mercredi 16 décembre 2020

Optimiser l’usage de la prise de notes en classe

Dans une méta-analyse de 33 études distinctes, Keiichi Kobayashi (2006) a sélectionné des études comparant les résultats d’examens des étudiants qui prennent des notes en cours (et les révisent) avec ceux qui ne le font pas. Il a mis en évidence une taille d’effet de 0,77, ce qui représente un effet important. Prendre des notes lors des cours est un facteur important contribuant à la réussite des apprentissages.


(Photographie : Dylan Hewson)




Prise de notes et apprentissage


Le lien entre la prise de notes et l’apprentissage s’établit par le biais de deux fonctions : 
  • L’hypothèse d’encodage suppose que l’acte de prendre des notes aide les élèves à traiter l’information en mémoire de travail et à la stocker en mémoire à long terme. Prendre des notes contribuerait à la compréhension et à un premier apprentissage. 
  • L’hypothèse de stockage externe suppose que la prise de notes permet aux élèves de créer un support de référence extérieur des informations à apprendre. Après avoir écouté un cours, les élèves peuvent consulter leurs notes prises précédemment et les examiner en vue de les apprendre.
Les fonctions d’encodage et de stockage externe se complètent. Elles agissent à l’unisson pour promouvoir l’apprentissage. 

Pendant un cours, les élèves doivent écouter continuellement et simultanément, sélectionner les idées importantes. Ils retiennent et manipulent les idées de cours, interprètent les informations, décident ce qu’il faut transcrire et enregistrent des notes. Cet engagement favorise un processus génératif d’élaboration et aide l’élève à centrer son attention sur le discours de l’enseignant.




Comme prendre efficacement note en classe


L’objectif est de prendre des notes de bonne qualité durant le temps limité disponible.

L’enjeu est double
  1. Les notes rédigées doivent être directement utiles pour une révision et une lecture approfondie ultérieure.
  2. La prise de note doit préserver suffisamment d’attention que possible pour d’autres tâches telles que les activités en classe ou simplement pour être capable de traiter tout le contenu de l’exposé de l’enseignant.
La voix à suivre est de prendre des notes synthétiques et reformulées. Les notes sont générées à travers un traitement élaboratif. Ce faisant, le sens devient l’élément essentiel et l’attention se porte plus facilement aux tâches et au déroulement des activités en classe. 

La révision des notes a également une fonction de vérification. Il est possible que des erreurs ou des imprécisions se glissent au sein des notes d’un élève. Dès lors, une étape fondamentale est chaque fois pour l’élève de vérifier si ses notes contiennent des erreurs ou des omissions. Autrement, il risque de réviser de manière incorrecte.



Le syndrome des notes complètes 


Le risque lors de la prise des notes est de vouloir prendre note de tout, de réaliser une version papier la plus fidèle possible du cours assisté. Le comportement de prise de notes devient quasiment mécanique. Le danger c’est que le sens est éludé, l’élaboration devient absente et toute l’attention est dévolue à une performance de transcription qui fait que l’élève finit par prendre note d’éléments sans intérêt.

À ce titre, il n’est par exemple pas utile ni pragmatique de prendre note d’éléments qui se retrouvent tels quels dans un support de cours disponible ou sur des diapositives PowerPoint. 

Dès que l’attention porte sur la retranscription et non plus sur l’élaboration, la qualité des notes s’en ressent. L’hypothèse d’encodage n’est plus rencontrée, car il n’y a plus de traitement élaboratif et de reformulation du discours de l’enseignant. Dans le cadre de la prise de note, en réalité, seuls les éléments de reformulation qui impliquent une élaboration peuvent présenter un avantage. Retranscrire la parole de l’enseignant est peu utile si l’élève se limite à cela.




Le syndrome des notes inutiles


Le premier objectif de la prise de note est de pouvoir s’en resservir. Imaginons un élève qui se prépare pour une évaluation. Si l’essentiel du temps est passé à réviser à partir du manuel de référence ou d’autres supports et s’il ne consulte ses notes qu’anecdotiquement, alors en prendre est peu utile. Avoir structuré des notes complètes et ne pas les utiliser est une double perte de temps. 

Dans ce cas, il serait plus logique de ne pas prendre de notes en classe, ou au moins de prendre un minimum de points clés et de citations. Ceux-ci pourraient être combinés plus tard avec les informations d’un manuel de référence.




Le syndrome des notes en roue libre


Certains élèves peuvent prendre des notes de manière improvisée, sans réelle stratégie réfléchie. Ils écrivent quand ils le sentent, selon leur intuition ou quand le contenu leur semble intéressant ou apparait important. Ils ne s’inquiètent que peu de la forme ou de leur exploitation ultérieure.

Lors des cours, un tel élève ne prend pas forcément beaucoup de notes. De temps en temps, il s’y essaie, mais le résultat est relativement déstructuré avec un style télégraphique parfois complexe à déchiffrer même par lui. Il s’agit d’une liste d’éléments parfois reliés par des flèches ou accompagnés d’autres symboles graphiques.

Le volume des notes est nettement inférieur à celui de l’élève qui prend note de tout. Cependant, il a l’avantage d’être plus attentif à la compréhension du cours que ce dernier, ainsi qu’aux tâches qui y ont lieu. Ses notes sont aussi bien moins claires, lisibles, utiles et structurées que l’élève qui prend des notes de manière élaborée. 

Lorsque ce type d’élève se prépare pour une évaluation, il va jeter un coup d’œil à ses notes lacunaires. Ce sera surtout en lien et sous forme de guide et de vérification par rapport à ce qu’il révise. Il va rapidement se focaliser sur les notes plus complètes de son manuel. Il déchiffre ce qu’il peut et n’insiste pas s’il ne se repère pas. Il s’emploie plus spécifiquement à donner du sens aux tâches et applications.

Il serait plus logique pour cet élève d’ignorer complètement ses notes. Il bénéficierait plutôt d’en prendre de nouvelles à partir du manuel ou d’un autre support comme une série de diapositives PowerPoint ou des notes d’un autre élève plus assidu.




La prise de notes Cornell



Intuitivement, la façon la plus évidente de prendre des notes est de le faire de façon linéaire, en notant un point après l’autre sur une page, en conservant l’ordre chronologique des explications.

Cependant, un autre type format structuré de prise de note gagne en popularité au fil du temps. Il s’agit du système de notes de Cornell (du nom de l’Université Cornell, à New York, où il a été conçu). Le système de notes Cornell se distingue par sa simplicité : n’importe quelle feuille de papier fera l’affaire. Il est simple à mettre en place et facile à utiliser.

Ce système consiste à diviser chaque côté d’une page en trois sections. Il s’agit de tracer une ligne horizontale aux deux tiers de la page pour créer une section séparée en bas de la page. La section du haut est divisée en deux moitiés à l’aide d’une ligne verticale, la seconde étant plus large. 
  • La section supérieure de droite qui occupe l’espace principal est utilisée pour les notes normales prises pendant les cours. Les notes sont synthétiques et espacées. 
  • L’autre partie à gauche sert à noter les mots-clés et les questions de synthèse. Cela peut être fait par toute la classe si l’enseignant et les autres élèves utilisent le système Cornell. Cela peut se faire également de manière autonome. Cette partie est utile pour guider les révisions ultérieures.
  • La section en bas de page est destinée à un résumé de la leçon entière. Elle peut être réalisée plus tard, par exemple en résumant l’ensemble des cours de la semaine lors d’un temps de travail autonome.



(source : https://superapprenant.com/boostez-vos-prises-de-notes-grace-a-la-methode-cornell/)


Le système de notes Cornell présente également l’avantage de proposer d’emblée une organisation utile. Il permet d’identifier et de mettre en évidence les mots et les questions clés. Le résumé fournit une vue d’ensemble de haut niveau qui est complétée avec l’avantage du temps de réflexion. Cette organisation constitue une incitation à étudier plus tard.

Il est toujours bénéfique de revenir plus tard dans la journée sur les notes de cours également. Au minimum, il s’agit de les étoffer :
  1. Ajouter toute information qui n’a pas été notée au départ.
  2. Noter les endroits où quelque chose n’a pas été compris. Idéalement, il s’agit d’écrire ces points confus sous forme de questions dans la partie gauche des notes Cornell.



Les cartes conceptuelles



Une autre forme populaire de prise de notes consiste à utiliser des cartes conceptuelles. Nous avons déjà abordé les limites de ce genre d’approche dans un autre article. Leur efficience n’est pas avérée lorsqu’elles sont directement faites par un élève en autonomie. Par contre, elles sont précieuses lorsqu’elles sont fournies par l’enseignant.

En ce qui concerne leur production par les élèves, en plus de leur qualité incertaine, elles sont assez longues à réaliser. Il est donc préférable de les réaliser après les cours plutôt que pendant ceux-ci. Du coup impossible qu’elles soient réalisées pour chaque heure de cours et chaque contenu.




Prises de notes additionnelles


Si des notes photocopiées sont proposées ou qu’un manuel existe, la prise de note peut rester utile en devenant complémentaire. 

Lors de la prise de notes additionnelles, il s’agit de veiller à aborder les principaux points que l’enseignant a expliqués en classe et à les intégrer aux grandes idées du manuel.

L’avantage énorme que cela représente pour les élèves est que ça leur laisse plus de temps pour réfléchir. Ils sont moins susceptibles de faire des erreurs et cela laisse plus de temps pour vérifier ou rechercher tout ce qui n’est pas clair.

La prise de notes additionnelle doit se centrer sur les concepts clés avec un niveau assez élevé de synthèse. Les notes additionnelles évitent de devoir relire tout le contenu lorsque le temps fait défaut. 

Les supports de cours peuvent représenter une difficulté. Ils sont exhaustifs, souffrent de redondance et débordent des contenus qu’il n’est pas nécessaire de connaitre. Il faut donc élaguer. 

Une approche efficace consiste à parcourir rapidement le texte une fois, à la scanner visuellement pour avoir une vue d’ensemble, en faire une lecture rapide avant de le relire en détail. C’est ce qu’on appelle l’écrémage. En ayant une compréhension préalable du sujet, nous pouvons nous faire un aperçu général de ce dont ça parle. Cette pratique est plus efficace que celle qui consiste à partir à l’aveugle à la recherche de mots-clés. En effet, nous pouvons trouver ce mot-clé à un endroit donné, mais une autre section du cours quelques pages plus loin peut l’aborder de manière plus détaillée.





Utilisation des notes de cours


Une fois que des notes de cours complètes et correctes sont réalisées, il s’agit de les mobiliser efficacement en vue d’un apprentissage effectif. 

Une priorité est de commencer par répondre aux questions récoltées et formulées tout au long du parcours, de traiter les objectifs pédagogiques et les attendus. 

Un constat établi est que la seule relecture des notes ne peut être efficace, elles doivent être intégrées dans le cadre de processus plus complexes : 
  • Une piste est la stratégie de lecture-récitation-révision
  • Une autre est de sélectionner des cartes conceptuelles et de les mémoriser ensuite par visualisation
  • Une autre approche plus porteuse encore est celle de la réalisation de flashcards. 
Le principe général est de bien connaitre les limites et les avantages de la pratique de récupération. Par exemple, dans le cas des flashcards, il est important de laisser chaque fiche dans le paquet jusqu’à ce que le contenu ait été correctement rappelé trois ou quatre fois. Les élèves sont souvent tentés de retirer une carte après l’avoir correctement rappelée une fois. Cependant, le fait de rappeler correctement le contenu de la fiche de manière répartie dans le temps est essentiel pour rendre la mémoire durable.

La visualisation de cartes conceptuelles en addition avec la mémorisation de flashcards permet de se constituer une vision d’ensemble, une organisation des contenus. L’un des défauts des flashcards est qu’elles encouragent parfois la mémorisation de connaissances isolées sans mettre l’accent sur l’ensemble des interconnexions significatives.

Peu importe le type de pratique de récupération privilégiée, il faut veiller à vérifier les réponses et à rechercher puis étudier à nouveau tout ce qui nous a échappé ou tout ce qui est incorrect. 

L’étude doit viser à approfondir et à affiner chaque fois la compréhension du contenu et à saisir comment les différentes idées sont connectées entre elles. Ce processus aidera également à identifier les points flous sur lesquels il sera nécessaire de travailler plus en profondeur. 

Il est toujours possible de renforcer les connaissances en retournant au manuel, aux notes de cours ou en posant des questions. Cependant, retourner vers les notes de cours traitées pour identifier, comprendre et revoir certains domaines spécifiques sera souvent une utilisation plus efficace du temps que de revenir en arrière et relire des chapitres entiers d’un manuel. 

Il peut être également utile de terminer un temps d’étude en rédigeant quelques questions supplémentaires et en prenant note des concepts qui paraissent plus difficiles ou moins. Ensuite, lorsque nous commencerons lors de la prochaine session d’étude, cela sera le point de départ idéal. 




Bibliographie


Putnam, A. L., Sungkhasettee, V. W., & Roediger, H. L. (2016). Optimizing Learning in College: Tips From Cognitive Psychology. Perspectives on Psychological Science, 11(5), 652–660. https://doi.org/10.1177/1745691616645770

Kobayashi, K. (2006). Combined effects of note-taking/-reviewing on learning and the enhancement through interventions: A meta-analytic review. Educational Psychology, 26(3), 459–477. doi:10.1080/01443410500342070 

Jeffrey H. Kuznekoff & Scott Titsworth (2013) The Impact of Mobile Phone Usage on Student Learning, Communication Education, 62:3, 233–252, DOI: 10.1080/03634523.2013.767917 

Jonathan Firth, How to Learn: Effective study and revision methods for any course, 2018, Arboretum Books

0 comments:

Publier un commentaire