dans les tâches cognitives exigeantes qui requièrent un traitement cognitif efficace. 

Bar-Haim et ses collaborateurs (2007) ont réalisé une méta-analyse de 172 études sur l’anxiété (N = 2 263 anxieux, N = 1 768 non anxieux). Ils ont examiné les conditions limites des biais attentionnels liés à la menace dans l’anxiété. L’anxiété amène à prêter attention à davantage d’informations non pertinentes. Ce biais est d’une ampleur comparable dans différents types de populations anxieuses et n’est pas observé chez les individus non anxieux. 

L’esprit humain est enclin à vagabonder. Si nous prenons les cas d’un élève qui doit apprendre, l’anxiété est particulièrement coûteuse et malheureuse, de même que les distractions internes qui mènent à un comportement multitâche. McVay & Kane (2009) ont montré que le taux d’errance mentale prédit les erreurs de négligence de but dans la tâche.

Toutefois, dans certaines situations, cette errance mentale est bénéfique et adaptative. Selon Dane (2018), la dimension négative ou positive de l’errance mentale dépend de son contenu, c’est-à-dire des types spécifiques de pensées générées. S’il est important de rester concentré sur la tâche à accomplir, mais il y a des moments où il faut laisser son esprit vagabonder et se déconcentrer. La rêverie et le vagabondage sont normaux, sains et peuvent même parfois nous être bénéfiques. Les périodes où l’esprit n’est pas concentré peuvent favoriser la créativité, la planification et de fait la réalisation d’objectifs.

Par conséquent, s’il est important de pouvoir se concentrer et de réduire les changements de tâches, il ne faut pas s’inquiéter si l’on n’est pas concentré tout le temps.



Comment mieux éviter le multitâche et se concentrer sur ses apprentissages


Différentes actions peuvent être prises de manière routinière pour réduire les distractions lors d’une session d’étude ciblée, et pour en améliorer l’efficacité, ce qui permettra d’en diminuer la durée globale. 

Les conseils prennent en compte les deux aspects suivants : 
  • Nous sommes facilement distraits
  • Nous vivons dans un monde où nous utilisons les médias sociaux pour communiquer couramment avec notre entourage.

Un élément central est de définir et développer une routine. La mise en place d’une routine préalable à la session d’étude peut faciliter l’adoption d’un état d’esprit propice à l’étude. C’est-à-dire que nous allons toujours faire les mêmes actions avant de nous mettre à étudier, ce qui nous permet de nous créer une bulle mentale isolée de notre environnement. 

Lorsque nous suivons une routine juste avant et pendant que nous étudions, au fil du temps, ces actions deviennent des signaux qui indiquent à notre cerveau qu’il est temps : 
  1. De se déconnecter des urgences incessantes de notre environnement.
  2. De nous détendre face à nos inquiétudes
  3. De nous concentrer sur nos objectifs d’apprentissage.
Les indices contextuels jouent un rôle important dans la facilitation du changement de comportement. Non seulement ils favorisent la mémorisation, mais ils peuvent également contribuer à rendre le nouveau comportement automatique par la formation de nouvelles routines. 

La routine que nous installons peut varier d’une personne à l’autre, mais certains conseils généraux sont communs. Ils consistent à s’assurer que la routine est quelque chose d’agréable et relaxant pour la personne qui l’adopte.

Différentes applications peuvent être utilisées : 
  • Cold Turkey est une application pour ordinateur dans laquelle l’utilisateur définit la durée pendant laquelle l’accès à des sites internet (dont les médias sociaux) est bloqué.
  • Forest, une application pour téléphone qui reprend le principe de la technique Pomodoro et bloque également l’accès aux applications distractives.

Une autre technique utile est la création de groupes de responsabilisation avec des pairs. Le fait d’étudier à deux ou en groupe peut renforcer la responsabilisation :
  • Il peut être motivant de se fixer un objectif pour une session d’étude et de s’engager dans un temps de concentration à plusieurs avec des temps de pauses planifiés que vous passerez ensemble. 
  • Ces temps de pause sont également l’occasion d’échanger sur la progression réalisée ou sur le fait de poser des questions sur les points qui bloquent éventuellement. 

L’étude avec des pairs peut également se faire à distance par vidéoconférence. De plus, tous les membres de votre groupe d’étude n’ont pas besoin de travailler sur le même sujet. En fait, chacun peut étudier ou travailler sur son propre travail pendant ces sessions, à son propre rythme et avec ses propres objectifs d’apprentissage.



Des principes généraux pour faire face au risque du multitâche


Nous pouvons définir quelques principes généraux qui aident à lutter contre les risques du multitâche :
  • En ce qui concerne une tâche d’apprentissage donnée, il n’existe pas de situation multitâche qui ne se traduise pas par un impact sur la qualité et le temps pris par l’apprentissage. Le fait de passer d’une tâche à l’autre compromet l’attention et diminue les performances ultérieures. 
  • Il importe que chaque session d’étude, chaque moment qui est concentré compte et soit utilisé efficacement. Étudier en évacuant les sources de distraction permet une meilleure rentabilité et augmente la probabilité d’atteindre ses objectifs d’étude plus rapidement. Éviter de travailler inefficacement à cause de distracteurs permet parallèlement de consacrer plus de temps aux loisirs par la suite.
  • Réduire les distractions peut s’avérer difficile, car nous vivons dans un monde de connexion sociale permanente et nous sommes soumis à des flux constants d’information ainsi qu’à des pensées distrayantes. Dès lors, il s’agit d’utiliser des techniques ou des applications qui peuvent vous aider à réduire les distractions provenant de différentes sources.
  • Il convient de reconnaitre nos limites et la technique Pomodoro est précieuse pour cela. Au-delà du fait qu’il est important de pouvoir se concentrer et d’ignorer les distractions lorsque le travail scolaire l’impose, il est naturel de parfois avoir du mal à nous concentrer. Il est inévitable d’être distrait lorsque nous sommes stressés et anxieux, ou lorsque nous sommes excités et heureux. Une certaine dérive mentale peut même être bénéfique pour l’apprentissage.



Le multitâche dans la perspective des processus attentionnels


On peut distinguer l’attention sélective et l’attention partagée :
  • L’attention sélective :
    • Elle peut se déployer d’au moins deux manières :
      • En nous concentrant sur un petit nombre d’éléments, on parle d’attention focalisée.
      • En diffusant l’attention sur un groupe d’éléments pris dans leur ensemble, on parle d’attention diffuse.
    • L’attention sélective a pour enjeux de ne pas se laisser distraire par d’autres objets ou activités qui réclament également notre attention.
    • Elle est un enjeu important en classe où un bon usage de l’attention sélective facilite l’apprentissage et l’enseignement.
  • L’attention partagée : 
    • Elle représente notre capacité à diviser son attention, c’est-à-dire à partager son attention entre plusieurs activités, est essentielle à la réalisation simultanée de plusieurs tâches.
    • L’engagement conjoint dans plusieurs activités nécessite de répartir logiquement ses ressources attentionnelles en fonction des exigences de chaque activité.
    • Elle correspond à une situation de multitâche. Son évitement est un enjeu important en classe, car elle peut avoir un impact négatif sur l’apprentissage.
Dans un cadre scolaire, le multitâche qui divise notre attention se révèle nuisible aux processus cognitifs. Il entraîne des temps de réponse plus lents, davantage d’erreurs dans la tâche et une moins bonne mémoire.

Cependant, la sélection naturelle a développé notre capacité à nous investir dans un comportement multitâche, c’est qu’elle est une capacité très importante à travers l’attention diffuse. Par exemple, lorsque nous nous déplaçons en voiture, en vélo ou en trottinette, nous devons rester attentifs à l’apparition soudaine d’obstacles potentiels. À tout moment, notre attention doit pouvoir être détournée par une distraction externe afin d’éviter un accident.

Cette caractéristique de notre système attentionnel devient toutefois un problème lorsque nous ne pouvons pas cesser d’être alertés par de nouveaux stimuli non pertinents. Nous nous laissons facilement distraire par une pensée passagère, un bruit soudain ou un stimulus saillant dans notre environnement, par exemple une notification par courrier électronique. Nous devons contrer cette partie de notre système attentionnel.

L’attention focalisée, désigne notre capacité à nous concentrer sur une tâche et à ignorer les autres stimuli présents. Lorsque nous parlons de réduire le multitâche, nous parlons souvent d’améliorer notre concentration et de ne nous occuper que d’une seule tâche à la fois.

Arriver à activer notre attention focalisée devrait permettre d’améliorer nos performances de réponse, de réduire les erreurs et d’améliorer l’apprentissage. Mais ce processus peut nous rendre aveugles à d’autres évènements qui se produisent dans notre environnement. C’est par exemple la raison pour laquelle l’utilisation du smartphone au volant est interdite, car elle est source d’accidents en détournant notre attention d’obstacles potentiels.



Réduire l’impact de la tendance au multitâche


Comme nous sommes amenés à étudier avec un système cognitif sensible aux phénomènes de l’attention diffuse et de l’attention focalisée, nous ne pouvons pas complètement échapper aux distractions et aux erreurs d’inattention.

Il existe cependant différentes manières d’échapper à leurs conséquences : 

Concernant le cours à étudier à proprement parler :
  • Se concentrer sur les informations les plus importantes d’une matière et ne pas se laisser distraire par des détails ou des éléments secondaires vers lesquels notre attention diffuse pourrait nous pousser. 
  • Utiliser les objectifs d’apprentissage comme guide d’étude pour être certain de ne pas passer à côté d’éléments essentiels qui échapperaient à notre attention focalisée.

Concernant la conception de l’enseignement :
  • L’évitement du multitâche a également des implications pour l’enseignant concernant la conception des cours et des supports de cours. 
  • Nous pouvons améliorer l’apprentissage en concevant nos cours et nos plans de cours de manière à minimiser les distractions et à mettre en évidence les informations importantes.

Concernant le cadre d’apprentissage autonome :
  • Les élèves peuvent améliorer leur cadre d’apprentissage en réduisant les distractions [smartphone, accès internet, télévision, radio, musique, bruits…]. 
  • Cela nécessite souvent de trouver des compromis, car il n’est pas toujours possible d’évacuer toutes les distractions. D’autres personnes vivent dans le même espace et continuent leurs occupations parfois bruyantes. 
  • Autant que possible, il est utile d’aménager un espace de travail séparé et isolé pour aider à rester concentrés et à se concentrer sur les tâches. 

Mis à jour le 27/05/2024

Bibliographie


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