jeudi 20 juillet 2023

Sélectionner les stratégies d’intervention pertinentes pour gérer les élèves perturbateurs

Les enseignants seront toujours confrontés un jour ou l’autre à des élèves perturbateurs dans leurs classes. Par conséquent, il est essentiel qu’ils disposent de stratégies pratiques et éprouvées pour améliorer le comportement des élèves et leur apprentissage. Voici une synthèse personnelle d’un article de Jenson et ses collaborateurs (2009) sur le sujet.

(Photographie : Nadia Sablin)



Enseigner ou influencer le comportement, les deux stratégies majeures en gestion de classe


Les stratégies sont des interventions. Ces interventions correspondant à l’application systématique de procédures validées par la recherche pour changer le comportement :
  • Soit par l’enseignement explicite de nouvelles compétences afin d’apprendre un nouveau comportement.
  • Soit par la manipulation des antécédents et des conséquences afin d’influencer la fréquence du comportement.



L’enseignement explicite de nouvelles compétences comportementales


Cette intervention implique l’enseignement explicite d’un ensemble de compétences comportementales qui sont adaptables et utiles pour un élève. 

Le simple fait d’enseigner un ensemble de compétences ne répond pas à cette définition. 

Certaines compétences peuvent être enseignées et apprises par des élèves perturbateurs. Cependant, elles peuvent être rarement mobilisées en dehors du cadre de l’enseignement. Par exemple, des aptitudes sociales peuvent être enseignées à un groupe d’élèves perturbateurs dans le cadre d’une intervention les regroupant. 

La plupart du temps, les élèves ne vont pas utiliser ces compétences en dehors du cadre du groupe.

Il est important qu’une pratique de la compétence soit prévue en dehors de ce temps de formation dans des situations de classe typiques. Nous devons planifier l’expression de cette compétence dans l’environnement de classe et offrir une rétroaction positive spécifique ou corrective le cas échéant. L’enjeu est que l’élève puisse pratiquer suffisamment l’aptitude pour arriver à une généralisation en contexte de classe. 

La pratique peut ne pas être suffisante en elle-même non plus. Ces compétences doivent être utiles pour l’élève et récompensées naturellement dans son environnement pour qu’elles puissent être utiles en tant qu’intervention. 



La manipulation des antécédents


Un antécédent est par définition tout ce qui précède et crée l’opportunité de l’expression d’un comportement. La présence de l’antécédent augmente la probabilité d’un comportement perturbateur.

Les antécédents peuvent être des lieux, des moments, des personnes, des besoins ou des événements spécifiques. 

Nous allons apporter des changements dans l’environnement pour que ces antécédents perdent de l’influence sur l’expression du comportement perturbateur. Nous allons favoriser au contraire des antécédents à l’expression d’un comportement de remplacement favorable.

La manipulation des antécédents a par rapport à celle des conséquences l’avantage d’exiger moins de travail et de permettre de gagner du temps. C’est l’une des formes d’intervention les plus pratiques. 



La manipulation des conséquences


Une conséquence est ce qui suit un comportement. La manipulation des conséquences est plus complexe que celle des antécédents, mais elle est essentielle pour certaines interventions. 

Trois formes de conséquences essentielles dans le cadre des stratégies sont :
  • Le renforcement positif
  • Le renforcement négatif
  • Les punitions. 

Le renforcement est tout stimulus qui augmente et maintient un comportement. Les punitions sont tout stimulus qui supprime ou diminue la fréquence d’un comportement.

La difficulté est que le même stimulus peut être un renforcement pour un élève et une punition pour un autre élève. 

Nous ne pouvons partir du principe qu’un stimulus est un renforcement à moins qu’il n’augmente ou ne maintienne un comportement. Nous ne pouvons supposer qu’un stimulus est toujours une punition.

Parfois, un stimulus que nous estimons être une punition peut être un renforcement positif en fonction de son effet sur le comportement de l’élève. 

Par exemple, si un enseignant crie sur un élève pour qu’il cesse un comportement, mais que ce comportement s’intensifie, alors les cris sont un renforcement positif pour l’élève.

Le renforcement négatif est souvent confondu avec la punition. Le renforcement négatif est tout stimulus qui entraîne l’augmentation d’un comportement pour échapper ou éviter ce stimulus. 

Lorsque nous utilisons des conséquences, il est important de vérifier qu’elles ont bien l’impact escompté sur le comportement concerné. 

Par exemple, un élève peut augmenter son comportement perturbateur pour échapper (quitter) un cours de mathématiques qu’il n’aime pas. Des élèves qui se retrouvent fréquemment exclus de classe dans une école peuvent avoir prémédité leurs propres exclusions pour éviter des contextes qu’ils n’aiment pas (Jenson, Rhode, Evans et Morgan, 2007). 



Se prémunir des effets secondaires contreproductifs possibles des punitions


Plusieurs précautions doivent être prises lors de la mise en place de punitions, car celles-ci peuvent présenter des effets secondaires imprévus et contreproductifs.

Le piège vient souvent de la personne qui donne la punition. Comme les comportements problématiques diminuent rapidement avec une punition efficace, la personne qui l’applique en retire un renforcement positif qui a pour conséquence qu’elle est tentée de les utiliser plus souvent : 
  1. Le risque est que les punitions peuvent naturellement tendre à une surutilisation auprès des élèves perturbateurs. 
  2. Lorsque cette surutilisation se produit, l’enseignant qui donne les punitions peut devenir lui-même un stimulus négatif pour les élèves perturbateurs qui visent à l’éviter, ce qui s’accompagne d’une dégradation de la relation. 
  3. De fait, les élèves perturbateurs deviennent également immunisés aux effets des punitions lorsqu’elles sont utilisées très fréquemment. Il y a une forme d’habituation. Les punitions deviennent une fatalité dans un environnement dégradé. De nombreux élèves perturbateurs vivent dans une « mer de négativité » éducative.

Une bonne règle générale pour éviter l’impasse pour les enseignants est de viser à conserver pour ces mêmes élèves un rapport entre les renforcements positifs et les punitions doit être d’au moins de quatre pour un. L’enseignant doit s’efforcer de renforcer positivement l’élève concerné quand il fait des efforts pour bien se comporter. Quand l’équilibre est atteint, l’évolution positive du comportement devient plus probable.



La dimension pratique des interventions


Toute intervention d’enseignement ou de manipulation des antécédents ou des conséquences ne fonctionnera pas forcément, dans tous les contextes et pour tous les élèves. 

L’aspect pratique est essentiel pour l’utilisation de toute intervention avec des élèves perturbateurs. Une intervention doit :
  • Montrer une efficacité sur l’amélioration du comportement 
  • Être simple d’utilisation
  • Demander peu de temps de préparation et de mise en œuvre
  • Conserver son efficacité dans le temps
  • Demander peu de ressources
  • Présenter une validité sociale.

La validité sociale signifie que l’intervention est appréciée et acceptable dans l’environnement éducatif (communauté). 

Cette réflexion sur la conception, la sélection et l’utilisation d’intervention gagne à se faire à l’échelle d’une école pour des raisons de cohérence et de cohésion au sein de l’équipe éducative.



La notion d’élève perturbateur par excès ou par défaut


La plupart des élèves non perturbateurs sont gouvernés par des règles ou des valeurs en ce sens qu’ils utilisent des règles intériorisées qu’ils ont apprises pour les aider à gouverner leurs comportements. 

Les élèves perturbateurs peuvent être des élèves de l’enseignement spécialisé souffrant de troubles émotionnels, intellectuels ou d’apprentissage, ou des élèves de l’enseignement général présentant des troubles du comportement. 

Pour déterminer dans le contexte d’une école ce qu’est un élève perturbateur, il est important d’identifier les comportements qui sont problématiques et qui préoccupent le plus les enseignants. 

Généralement, la non-conformité (c’est-à-dire le fait de ne pas suivre les consignes d’un enseignant) arrive en tête de liste pour la plupart des enseignants.

Elle est suivie par :
  • Les bavardages (le fait de parler à tort et à travers)
  • L’agressivité
  • Le fait de ne pas poursuivre les tâches jusqu’au bout
  • Le fait de perturber le bon fonctionnement de la classe
  • Les disputes entre élèves
  • La provocation.

Ces comportements sont considérés comme des comportements d’externalisation parce qu’ils affectent des personnes extérieures à l’élève, contrairement aux comportements d’internalisation.

Généralement, les comportements d’extériorisation excessifs sont généralement suivis de déficits d’autogestion. L’élève semble perdre en partie et pour un temps le contrôle de lui-même. 

Ces comportements correspondent à des comportements gouvernés par des contingences. Les élèves perturbateurs sont impulsivement contrôlés par le prochain stimulus qu’ils rencontrent dans leur environnement. Ces stimuli peuvent être des éléments de distraction, l’attention des pairs ou l’opportunité de mal se comporter pendant le cours. Un antécédent dans l’environnement scolaire a servi de détonateur. 

Ces excès comportementaux tels que la non-conformité et les perturbations sont faciles à identifier pour les éducateurs, car ils sont une forme de trop-plein.

Par contre, les déficits comportementaux et scolaires des élèves perturbateurs sont plus problématiques et souvent négligés. Ils correspondent à une méconnaissance des règles, à des déficits d’aptitudes sociales, à un manque de connaissances préalables ou à une démotivation. Diagnostiquer la cause de ces perturbations est moins évident, mais tout aussi nécessaire.



Détecter et gérer les perturbations par excès ou par défaut


Dans le cadre des perturbations par excès, les élèves concernés sont sous le contrôle d’impulsions déclenchées par des stimuli liés à des personnes, à des lieux ou à des événements de leur environnement immédiat. 

Pour mieux gérer la situation de ces élèves perturbateurs, deux éléments sont essentiels :
  • Un cadre clair, cohérent, prévisible assuré par les enseignants et qui correspond à des règles pour la classe, communes pour l’école.
  • Une vigilance accrue de la part de l’enseignant. Comme les élèves perturbateurs sont contrôlés de manière impulsive par leur environnement, la supervision par un adulte de cet environnement est la première ligne de défense pour anticiper et réduire les comportements problématiques.

La clarté du cadre et la vigilance accrue de l’enseignant sont les interventions préventives les plus importantes que les éducateurs doivent utiliser pour ce profil d’élèves.
 
Dans le cadre des perturbations par défaut, les déficits sociaux et scolaires sont également des domaines critiques pour les élèves perturbateurs. 

Ces élèves peuvent présenter des retards conséquents par rapport à leurs pairs en ce qui concerne la complexité et la sophistication de leurs compétences sociales ou scolaires. 

En ce qui concerne un déficit social, ces élèves ont tendance à essayer de contrôler impulsivement les situations sociales avec leurs pairs, ce qui peut résulter souvent en un rejet social. 

Bien que l’enseignement traditionnel des habiletés sociales ne soit pas aisé à mettre en place efficacement, il devrait idéalement répondre aux conditions suivantes : 
  • Pouvoir être enseignés tout au long de la journée scolaire aux élèves qui en ont besoin.
  • Inclure des procédures de rétroaction corrective sociale. Une interaction pédagogique permet d’enseigner l’habileté correcte ou d’accompagner l’élève au moment où il en a besoin et lorsque le problème risque de se présenter ou commence à le faire.
  • Inclure des habiletés qui sont valorisées et naturellement récompensées dans l’environnement de l’élève afin que celui-ci soit motivé à les utiliser (par exemple le fait de collaborer et d’aider ses pairs). 

Un déficit scolaire peut constituer la source primaire cachée d’un comportement perturbateur. Les problèmes scolaires typiques comprennent les déficits en compréhensions à la lecture, en calcul mathématique ou sont plus spécifiquement liés à des manques importants en connaissances préalables dans le domaine actuellement exploré dans le cadre de l’enseignement. 

Si un élève a un déficit dans une matière scolaire, il se comportera souvent mal pour échapper à un environnement scolaire qui exige ces compétences. Les comportements problématiques, comme le fait d’être hors sujet, perturbateur ou non conforme, peuvent être liés à l’incapacité d’accomplir la tâche scolaire requise.

Dans ce cas de figure, le fait d’intervenir sur le comportement perturbateur se révèlera insuffisant, car on ne touche pas à la cause racine. Il risque d’aggraver le déficit scolaire. L’élève devient alors en difficulté, tant sur le plan scolaire que sur le plan comportemental, c qui l’encourage souvent à abandonner l’école. Il importe donc de diagnostiquer ces faiblesses et d’assurer l’accès de l’élève au soutien dont il a besoin. Répondre à ce déficit scolaire permettra parallèlement d’améliorer son comportement.

Au-delà des déficits en compétences scolaires, un autre déficit « caché », en particulier pour les élèves sur le point d’entrer dans le secondaire, est le domaine des compétences d’étude. Lorsque les élèves passent d’une école primaire avec un seul enseignant à une école avec six ou sept enseignants, de mauvaises aptitudes à l’étude peuvent entraîner un échec scolaire. Ce phénomène peut aussi se manifester un peu plus tard dans la scolarité lorsque les stratégies inefficaces mobilisées par l’élève chez lui ne lui permettent plus de réussir. Dans ce cas, un soutien en ce qui concerne les stratégies d’apprentissage autonome peut se révéler la meilleure réponse pour améliorer le comportement en classe.




Bibliographie


Jenson, W. R., Clark, E., & Burrow-Sanchez, J. (2009). Practical strategies in working with difficult students. In A. Akin-Little, S. G. Little, M. A. Bray, & T. J. Kehle (Eds.), Behavioral interventions in schools: Evidence-based positive strategies (pp. 247–263). American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/11886-016

Jenson, W. R., Rhode, G., Evans, C., & Morgan, D. (2007). The tough kid principal’s
briefcase: Practical behavior management for the whole school. Longmont, CO: Sopris
West.

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