mercredi 2 juin 2021

La question de la responsabilité des enseignants

Marie Bocquillon et ses collègues (2020) s’interrogent sur la question de la responsabilité des enseignants en se basant sur les écrits de Hans Jonas à propos de l’éthique de la responsabilité.

(Photographie : Erik Witsoe)



Hans Jonas (1903-1993) était un philosophe américain d’origine allemande qui s’est intéressé à une éthique pour l’âge technologique. 

L’intention de cet article est, sans entrer dans les citations du philosophe, de s’arrêter sur les implications que Marie Bocquillon et ses collègues y entrevoient pour les enseignants. 

Nous nous situons à une époque où à travers l’accessibilité de l’information, la mise en avant du professionnalisme des enseignants s’accompagne inévitablement en retour d’attentes en matière de responsabilité et d’éthique. 




Pouvoir, valeurs et responsabilité


Une responsabilité accompagne nécessairement le pouvoir qu’exerce l’enseignant par ses fonctions.

L’enseignant dispose d’une liberté pédagogique. Elle implique un certain nombre de degrés de liberté et une capacité d’influence afin de choisir les stratégies et approches pédagogiques mises en œuvre auprès des élèves. 

Une première limite est celle du cadre de référence légal. D’autres influences viennent de ses croyances, de sa formation professionnelle et de son expertise personnelle ou de la culture de l’établissement dans lequel il enseigne.

L’enseignant endosse une responsabilité morale. Les conséquences de ses choix pédagogiques, de ses pratiques et de ses interactions affectent les élèves dont il a la charge. 

La société, à travers les missions confiées à l’éducation, enjoint l’enseignant à se soucier du développement intégral de la personne de chaque élève, incluant par-là les apprentissages nécessaires pour l’intégration dans la société. Si la charge est lourde à porter, elle est inscrite dans le temps long de la scolarité. Elle est portée par l’ensemble de l’équipe pédagogique à travers un cadre, des valeurs professionnelles et des activités et des expériences distribuées dans le temps.




Asymétrie et responsabilité


La responsabilité découle de l’asymétrie des relations en classe et de l’impact sur les élèves des actions éducatives sélectionnées et mises en œuvre par l’enseignant. 

Le développement propre des élèves est dans une certaine mesure directement influencé par le choix des actions pédagogiques de l’enseignant auxquelles ils prennent part. 

La responsabilité de l’agent, ici l’enseignant n’existe que dans la mesure où l’être vulnérable qu’est l’élève, se trouve dans sa sphère d’action. L’enseignant dispose d’une puissance d’action susceptible d’influer sur son développement. La recherche appelle ce phénomène, l’effet enseignant. Son existence s’accompagne de la démonstration de l’existence de stratégies pédagogiques plus efficaces de manière générale que d’autres.

L’intégration de la responsabilité est liée à l’ampleur de la prise de conscience de l’existence de ce pouvoir. Elle implique également une possibilité d’action sur celui-ci par le choix de certaines pratiques plus favorables que d’autres.




Responsabilité dans les moyens


L’enseignement est complexe et contextualisé. Il se traduit en une pratique elle-même fonction de l’expertise et du contexte. Si la pratique en classe dépend de l’enseignant, de nombreux facteurs d’influence lui sont extérieurs. Nous y retrouvons le milieu social des élèves, leur âge, leur niveau ou des phénomènes plus structurels liés à l’organisation du système éducatif. 

Si sauf cas extrêmes, l’enseignant ne peut être tenu directement responsable des résultats des élèves, il dispose d’une certaine liberté de choisir les moyens pédagogiques à mettre en œuvre dans sa classe. 

Tous ces moyens n’ont pas la même efficacité et celle-ci a été démontrée par des recherches empiriques. À la responsabilité de résultats se substitue la responsabilité dans l’utilisation des moyens susceptibles d’être les plus adéquats et adaptés en fonction des objectifs. 




Pour assumer la responsabilité


Dans quelle mesure les enseignants ont-ils pleinement l’opportunité d’assumer cette responsabilité portant sur les moyens de leur action ? Avec quel recul peuvent-ils poser leurs choix avec mesure et réflexion ? 

Cette question recouvre deux dimensions, celle du travail collaboratif et celle de la formation professionnelle.

Le travail lié à la mise en œuvre de pratiques efficaces demande du temps et gagne à se développer dans un contexte collectif ou plusieurs enseignants collaborent au développement et à la bonne utilisation de ressources didactiques. De plus, les pratiques d’enseignant dans des classes en parallèle doivent être cohérentes et de niveau équivalent, ce qui implique une concertation sur les moyens, les outils, les contenus et les approches adoptées dans un établissement scolaire.

Poser un choix implique de connaitre différentes approches possibles, de mesurer leur validité, d’y être formé et de juger de leur pertinence et de leur efficacité potentielle dans le contexte considéré. Le jugement de l’enseignant doit se fonder en fonction d’une validité basée sur la recherche et l’expertise plutôt que sur des intuitions et des préférences idéologiques.

Dès lors, à la responsabilité des enseignants se superpose la responsabilité de la formation initiale, de l’encadrement pédagogique et du développement professionnel. L’enjeu est d’outiller les enseignants en matière de modèles mentaux adéquats et de pratiques en classe fondées sur des données probantes. 

Le cadre d’action dans lequel les enseignants évoluent doit leur permettre de développer leur expertise grâce à une pratique délibérée éclairée par la recherche scientifique et non par des préférences ou des croyances. Il doit leur permettre de répondre mieux et plus efficacement aux besoins éducatifs de leurs élèves. 




Bibliographie


Bocquillon, M., Derobertmasure, A., Demeuse, M. et Gauthier, C. (2020). Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités… ou quel est le point commun entre Spider-Man et tout enseignant ? Formation et profession, 28 (3), 118-121. http://dx.doi.org/10.18162/fp.2020.a214

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