samedi 9 janvier 2021

Une approche probante de l’accrochage scolaire : Check & Connect

Check & Connect est une intervention globale gérée à l’échelle d’une école et dédiée à l’accrochage scolaire. Elle entre en scène lorsque des élèves manifestent les signes avant-coureurs d’un désengagement face à l’école ou aux apprentissages et qu’ils risquent de se retrouver en décrochage. Check & Connect s’emploie à favoriser leur engagement à l’école et dans leurs apprentissages. 

(Photographie : Jeannette Klute)


Idéalement, l’approche vient en complément d’interventions universelles à l’échelle de l’école comme le Soutien au Comportement Positif en offre. Conçu pour s’intégrer dans un dispositif de Réponse à l’Intervention (RàI), Check & Connect correspond à une intervention ciblée de niveau 2 ou intensive de niveau 3. Elle vient ainsi compléter des interventions universelles efficaces de niveau 1.


Une intervention structurée autour du mentorat 


L’approche Check & Connect comprend quatre composantes

  1. Un mentor : 
    • Des enseignants jouent le rôle de mentor et interviennent dans le suivi des élèves ciblés. Généralement un mentor suit deux ou trois élèves.
    • Un mentor assure un soutien auprès des élèves concernés, en lien avec les familles et sur une période d’au moins deux ans. 
    • Le mentor a un rôle essentiel dans le cadre d’un ensemble structuré de procédures et d’interventions, axées sur les performances scolaires des élèves et sur la réussite de leurs apprentissages.
  2. Une récolte de données :
    • Check & Connect intervient en réponse à des contrôles réguliers fondés sur les données.
    • Les données recueillies sont celles en lien avec le comportement, les résultats et l’adaptation scolaire des élèves. 
  3. Des interventions ciblées ont pour objet :
    • De rétablir puis maintenir le lien de l’élève avec l’école et l’apprentissage
    • D’améliorer les compétences sociales et scolaires de l’élève 
  4. L’implication des familles 


Une double dimension empirique


Le programme Check & Connect est soutenu empiriquement. Des recherches rigoureuses et scientifiquement fondées ont montré que cette approche augmente de façon notable la probabilité que les élèves restent à l’école et poursuivent avec succès leur scolarité.

Des indicateurs empiriques (le comportement, les résultats scolaires, la fréquentation scolaire, etc.) sont utilisés pour guider l’identification des élèves ciblés et suivre leur évolution. Ces indicateurs servent à mesurer l’étendue du lien de l’élève avec l’école et les apprentissages attendus.

L’accent est mis sur les variables modifiables. Les interventions sont personnalisées. Une amélioration de l’engagement et de la participation de l’élève sont des éléments essentiels. Sa mise en œuvre est visée à travers l’établissement, le maintien et le développement de relations positives qu’entretiennent les élèves avec les membres de la communauté scolaire.



Dimensions de l’action


Check & Connect s’inscrit dans le développement plus spécifique de trois dimensions pour l’élève concerné :

  1. L’établissement de relations
  2. La résolution de problèmes et le renforcement de ces capacités de résolution 
  3. La persévérance



1) L’établissement de relations


Les relations sont fondées sur la confiance mutuelle et la communication ouverte. Elles sont nourries dans la perspective d’un engagement à long terme axé sur la promotion de la réussite scolaire de l’élève.

Les interventions de soutien sont personnalisées et non basées sur des formats prescriptifs. Les mentors utilisent les données propres à l’élève comme base pour la conception de leur intervention. Un mentor peut s’occuper de différents élèves, mais chacun d’entre eux est susceptible de recevoir des interventions différentes. 



2) La résolution de problèmes et renforcement des capacités


Une approche cognitivo-comportementale est utilisée pour :

  • Promouvoir l’acquisition de compétences permettant de résoudre les conflits rencontrés de manière constructive
  • Encourager la recherche de solutions plutôt que d’être une source de blâmes supplémentaires pour l’élève concerné
  • Favoriser l’acquisition de stratégies d’adaptation efficaces et des capacités qui y sont liées.
  • Diminuer la dépendance vis-à-vis du mentor et renforcer l’autonomie et l’autorégulation de l’élève.



3) La persévérance


La persévérance se manifeste à travers :

  • La persistance : le mentor cherche des pistes pour nourrir et entretenir la motivation de l’élève
  • La continuité : le mentor connaît bien le jeune et son contexte familial
  • La cohérence : le mentor transmet le message selon lequel une scolarité réussie est importante pour l’avenir de l’élève.


Les perspectives théoriques qui informent Check & Connect


Résilience


Le mentor est un adulte attentionné qui travaille en collaboration avec d’autres pour réduire les facteurs de risque propres l’élève, pour améliorer ses facteurs de protection et l’aider à mieux réussir à l’école. Le fait d’être soutenu dans l’adversité va favoriser la résilience chez l’élève. 




Théorie des systèmes


La responsabilité de résoudre les problèmes à la source du décrochage est répartie entre les contextes dans lesquels l’élève apprend et se développe. Il doit y avoir des liens entre l’école et les familles pour soutenir les jeunes désengagés et favoriser l’achèvement de leur scolarité. 

Il est nécessaire de comprendre et prendre en compte de manière intégrée la perspective de l’élève, le contexte et les circonstances familiales, de même que les ressources scolaires afin de fournir un soutien différencié.



Théorie cognitivo-comportementale


La résolution de problèmes se fait selon une approche cognitivo-comportementale avec pour but de concevoir des interventions qui permettent de favoriser l’autonomie et la responsabilité personnelle des élèves et soutiennent l’amélioration de ses compétences.

L’enjeu est d’aider les élèves à faire face à leurs difficultés et à relever les défis que pose l’environnement scolaire. De la même manière, il s’agit de pouvoir agir dans une certaine mesure sur l’environnement scolaire pour favoriser l’engagement des élèves.



Motivation intrinsèque


Les élèves trouvent un but et un sens à l’éducation lorsque leurs besoins psychologiques d’autonomie, d’appartenance et de compétence sont satisfaits comme le précise la théorie de l’autodétermination. 

En s’appuyant sur la motivation intrinsèque, l’enjeu est de favoriser l’intériorisation par les élèves :

  • « Je peux » : sentiment d’efficacité personnelle, perceptions compétences et sentiment de contrôle de la situation  
  • « Je veux, j’apprécie » : valeur donnée à l’engagement scolaire, objectifs personnels et intérêts en lien avec les apprentissages 
  • « J’appartiens » : liens sociaux et sentiment d’appartenance à la communauté scolaire 



La notion de capital social de Coleman (1987)


Les mentors s’efforcent :

  • De soutenir les progrès éducatifs des élèves dans le contexte de la famille et de l’école
  • D’accroître le capital social là où il n’existe pas naturellement en favorisant les relations et en faisant office de soutien pour développer l’existant.

Un élément crucial est l’interaction adulte-élève axée sur les questions scolaires et personnelles de l’élève ainsi que sur les réseaux de soutien disponibles.



Les quatre composantes de McPartland (1994)


James M. McPartland (1994) est l’auteur d’une typologie en quatre parties, développée comme une théorie générale de la motivation des élèves à rester à l’école et à persister dans leurs efforts relatifs aux tâches d’apprentissage. Il s’agit :

  1. D’assurer des possibilités de réussite scolaire
  2. D’identifier la pertinence de l’éducation pour le projet de l’élève
  3. De fournir un environnement attentif et favorable
  4. D’aider les élèves à dépasser leurs problèmes personnels


La théorie de l’engagement des élèves


Check & Connect favorise l’engagement des élèves à l’école et avec leurs apprentissages.

Dans Check & Connect, l’engagement de l’élève est défini comme étant 

  1. Sa participation active à des activités scolaires ou extrascolaires et liées à l’école 
  2. Son engagement envers des objectifs éducatifs et d’apprentissage. 

L’engagement des élèves va au-delà de la promotion de l’engagement scolaire ou de la fréquentation scolaire. Il est essentiel de prêter attention aux sentiments émotionnels et intellectuels des élèves à propos de l’école pour améliorer leurs expériences scolaires et leurs résultats. 

Le concept d’engagement est un élément central de l’approche Check & Connect. Il se développe selon quatre dimensions :

  • Deux dimensions sont externes et aisément observables : 
    • L’engagement scolaire
    • L’engagement comportemental.
  • Deux dimensions sont internes, moins aisément observables et nécessitent une compréhension de la perspective de l’élève :
    • L’engagement cognitif
    • L’engagement affectif.


Les dimensions cognitive et affective de l'engagement des élèves peuvent être des médiateurs potentiels de l'engagement scolaire et comportemental.



L’engagement scolaire


Il représente :

  • Le temps consacré aux tâches scolaires
  • Le respect des échéances et consignes
  • Les résultats obtenus
  • L’utilisation d’aides externes : tutorat, remédiation, aide aux devoirs, soutien à domicile, méthodologie…

L’engagement scolaire et comportemental implique des indicateurs et des données observables et objectives et qui sont facilement disponibles dans les écoles.




L’engagement comportemental


L’engagement comportemental se reflète dans des indicateurs tels que :

  • L’assiduité à l’école
  • L’effort et la participation active en classe
  • La motivation à apprendre
  • La participation à des activités extrascolaires
  • La fréquence des incidents comportementaux tels que les exclusions de classe, les punitions et les suspensions.

Cela revient à :

  • Concevoir une approche personnalisée des questions d’assiduité et de participation, 
  • Mettre en œuvre des programmes visant à développer des compétences telles que la résolution de problèmes et la gestion de la colère
  • Élaborer des contrats de comportement pour répondre aux besoins individuels



L’engagement cognitif


C’est la perception de la pertinence du travail scolaire, l’autorégulation de l’apprentissage, le concept de soi, la métacognition ou la méthode de travail.

Cela revient à :

  • Fixer des objectifs réalistes
  • Manifester un intérêt actif pour l’apprentissage
  • Acquérir des stratégies d’apprentissage autorégulées
  • Développer la motivation à apprendre et la perception de la valeur de l’apprentissage par rapport à ses aspirations personnelles
  • Augmenter son sentiment d’efficacité personnelle
  • Etc.



L’engagement affectif


Il correspond :

  • Au développement de l’identification positive en tant que membre de la communauté scolaire
  • Au fait d'aimer l'école
  • A l'ennui ou au manque de plaisir
  • Au sentiment d’appartenance à la communauté scolaire
  • Aux liens perçus à l’école avec les enseignants et les pairs
  • Au soutien reçu des parents et des enseignants
  • À l’établissement de relations personnelles
  • À la résolution de problèmes personnels et de conflits
  • Au plaisir du sport scolaire et de l'éducation physique



Nature multidimensionnelle de l’engagement


L'engagement des élèves peut être modifiable par les pratiques de l'école et de la classe et potentiellement plus directement que la réussite scolaire elle-même.

L’engagement est une construction multidimensionnelle qui nécessite une compréhension des liens affectifs ou psychologiques au sein de l’environnement scolaire et de leurs interactions :

  • Le sentiment d’appartenance d’un élève (engagement affectif) peut favoriser un plus grand effort et une plus grande participation de sa part (engagement comportemental). 
  • Les pratiques d’enseignement ont intérêt à favoriser l’utilisation de stratégies ou l’autorégulation (engagement cognitif). 
  • Les pratiques d’enseignement peuvent également faciliter l’octroi d’un plus grand temps pour l’accomplissement des tâches ou des devoirs avec un taux de réussite élevé (engagement scolaire).
  • L’engagement des étudiants comprend à la fois la socialisation de l’élève et à la promotion d’une identité scolaire. 

Il ne suffit pas de se concentrer uniquement sur la réalisation d’activités d’apprentissage ou sur le comportement pour favoriser l’identité d’un élève en tant qu’apprenant et membre de la communauté. Les sentiments, les intérêts et les attitudes de l’élève, ainsi que le sentiment d’efficacité personnelle ou l’utilisation de stratégies efficaces, font partie de cette identité.


En conclusion


Après plus de 20 ans de retour sur expérience, les promoteurs de l’approche Check & Connect ont établi une série de principes centraux : 

  1. Il n’existe pas de recettes miracles à suivre pour lutter contre le décrochage scolaire et stimuler à coup sûr l’engagement des élèves. 
    • Il n’y a pas de correspondance directe entre l’amélioration constatée auprès d’un élève donné et les caractéristiques de l’intervention coordonnée par le mentor qui l’accompagne. 
    • L’intervention doit être structurée et prend en considération des éléments fondamentaux de l’approche. Elle mobilise les ressources disponibles pour soutenir le lien de l’élève avec l’école. 
    • Les interventions sont adaptées aux besoins de l’élève et aux indicateurs de risque le concernant, elles n’adoptent d’approche normative pour renforcer l’engagement des étudiants. 
  2. Les relations sont essentielles pour le changement de comportement des élèves, leur engagement envers l’apprentissage et leurs progrès scolaires. Dans l’esprit de Check & Connect, les mentors reconnaissent la contribution de multiples influences contextuelles — à la maison, à l’école et dans la communauté — sur le désengagement des élèves et le décrochage scolaire. Ils s’efforcent de créer des relations positives à l’intérieur et entre ces trois environnements. L’enjeu est d’établir des normes cohérentes avec les performances scolaires et d’amener du soutien aux élèves pour les atteindre.
  3. Un coordinateur est essentiel pour maintenir la fidélité de la mise en œuvre de Check & Connect. Il travaille avec toutes les parties prenantes clés. Il s’assure que :
    • Les mentors ont les compétences nécessaires pour faire leur travail
    • Le personnel éducatif de l’école travaille en collaboration avec le programme
    • Les élèves sont systématiquement soutenus
    • Les familles ont la possibilité d’être incluses dans la solution.
  4. Il est nécessaire :
    • D’engager les élèves sur le plan académique, comportemental, cognitif et affectif
    • De tenir compte des croyances de l’élève en ce qui concerne :
      1. Le « je peux » : perceptions de la compétence et du contrôle
      2. Le « je veux » : valeurs et objectifs personnels
      3. Le « j’appartiens » : liens sociaux avec les pairs et les enseignants
    • De comprendre les sentiments émotionnels et intellectuels des élèves à propos de l’école pour comprendre leurs expériences scolaires et leurs résultats scolaires.
    • De comprendre que l’engagement des élèves à haut risque d’échec scolaire est bien plus que :
      1. Du temps sur la tâche : l’engagement scolaire
      2. De l’assiduité et de la participation : l’engagement comportemental
    • De favoriser :
      1. La perception de la connexion des élèves avec les autres, c’est-à-dire l’engagement affectif
      2. La motivation à apprendre et la perception de la pertinence du travail scolaire pour les objectifs futurs, c’est-à-dire l’engagement cognitif


Mise à jour le 31/03/21

Bibliographie


Sandra L. Christenson, Karen Stout and Angie Pohl, Check & Connect, University of Minnesota, 2012.

Coleman, James S. « Families and Schools. » Educational Researcher, vol. 16, no. 6, 1987, pp. 32–38. JSTOR, www.jstor.org/stable/1175544.

McPartland, James M. Dropout Prevention in Theory and Practice. 1994, https://eric.ed.gov/?id=ED366695

Abbott‐Chapman, J., Martin, K., Ollington, N., Venn, A., Dwyer, T. and Gall, S. (2014), The longitudinal association of childhood school engagement with adult educational and occupational achievement: findings from an Australian national study. Br Educ Res J, 40: 102-120. https://doi.org/10.1002/berj.3031

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