samedi 17 avril 2021

Les processus cognitifs d’acquisition du vocabulaire

Le vocabulaire est une composante essentielle de la littératie. Il constitue un élément essentiel de l’acquisition d’une deuxième langue ou du langage spécifique à un domaine.

(Photographie : Wouter Van de Voorde)


En effet, le vocabulaire en mathématiques diffère de celui en histoire ou en biologie dès que les contenus deviennent un tant soit peu spécialisés. Pour preuve, un article de recherche en psychologie qui traite de l’apprentissage peut paraitre confus et difficile d’accès pour un enseignant expérimenté qui n’a que peu de notions en sciences cognitives.

Si nous prenons le cas des élèves, leur manque de connaissances préalables ou leur mauvaise connaissance, du vocabulaire en général ou dans le domaine concerné sont sources de difficultés. Ce sont les principales raisons de leurs difficultés à acquérir, comprendre et utiliser une langue moderne, à réaliser une tâche complexe ou à résoudre des problèmes.



Quatre étapes dans l’acquisition du vocabulaire


Nous définissons l’acquisition du vocabulaire comme intégrant tous les processus impliqués dans l’apprentissage des éléments lexicaux. Il peut s’agir de mots isolés et d’expressions ou de phrases. Ces processus se manifestent de manière suffisamment approfondie pour pouvoir les utiliser ensuite à la fois de manière productive et réceptive. 

L’acquisition du vocabulaire se produit au moyen de multiples rencontres fortuites et intentionnelles avec ces éléments et cela dans des contextes variés.

Si nous prenons le cas d’un mot, pour l’ancrer fermement dans le lexique mental afin qu’il puisse être compris ou utilisé sans hésitation, quatre étapes sont nécessaires :

  1. Le nouveau mot doit être remarqué et mis en évidence dans un contenu linguistique.
  2. Nous devons obtenir la signification de ce nouveau mot. Le sens permet de créer un lien, une association entre la signification et la forme. Cette association peut provenir d’une déduction de la signification en fonction du contexte, ou de la recherche du terme dans un dictionnaire ou un ouvrage de référence. Elle peut également être délivrée efficacement par un enseignement ou lorsque nous demandons à quelqu’un sa signification. La compréhension doit être bien établie, il y a une nécessité à bien saisir les nuances du terme dans son contexte d’utilisation. 
  3. Le lien entre signification et forme doit faire l’objet d’un traitement cognitif génératif qui mène à un stockage et une intégration progressive au sein d’un schéma pertinent en mémoire à long terme. Celle-ci nous permet d’atteindre la maîtrise réceptive et productive et d’approfondir peu à leu la connaissance du mot.
  4. Le lien entre signification et forme peut être consolidé à long terme par le biais d’occasions de récupération et d’élaboration espacées. Confrontés au mot, nous le comprenons dans son contexte et nous sommes à même de l’utiliser pertinemment. 

L’élément clé de ce processus est que pour que l’apprentissage ait lieu, à une première phase de reconnaissance et de stockage de l’information doit succéder une phase progressive de l’acquisition du vocabulaire. 

Cette dernière impose la nécessité d’expositions multiples, fortuites ou intentionnelles à ce mot, afin de développer une maîtrise suffisante pour pouvoir l’utiliser de manière appropriée sur le long terme.




L’acquisition intentionnelle de vocabulaire 


Au cours du processus d’acquisition intentionnelle de vocabulaire, l’objectif est d’apprendre et de pratiquer de nouveaux mots. 

Pour y arriver, un élève étudie une liste de vocabulaire ou des définitions. Il s’exerce également à faire des exercices avec ces mots. Il s’exerce à l’utiliser dans le contexte adéquat.

L’acquisition intentionnelle ou volontaire de vocabulaire est plus rapide et plus efficace que l’acquisition occasionnelle de vocabulaire et convient parfaitement à la constitution d’un vocabulaire de base. 

Tous les éléments essentiels de connaissances bénéficient de cette démarche intentionnelle.

Cependant, il n’est pas possible d’apprendre tout le contenu d’une matière, tout le nouveau vocabulaire ou tous les cadres d’utilisation possibles de chaque terme. 

De plus, ces termes essentiels sont eux-mêmes intégrés dans de nouveaux domaines susceptibles d’être riches eux-mêmes en nouveau vocabulaire.

L’acquisition intentionnelle de vocabulaire doit être complétée par une acquisition fortuite de vocabulaire.



L’acquisition occasionnelle ou fortuite de vocabulaire


Au cours du processus d’acquisition occasionnelle de vocabulaire, il arrive que des élèves saisissent ou infèrent le sens de nouveaux mots lors d’une activité linguistique. C’est le cas par exemple lorsqu’ils lisent un document, écoutent un enseignant ou regardent une vidéo. 

Le but ici n’est pas d’apprendre tous les mots, mais de pouvoir comprendre le texte écrit ou parlé et d’en saisir le contexte le mieux possible. L’apprentissage des mots est dans ce cas un effet secondaire d’une autre activité. 

L’acquisition occasionnelle ou fortuite de vocabulaire est un moyen d’apprendre des mots. C’est un processus lent, incertain et cumulatif dans lequel les nouveaux éléments de connaissance sur un mot ne sont ajoutés au lexique mental que progressivement.

Elle fonctionne d’autant mieux que les connaissances préalables sont larges dans le domaine considéré et que les mots nouveaux sont rares.



La notion de lexique mental


Le lexique mental est une sorte de dictionnaire mental dans lequel les individus stockent les mots de vocabulaire qu’ils connaissent. Ces mots sont très probablement stockés de manière structurée et sont liés les uns aux autres selon des principes sémantiques ou phonologiques. Nous supposons également que les mots de différentes langues ou de différents domaines spécifiques sont stockés dans le même dictionnaire mental et sont reliés entre eux.



Viser une connaissance réceptive et productive du vocabulaire


Lorsque nous parlons d’une connaissance réceptive du vocabulaire, nous faisons référence à la compréhension des mots avec laquelle les élèves peuvent reconnaitre le sens ou donner le sens d’un mot. L’apprentissage réceptif se concentre sur l’apprentissage de la ou des significations d’un mot. 

Lorsque nous parlons d’une connaissance productive du vocabulaire, en revanche, nous faisons référence à la compréhension des mots avec laquelle les élèves peuvent se rappeler et utiliser un mot. L’apprentissage productif se concentre sur l’apprentissage de l’expression du mot et est considéré comme plus difficile que l’apprentissage réceptif.

Dans le cadre scolaire, l’apprentissage productif est généralement l’objectif pour toutes les notions essentielles qui vont bénéficier d’une acquisition intentionnelle et d’un enseignement explicite.

Les éléments de connaissance secondaires peuvent quant à eux se contenter d’un apprentissage réceptif, car l’intention est surtout que les élèves puissent les reconnaitre lorsqu’ils y sont confrontés. Nous devons juste nous assurer que les élèves les découvrent dans de bonnes conditions au moment de la pratique et de l’enseignement. 

Il est par conséquent judicieux de bien délimiter les deux types de connaissances et donner aux premières les conditions qui permettent un apprentissage productif et durable.

 


Bibliographie


Elke Peters, Woordenschat aanleren in een vreemde taal, 2017, Acco

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