lundi 19 avril 2021

Six mythes sur l’apprentissage du vocabulaire en langue seconde et au-delà

Dans son excellent livre sur l’apprentissage du vocabulaire dans une langue étrangère, Elke Peters (2017) énonce six mythes courants qui y sont liés. En voici une synthèse. 

(Photographie : Xavier Ellah)


Ces mythes sont intéressants à placer dans le cadre plus large de la littératie. 

La littératie est définie par l’OCDE comme l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités.

En réalité, peu importe la matière que nous enseignons, elle comporte une part de littératie. Les élèves sont confrontés à un langage nouveau et riche qu’ils doivent acquérir pour pouvoir comprendre les documents, les tâches et devenir productifs eux-mêmes. 




Mythe 1 : Il est préférable de ne pas faire trop d’efforts pour le vocabulaire


La connaissance du vocabulaire viendrait naturellement lorsque nous sommes confrontés à une langue. L’apprentissage de la grammaire est beaucoup plus important.

C’est faux. Nous n’apprenons pas automatiquement le vocabulaire au rythme et dans les volumes nécessaires pour développer des compétences dans une langue étrangère. Le vocabulaire doit être enseigné de manière explicite.




Mythe 2 : Un vocabulaire riche est constitué de nombreux mots individuels


C’est faux, car nous savons par la recherche qu’en dehors de la connaissance de (nombreux) mots individuels, la connaissance des combinaisons et des collocations de mots est au moins aussi importante.


Le même phénomène à propos de ces deux premiers mythes peut se rencontrer en mathématiques. Les élèves peuvent apprendre à appliquer des procédures et résoudre des problèmes. Ils doivent également être capables d’utiliser le vocabulaire mathématique adéquat et la syntaxe attendue. Cela nécessite un enseignement dédié si nous voulons concrétiser nos attentes à ce niveau.


 


Mythe 3 : Les listes de vocabulaire ne sont plus d’actualité


C’est faux, les listes sont très efficaces pour construire un vocabulaire de base ou sur un thème donné. L’utilisation de listes n’est donc pas un problème dans la mesure où nous ne nous limitons pas à cette forme d’apprentissage du vocabulaire.

Dans un même registre, nous ne pouvons pas sous-estimer l’utilité d’un lexique dans le cadre d’un cours de sciences ou de mathématiques. Celui-ci regroupe l’ensemble des définitions du vocabulaire technique et peut servir de référence aux élèves.



 

Mythe 4 : La langue maternelle n’a pas sa place dans un cours de langue seconde


C’est faux, l’utilisation de la langue maternelle et des traductions peuvent être très utile. Particulièrement chez les débutants, la langue maternelle peut expliquer le sens de nouveaux mots. 

L’utilisation de dictionnaires bilingues ne doit pas nécessairement être découragée, mais nous devons apprendre à nos élèves comment rechercher efficacement des mots dans un dictionnaire.

De plus, la langue maternelle est à l’origine de nombreuses erreurs comme les traductions littérales, les faux amis, etc. Il est important de souligner les différences entre la langue maternelle et la langue étrangère.

L’équivalent dans un cours de mathématiques ou de sciences est celui des exemples concrets qui permettent aux élèves de faire le lien entre des concepts théoriques abstraits et des éléments de leur vécu qu’ils connaissent bien. Ces liens permettent d’établir et d’enrichir la compréhension.



 

Mythe 5 : Les mots s’apprennent mieux quand ils sont associés sémantiquement 


C’est faux, car cette démarche est susceptible d’interférer avec le processus d’apprentissage des mots. 

Par exemple, ce n’est donc pas une bonne idée d’apprendre toutes les couleurs en même temps ou toutes les parties du corps. C’est susceptible d’apporter de la confusion. Introduire un décalage et y aller progressivement est plus propice. 

Le principe de réseau sémantique est différent de celui de schéma cognitif ou des élèves seraient confrontés à un ensemble de vocabulaires appartenant au même contexte : par exemple le thème des vacances.

La logique du réseau sémantique est remplacée par celle du schéma cognitif. Les mots sont associés et reliés par la logique d’un contexte où ils sont utilisés et des compétences spécifiques auxquelles ils répondent. Le sens, l’importance dans la pratique et les connaissances préalables priment. C’est également la logique des organisateurs graphiques.




Mythe 6 : L’enseignement des langues étrangères doit commencer tôt pour l’acquisition d’un large vocabulaire


C’est faux, les élèves de l’enseignement secondaire ont une plus grande maturité cognitive que les (jeunes) enfants et sont donc beaucoup plus efficaces dans l’apprentissage d’une langue étrangère dans un contexte scolaire. 

Les jeunes enfants vont être avantagés lorsqu’il s’agit de l’apprentissage implicite d’une langue étrangère. Ils peuvent apprendre une langue étrangère en s’exposant beaucoup à la langue étrangère et en interagissant dans la langue étrangère. Mais cet avantage pour les enfants est perdu lorsque nous nous limitons à un enseignement traditionnel et rigide des langues, dans lequel les règles et les mots doivent être appris et exercés de manière uniquement explicite.

Une situation similaire peut se retrouver dans un cours de sciences ou mathématiques où l’acquisition du formalisme est un processus lent et complexe à acquérir. Nous voulons éviter par exemple que des élèves s’exercent à retenir des démonstrations, des définitions, des règles ou des formules par cœur sans les comprendre. Dès lors, nous ne pouvons y arriver qu’étape par étape. 

De même, un cours de biologie dans certains domaines peut être extrêmement riche en vocabulaire. Si l’enjeu porte sur un apprentissage durable, il vaut mieux limiter ce vocabulaire aux termes essentiels pour pouvoir les faire pratiquer régulièrement. Dans le cas contraire, la plupart des mots seront oubliés et ceux qui seront retenus ne seront pas nécessairement les plus essentiels, ce qui limitera une compréhension future et favorisera la confusion.




Bibliographie


Elke Peters, Woordenschat aanleren in een vreemde taal, 2017, Acco

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