samedi 15 octobre 2022

Une modélisation de la motivation et de l’engagement pour l’enseignement explicite en contexte scolaire

L’approche pédagogique Load Reduction Instruction (LRI) propose d’associer l’enseignement explicite avec une phase de découverte guidée lorsque les élèves ont suffisamment de connaissances et de maîtrise. Son objectif est de favoriser la réussite d’un large éventail d’élèves, y compris ceux présentant des risques en général sur le plan scolaire ou dans différentes matières.

(Photographie : yamasaki ko-ji)



Les liens entre enseignement explicite, découverte guidée, motivation et engagement


Si beaucoup d’attention a été accordée à l’efficacité d’approches comme l’enseignement explicite et la découverte guidée, moins d’attention a été accordée à leur impact sur la motivation et à l’engagement scolaire. 

Cependant, un nombre limité de recherches recouvrant l’enseignement explicite et la découverte guidée, mentionnées par Andrew J Martin (2016) suggère l’existence de liens positifs avec la motivation et l’engagement. Toutefois, motivation et engagement n’ont jamais constitué les objectifs principaux de ces recherches, pas plus qu’il n’y a eu d’analyse des contributions des différentes composantes de l’enseignement explicite et de la découverte guidée.

Toutefois, d’autres recherches plus spécifiques sur la motivation et l’engagement ont intégré des perspectives pédagogiques proches de celles de l’enseignement explicite et de la découverte guidée. 

Il est intéressant de croiser et rechercher les liens entre une approche pédagogique associant enseignement explicite et découverte guidée par l’enseignant avec la motivation et l’engagement manifestés par les élèves. Une telle démarche peut permettre de mettre en évidence quels aspects de l’enseignement explicite et de la découverte guidée priment pour leur contribution à l’engagement et la motivation des élèves. 

L’enjeu est de mettre en évidence des aspects qui se différencieraient de ceux mis en évidence dans une approche pédagogique progressiste de type socioconstructiviste. Nous pourrions élargir le débat sur l’efficacité aux champs de la motivation et de l’engagement des élèves. 

Une difficulté est que le domaine de la psychologie de l’éducation consacré aux théories et aux facteurs de motivation et d’engagement est fragmenté et multiple.



Distinguer et définir motivation et engagement dans le cadre de l’enseignement explicite et de la découverte guidée


Dans le cadre d’une approche comme Load Reduction Instruction (LRI) qui combine enseignement explicite et découverte guidée, la motivation et l’engagement sont définis. La motivation et l’engagement représentent l’inclination, l’intérêt, l’énergie, la motivation et les efforts des élèves pour apprendre, travailler efficacement et réaliser leur plein potentiel.

Andrew J Martin propose dans le cadre de l’approche LRI un modèle multidimensionnel de motivation et d’engagement qu’il appelle roue de la motivation et de l’engagement. 

 


Trois concepts principaux sous-tendent la roue de l’engagement et de la motivation :
  • Les facteurs de motivation et d’engagement peuvent être divisés en :
    • Facteurs internes ou intrapsychiques
    • Facteurs externes ou comportementaux 
  • Les facteurs peuvent de motivation et d’engagement peuvent être divisés en :
    • Dimensions adaptatives
    • Dimensions inadaptatives. 
  • Certaines théories fondamentales de la motivation y sont intégrées.

De plus, une distinction claire est proposée entre les notions d’engagement et de motivation :
  • La motivation est considérée comme un processus interne : 
    • La motivation est interne et de l’ordre de la cognition et des émotions. 
    • La motivation comprend des facteurs privés, inobservables, psychologiques, neuronaux et biologiques. 
    • La motivation est une force interne qui dynamise l’engagement.
  • L’engagement est vu comme un processus externe : 
    • L’engagement est traduit de manière externe par le comportement observable de l’individu.
    • L’engagement reflète l’implication dans une tâche ou une activité.
    • L’engagement peut se vérifier en termes émotionnels, cognitifs et comportementaux.



Des facteurs adaptatifs ou inadaptatifs pour la motivation et l’engagement


L’engagement et la motivation sont fonctions de facteurs qui peuvent être adaptatifs ou inadaptés. 

Une grande partie de la recherche et de la modélisation théorique sur la motivation et l’engagement met l’accent sur les constructions positives. Cependant, il semble préférable d’adopter une double approche de la motivation et de l’engagement des étudiants est des élèves.

S’il est évident qu’il faut renforcer la motivation et l’engagement adaptatifs, il est également utile de réduire la motivation et l’engagement inadaptatifs.

Il s’agit de prêter attention à la fois aux dimensions adaptatives et inadaptatives. Des forces conjointes d’activation (engagement) et de désactivation (désengagement) existent conjointement au sein des écoles pour les élèves. 

Bien que les facteurs adaptatifs et inadaptatifs soient significativement corrélés négativement, chacun d’entre eux explique également une variance unique dans le processus scolaire. 

En conséquence, la roue de la motivation et de l’engagement proposée par Andrew J Martin comprend des dimensions adaptatives et inadaptées de la motivation et de l’engagement.



Théories séminales de la motivation


La roue de la motivation et de l’engagement se conceptualise à travers des outils issus de théories séminales de la motivation : 
  • La théorie sociale cognitive de Bandura : l’auto-efficacité et l’agence
  • La théorie de l’autodétermination de Ryan et Deci : la prise en compte des besoins psychologiques fondamentaux de compétence, d’autonomie et d’appartenance 
  • La théorie de la valeur d’espérance proposée par Eccles et ses collaborateurs : le facteur de valorisation
  • La théorie des objectifs de Elliot : les objectifs de maîtrise et d’évitement 
  • Les théories de l’autorégulation de Zimmerman : les facteurs de planification, de gestion des tâches et de persistance (persévérance)
  • Les théories de l’attribution et du contrôle connexe de Weiner : le facteur de contrôle ou de contrôle incertain 
  • Les théories de la satisfaction des besoins et de la motivation de la valeur personnelle de Covington : les facteurs d’anxiété, d’autosabotage et de désengagement.


La roue de la motivation et de l’engagement est organisée en facteurs d’ordre supérieur et inférieur. Les facteurs d’ordre supérieur reflètent les principes internes/externes et adaptatifs/maladaptatifs de la motivation et de l’engagement. 

Les facteurs d’ordre inférieur reflètent des concepts issus de théories séminales de la motivation.

Les quatre facteurs d’ordre supérieur sont :
  1. La motivation adaptative : l’auto-efficacité, la valorisation, l’objectif de maîtrise (learning focus).
  2. L’engagement adaptatif : planification et contrôle, gestion des tâches, persistance
  3. La motivation inadaptative : anxiété, évitement de l’échec, contrôle incertain
  4. L’engagement inadaptative : autosabotage, désengagement. 



La dimension de la motivation adaptative


L’auto-efficacité est la croyance des élèves et la confiance dans leur capacité à comprendre ou à bien faire leur travail scolaire, à relever les défis auxquels ils sont confrontés et à donner le meilleur d’eux-mêmes.

La valorisation est le fait de savoir à quel point les élèves considèrent que ce qu’ils apprennent à l’école est utile, pertinent, significatif et important pour eux.

L’objectif de maîtrise fait référence à l’intérêt que les élèves portent à l’apprentissage, au développement de nouvelles compétences, à l’amélioration, à la compréhension et à la réalisation d’un bon travail pour lui-même. Ils ne sont pas uniquement focalisés sur leurs performances, sur les récompenses ou les notes qu’ils obtiendront pour leurs efforts.



La dimension de l’engagement adaptatif 


La persistance ou persévérance fait référence à la façon dont les élèves continuer à essayer de trouver résoudre ou de comprendre un problème, même si celui-ci est difficile ou délicat.

La planification et son contrôle font référence à la manière dont les élèves planifient leurs devoirs, leurs préparations et leur étude et dont ils suivent activement leurs progrès pendant qu’ils font ce travail.

La gestion des tâches fait référence à la manière dont les élèves :
  • Utilisent leur temps d’étude ou de travail à la maison
  • Organisent un calendrier d’étude ou de travail
  • Choisissent et organisent leur lieu d’étude ou de travail à la maison
  • Gèrent leur environnement numérique (c’est par exemple, l’autorégulation et le contrôle des impulsions au sujet de la technologie mobile [téléphone, réseaux sociaux, internet] pendant les travaux scolaires)



La dimension de la motivation inadaptative


L’anxiété comporte deux parties : se sentir nerveux et s’inquiéter :
  • Se sentir nerveux est le sentiment de difficulté ou de malaise que ressentent les élèves lorsqu’ils pensent à leurs travaux scolaires, à leurs devoirs ou à leurs tests ou lorsqu’ils les font.
  • S’inquiéter fait référence à des pensées effrayantes et des peurs que les élèves ont à propos de leur travail scolaire, de leurs devoirs ou de tests.

Le contrôle incertain reflète le sentiment d’incertitude ou de faible contrôle des élèves, généralement lorsqu’ils ne savent pas comment réussir ou éviter de mal réussir.

La peur des échecs fait référence à une motivation à faire ses devoirs afin d’éviter les mauvais résultats, d’éviter d’être perçu comme mauvais ou d’éviter les conséquences négatives des mauvais résultats.



La dimension de l’engagement inadapatif


L’autosabotage fait référence aux comportements qui réduisent les chances de réussite des élèves à l’école. Cela se traduit par exemple, les pertes de temps liées à la distraction et à la procrastination, le fait de peu ou de ne pas travailler à domicile, ou d’adopter une mauvaise conduite en classe. Ces comportements ont pour mission d’établir un alibi ou une excuse en cas de mauvais résultats. L’élève échoue par manque d’implication ou par des choix volontaires, mais pas par manque de capacité. Cette démarche lui permet de préserver son image.

Le désengagement désigne les pensées et les sentiments d’abandon. C’est le fait d’essayer moins progressivement, c’est le détachement de l’école et la désimplication face au travail scolaire. C’est le développement d’un sentiment d’impuissance et le peu ou l’absence de participation en classe ou aux activités scolaires.

Un instrument de mesure multidimensionnel en anglais, l’échelle de motivation et d’engagement a été développée par Andrew J Martin et est utilisée pour évaluer chacun des onze facteurs de la roue de la motivation et de l’engagement ( https://lifelongachievement.com/ ). 



Bibliographie


Andre J. Martin, Using load reduction instruction (LRI) to boost motivation and engagement. Leicester: British Psychological Society, 2016

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