dimanche 16 mai 2021

Liens entre l’impact de la rétroaction et l’établissement de relations positives

La recherche sur l’effet de la rétroaction de l’enseignant sur l’élève montre un effet globalement positif, mais non général.

(Photographie : Dai Mori)


Dans leur méta-analyse de 1996 portant sur la rétroaction, Kluger et DeNisi (1996) ont constaté que dans 38 % des études dont la conception était bonne, bien conçues, elle avait aggravé les performances.

Des recherches ultérieures l’ont montré, différents facteurs peuvent venir interférer avec l’effet de la rétroaction. L’un de ces facteurs, que nous explorons ici est l’établissement de relations de qualité entre un enseignant et ses élèves.




Connaitre ses élèves


La qualité de relation entre l’élève et l’enseignant influence directement la réception de la rétroaction. Une même rétroaction donnée à deux élèves de niveaux similaires similaires peut faire que l’un d’eux redoublera plus d’efforts, tandis que le second abandonnera. 

Lorsque les enseignants connaissent bien leurs élèves, ils savent quand il faut stimuler un élève de suite ou quand il faut lui donner plus de temps pour réagir. Une meilleure connaissance de l’élève permet d’affiner le pilotage de la rétroaction et lui permettre d’avoir un impact plus positif.

À l’opposé, des élèves peuvent penser que leurs enseignants ne savent pas de quoi ils parlent de ce qui les concerne. Ils peuvent également supposer que les enseignants n’ont pas les intérêts des élèves à cœur. Dans ces cas, les élèves sont moins susceptibles d’investir le temps nécessaire pour traiter et mettre en pratique les commentaires qu’ils reçoivent.

La plupart du temps, si la relation est bien installée, si l’enseignant connait ses élèves, la rétroaction fonctionnera bien la plupart du temps. Si la relation entre enseignants et élèves dysfonctionne, il y a de grandes chances que la rétroaction sera plus imprécise, peu prise en compte, et dès lors se révèlera inefficace.

Il s’agit avant tout d’un rapport de confiance, si nos élèves nous l’accordent, il est plus probable que nous pourrons obtenir leur plein engagement. 




Prioriser les relations positives


Les relations sont importantes. Si nous souhaitons donner la priorité à l’apprentissage de nos élèves, nous devons considérer l’importance de l’établissement de relations positives avec eux. 

En résumé, l’existence de relations positives à l’école contribue à :

  • La volonté de prendre des risques scolaires et d’accepter de faire des erreurs
  • Une plus grande acceptation des retours d’information qui ne vont pas dans le sens attendu
  • L’internalisation d’attentes de réussite plus élevées et la volonté de se fixer des objectifs plus ambitieux
  • Plus de persévérance et de ténacité
  • Une plus grande maîtrise de soi face aux difficultés, et moins de rapports conflictuels
  • Une augmentation de la présence active et de l’engagement


Des relations négatives à l’école conduisent à :

  • Camper sur ses positions à travers la préservation part les élèves de leurs pensées personnelles et de leurs comportements dominants. Cela se traduit par une ouverture plus faible au changement. 
  • Manque de confiance en soi et sentiment d’efficacité personnelle plus faible
  • Tendance au retrait et à la diminution de la participation aux activités d’apprentissage et de la prise en compte de la rétroaction
  • Fragilisation de l’image de soi et développement d’un sentiment d’oppression internalisé et d’anxiété.



Relever le défi


S’il est clair que les recherches montrent que les relations positives affectent l’apprentissage, les enseignants savent que créer et maintenir une relation positive avec un élève n’est pas une science parfaite. Nous pouvons tous rencontrer des difficultés. Nous n’avons en effet pas conscience de tous les antécédents qui vont influencer le comportement et les réactions des élèves. 

Chaque enseignant a sa propre approche et sa personnalité. Chaque élève nous arrive à travers une variété d’expériences vécues, de croyances internalisées et des capacités cognitives différentes. 

L’établissement de relations que nous établissons en tant qu’adultes lorsqu’un élève nous arrive dans notre classe est susceptible de fait une grande différence pour certains d’entre eux. Pendant la majeure partie de l’année, les élèves passent la majorité de leurs journées à l’école. Ils grandissent sous notre influence et sous notre bon soin. 

Les effets des relations qu’ils nouent avec les adultes non parentaux que sont les enseignants sont durables et essentiels pour l’apprentissage à l’échelle d’une année scolaire.

L’existence de relations négatives peut être un facteur bloquant pour l’apprentissage et ses progrès chez bon nombre d’élèves. 

Toutefois, si la relation positive est un facteur facilitateur, elle peut ne pas suffire. D’autres facteurs de motivation extrinsèque sont nécessaires dans un cadre scolaire. Ils regroupent, l’établissement de routines, la prévention, l’étayage, la qualité de l’enseignement, l’expression d’attentes élevées, le renforcement positif et la qualité de la rétroaction elle-même. 

L’accès à l’autonomie à l’autorégulation des apprentissages est un but en soi et se construit peu à peu. Les élèves qui sont les moins avancés dans ces domaines sont paradoxalement ceux qui ont souvent le plus besoin d’une rétroaction et qui tienne également compte de ces difficultés.  

S’assurer que l’élève prend en compte la rétroaction dans le cadre de relations positives lui permet de prendre conscience de l’intérêt de celle-ci qu’il mesurera ensuite à travers des expériences de succès. Ce renforcement positif peut l’amener à une mise en œuvre plus spontanée et à un plus grand impact ultérieur de la rétroaction.





Bibliographie


Dweck, C., Walton, G.M., & Cohen, G. (2014). Academic Tenacity : Mindsets and Skills that Promote Long-Term Learning.

Dylan Wiliam (2014), Is the Feedback You’re Giving Students Helping or Hindering? https://www.dylanwiliamcenter.com/2014/11/29/is-the-feedback-you-are-giving-students-helping-or-hindering/

Kluger, A. N., & DeNisi, A. (1996). The effects of feedback interventions on performance: A historical review, a meta-analysis, and a preliminary feedback intervention theory. Psychological Bulletin, 119 (2), 254–284.

Tricia Taylor, Connect the dots, 2020, John Catt

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