lundi 24 janvier 2022

Concevoir la mémoire et l’apprentissage comme un système adaptatif plutôt qu’un entrepôt

Nous avons parfois tendance à concevoir notre mémoire comme une bibliothèque pour nos souvenirs et nos connaissances, ou un livre de recettes pour l’ensemble des stratégies et procédures dont nous accumulons le savoir-faire au fil du temps. Ces deux conceptions sont inadéquates.

(Photographie : Kay von Aspern)



L'erreur de concevoir la mémoire et l’apprentissage comme un entrepôt


Nous utilisons beaucoup de métaphores, d’analogies et de modèles pour parler de l’apprentissage et de la mémoire. Ce n’est pas un exercice frivole ou anecdotique. Ces représentations sont importantes, car elles ont le pouvoir de guider la façon nous percevons et pensons le monde qui nous entoure.

La perspective ou l’état d’esprit qu’une personne adopte face à l’apprentissage et à sa mémoire vont déterminer la manière dont elle pense que ces processus fonctionnent et les stratégies qu’elle juge efficaces d’adopter. 

La métaphore que la plupart des individus adoptent au quotidien peut être qualifiée de métaphore de l’entrepôt. Les gens ont tendance à considérer la mémoire comme un endroit où les connaissances sont stockées et l’apprentissage implique l’enregistrement de nouvelles connaissances dans ce système de stockage de la manière la plus ordonnée ou structurée possible. 

Le fait est que nous ne nous préoccupons guère de la manière dont les connaissances sont récupérées lorsqu’elles sont nécessaires. L’accent est mis sur la mémorisation de connaissances en vue d’une épreuve sommative, dans l’espoir de les récupérer plus tard.

Cette vision de la mémoire comme un entrepôt de connaissances n’est ni une bonne métaphore ni un modèle adéquat. 



La reconstruction des connaissances en mémoire et son implication pour la récupération


Il existe de nombreuses preuves que nous n’enregistrons pas et ne stockons pas de copies exactes d’événements et de connaissances passées. Nous utilisons les indices de récupération dont nous disposons à un moment donné pour reconstruire nos connaissances. 

Nos systèmes d’apprentissage et de mémoire n’ont pas été conçus pour enregistrer et stocker des copies de connaissances et d’événements passés. 

La raison en est à la fois simple et triviale. Le passé ne se répète jamais. Chaque situation et chaque contexte de récupération sont par définition nouveaux. 

Un système qui stocke des copies exactes du passé ne nous serait pas d’un grand secours pour nous adapter à un environnement tout le temps changeant, complexe et dynamique. 

La métaphore de la mémoire comme entrepôt nous amène à accorder une trop grande importance à l’encodage et au stockage des connaissances. Elle mésestime l’importance des processus de récupération. 

La métaphore de la mémoire comme entrepôt n’a pas grand-chose à nous dire sur la façon dont les connaissances sont reconstruites et appliquées lorsqu’elles sont nécessaires dans un contexte de récupération particulier. 

Cette conception serait même plutôt problématique, car elle pourrait conduire probablement les élèves à adopter des stratégies d’apprentissage inefficaces. Si l’important est de garder les connaissances en mémoire, les élèves peuvent adopter des stratégies telles que la lecture répétée. Ils peuvent penser qu’en augmentant l’exposition pure et simple à l’information, ils obtiendront une impression plus profonde. C’est comme s’il s’agissait d’une gravure répétée sur une tablette de cire mentale ou le fait de passer et repasser sur un sentier.



L'importance de voir la mémoire et l’apprentissage comme un système adaptatif


Une alternative plus pertinente est de considérer l’apprentissage et la mémoire comme un système adaptatif. Cette métaphore est conçue pour nous aider à coordonner nos actions dans des environnements dynamiques.

L’apprentissage est la capacité d’utiliser le passé pour répondre aux exigences du présent. Les individus utilisent les indices dont ils disposent dans un contexte de récupération actuel pour reconstruire et appliquer des connaissances qu’ils possèdent de manière adaptée. 

Lorsque nous demandons à un élève d’appliquer ses connaissances ou de résoudre un nouveau problème, l’énoncé contient des indices. Ces indices permettent à l’élève de puiser dans ses connaissances antérieures pour avancer vers une solution du problème actuel. 

L’élève utilise ces indices de récupération pour reconstruire ses connaissances afin de coordonner leurs actions et de répondre aux exigences de la tâche à accomplir. 

Les systèmes d’apprentissage et de mémoire sont modelés par nos expériences et nous donnent aux gens la capacité d’utiliser des indices de récupération pour reconstruire les connaissances et ainsi coordonner nos actions dans l’environnement.

Lorsque l’apprentissage est considéré comme une coordination de ressources, plutôt que comme l’enregistrement et le stockage de connaissances, l’accent et les questions cruciales se déplacent vers la récupération. Ils se focalisent sur les conditions qui créent une coordination efficace. 

Les questions deviennent : 
  • Quel est le contexte dans lequel les élèves devront reconstruire et utiliser leurs connaissances ? 
  • Qu’est-ce qui rend les indices de récupération potentiels efficaces ? 
  • Que pourraient faire les élèves pour se préparer à une situation de récupération ?

Les réponses à ces questions fournissent un cadre pour les éléments d’un apprentissage efficace en matière de ressources et de stratégies efficaces et pour concevoir le dispositif pédagogique qui l’accompagne.

L’apprentissage et la mémoire sont des capacités d’adaptation permettant de coordonner des actions dans un environnement complexe. Il est essentiel de considérer l’apprentissage comme une coordination d’informations utiles, plutôt que comme le stockage de connaissances et d’expériences.

Ces démarches sont essentielles, si nous voulons comprendre la nature des stratégies efficaces à la fois pour l’enseignement et l’apprentissage. 



Mis à jour le 26/05/2023


Bibliographie


Jeffrey D. Karpicke and Garrett M. O’Day, Elements of Effective Learning, 2019, Chapter for M. J. Kahana & A. D. Wagner (Eds.), Oxford Handbook of Human Memory, Volume II: Applications. Oxford University Press.

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