lundi 29 novembre 2021

Liens entre pratique de récupération, rétroaction et motivation intrinsèque

Les bienfaits de la pratique de récupération sur l’apprentissage ont été clairement établis. Elle renforce et affine la mémorisation des connaissances et rend plus durables les apprentissages. Nous pouvons nous demander de quelle nature est la relation qu’elle entretient avec la motivation. C’est l’objet de cet article.

(Photographie : Adam Ianniello)




Des bénéfices indirects pour l’attention et la métacognition


Outre l’effet de reste, la pratique de récupération peut avoir d’autres effets bénéfiques indirects pertinents qui permettent de mieux aboutir à un apprentissage efficace, comme :

  • L’attention :
    • Par exemple, nous pouvons insérer des occasions de pratique de la récupération insérée pendant des conférences enregistrées sur vidéo sous forme de QCM ou de questions ouvertes. 
    • L’engagement des élèves dans la génération des réponses peut aider les élèves à rester concentrés et à centrer leur attention sur le contenu du cours. 
    • De cette manière, nous pouvons augmenter et améliorer chez nos élèves l’intégration et l’apprentissage de nouvelles connaissances.
  • La métacognition : 
    • Lorsqu’elle est appliquée pendant l’apprentissage, la pratique de récupération peut réduire l’illusion de connaissance et l’excès de confiance qui en découle. Les élèves bénéficient d’un meilleur retour d’information sur leurs connaissances.
    • La pratique de récupération stimule un suivi métacognitif plus actif précis, améliorant par ce biais également les compétences des élèves en ce qui concerne leurs stratégies d’apprentissage autorégulé.




Des effets potentiels sur la motivation


Des hypothèses ont déjà été formulées à propos de l’influence possible que joue la pratique de récupération sur la motivation. Des évaluations formatives fréquentes en classe et à faibles enjeux sont susceptibles d’augmenter l’engagement en renforçant la motivation extrinsèque des élèves à étudier.

Mais nous pouvons aller plus loin que la motivation extrinsèque. Dans leurs recherches, Abel et ses collègues (2020) se sont intéressés aux effets de la pratique de récupération appliquée comme stratégie d’étude. Ils ont montré qu’elle pouvait indirectement augmenter également la motivation intrinsèque des apprenants à continuer à étudier, même en l’absence de raisons extrinsèques de le faire. 

Selon la théorie de l’autodétermination, la motivation intrinsèque est facilitée par trois facteurs : l’autonomie, l’appartenance sociale et la compétence. Dans la cadre de la pratique de récupération, c’est le facteur de compétence qui nous intéresse, car il fournit un lien potentiel entre la pratique de récupération et la motivation intrinsèque. 

Un tel lien entre la pratique de la récupération et la motivation intrinsèque peut être suspecté pour deux raisons :

  • La première raison est que l’expérience de la compétence est favorisée par des défis optimaux, c’est-à-dire par des tâches qui ne sont ni trop faciles, ni trop difficiles à maîtriser. La pratique de la récupération peut offrir de tels défis. Elle crée par là des difficultés souhaitables pour l’apprentissage en exigeant un plus grand effort mental que d’autres formats d’étude, comme une nouvelle étude. Ces difficultés pourraient augmenter la fréquence des expériences signifiantes de compétence des individus. Par ce biais, elle pourrait faciliter le développement de la motivation intrinsèque. Elle offre des occasions multiples de rencontrer le succès.
  • La deuxième raison pour laquelle nous pouvons nous attendre à un lien entre la pratique de la récupération et la motivation intrinsèque est que l’expérience de la compétence est soutenue par un retour d’information positif. Celui-ci rendant les progrès transparents et distinguables. La pratique de récupération complétée par une rétroaction augmente l’apprentissage et complète l’effet de test. Elle peut motiver les apprenants à surveiller plus attentivement les progrès de leurs apprentissages lorsqu’elle est appliquée à plusieurs cycles de pratique espacée. La pratique de récupération combinée à la rétroaction pourrait améliorer au fil du temps la motivation des individus en facilitant leur expérience de gain de compétence dans une tâche d’apprentissage. Elle peut rendre visibles les progrès.




Une recherche exemplaire


De manière plus spécifique, dans leurs recherches, Abel et ses collègues (2020) ont examiné si la pratique de récupération pouvait influencer la motivation intrinsèque en incluant dans leur dispositif une période dite de libre choix. 




Dispositif employé


Dans trois expériences, les sujets (des étudiants universitaires allemands) ont étudié du vocabulaire suédois par le biais dans trois conditions avant de passer un test final :

  • De la pratique de récupération sur le vocabulaire sans rétroaction
  • De la pratique de récupération sur le vocabulaire avec rétroaction
  • En étudiant à nouveau le vocabulaire.


Ensuite, sous un faux prétexte, les participants ont été laissés seuls dans le laboratoire pendant une courte période de temps. Ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient pendant cet intervalle de temps, mais avaient, entre autres, la possibilité d’en apprendre davantage sur la Suède et la langue suédoise, car des documents étaient à leur disposition. 

Cette période de libre choix était la phase critique, et les chercheurs ont mesuré le temps que les sujets choisissaient d’investir dans un engagement plus poussé dans le contenu étudié. L’expérimentateur s’est excusé pour le dérangement et a dit aux participants qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient pendant les 5 minutes suivantes (par exemple, ils pouvaient consulter leurs téléphones, ou ne rien faire du tout). 

L’hypothèse est que les sujets disposant d’un degré plus élevé de motivation intrinsèque devraient passer plus de temps à consulter ces supports annexes, même en l’absence de raisons extrinsèques de le faire. 




Résultats obtenus


Dans leurs recherches, Abel et ses collègues (2020) ont montré que la pratique de la récupération avec rétroaction, mais pas en son absence apporte un bénéfice motivationnel. Elle augmente le temps que les sujets ont choisi d’investir dans un engagement continu dans les contenus.   

Cet effet positif de la pratique de récupération par rapport à une nouvelle étude pendant une période de choix libre est apparu avec un bref délai, mais a également persisté avec un délai plus long de deux jours. Cela montre que l’avantage motivationnel se maintenait.

Ces résultats fournissent une preuve que la pratique de récupération et la rétroaction peuvent conjointement augmenter la motivation d’élèves à poursuivre des activités d’apprentissage.  

Potentiellement, la pratique de récupération associée à une rétroaction peut :

  • Rendre plus visibles les progrès de l’apprentissage en offrant à un individu la possibilité de contrôler les progrès de ses apprentissages grâce à un retour d’information.
  • Améliorer l’expérience de la compétence en fournissant une activité plus stimulante pour les apprenants que le fait de simplement étudier à nouveau.


Un résultat intéressant de ces recherches est qu’elles montrent que la rétroaction contribue de façon critique à l’effet bénéfique de la pratique de récupération sur la motivation. 

Sans rétroaction corrective, la pratique de récupération n’améliore pas la motivation par rapport au fait d’étudier à nouveau. La pratique de récupération aide à détecter les lacunes dans les connaissances d’un individu, qui peuvent ensuite être comblées sur la base d’une rétroaction corrective qui permet d’acquérir ensuite les apprentissages manquants.

Ces conclusions ont des implications concrètes pour la pratique des enseignants dans des environnements où l’apprentissage de connaissances et de compétences spécifiques est central. Ces implications s’appliquent également à l’apprentissage autonome. En effet, la motivation est considérée comme une composante essentielle de l’apprentissage autorégulé et cette dernière influence également les résultats des élèves.

Nous avons donc tout intérêt à promouvoir la pratique de récupération en classe accompagnée d’une rétroaction et stimuler son utilisation autonome par les élèves dans leur apprentissage autonome.

Ces résultats sont cohérents avec ceux mis en évidence portant sur la façon dont la motivation dans un contexte de classes réelles est influencée par l’évaluation formative.

Dans un registre similaire, Hondrich et ses collègues (2018) ont mis en évidence qu’une mise en œuvre structurée d’évaluations formatives distribuées sur plusieurs semaines à l’école primaire avec une rétroaction personnalisée était favorable. Elle augmentait la motivation intrinsèque auto déclarée des élèves et leur compétence perçue par rapport à une condition de contrôle sans la même évaluation formative structurée.




Bibliographie


Abel M, Bäuml KT. Would you like to learn more? Retrieval practice plus feedback can increase motivation to keep on studying. Cognition. 2020 Aug; 201:104316. doi: 10.1016/j.cognition.2020.104316. Epub 2020 May 19. PMID: 32442801.

Hondrich, A. L., Decristan, J., Hertel, S., & Klieme, E. (2018). Formative assessment and intrinsic motivation: The mediating role of perceived competence. Zeitschrift für Erziehungswissenschaft, 21, 717–734.

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