dimanche 29 mars 2020

Utiliser l’autosurveillance pour favoriser l’engagement des élèves dans leurs apprentissages en classe

L’autosurveillance est une technique appartenant au champ de la vérification de la compréhension. Elle vient compléter d’autres pratiques de ce registre en classe. Elle a une dimension métacognitive et vise à accentuer l’implication des élèves comme détenteurs de leurs propres apprentissages.


(Photographie : Benoît Chailleux)



Les objectifs de l’autosurveillance


L’autosurveillance est intégrée à l’enseignement dans la perspective d’une préparation à une évaluation formative ou sommative à court terme. L’enjeu est de favoriser une implication des élèves en classe pour promouvoir l’apprentissage en classe.

L’autosurveillance est intéressante pour intégrer des apprentissages cruciaux et augmenter le degré de responsabilisation des élèves. Elle intervient au moment de la pratique en classe.

Elle contribue à permettre à l’enseignant d’exprimer des attentes élevées envers ses élèves. Ce faisant, elle induit chez eux une plus grande proactivité.

Mode opératoire


L’enseignant déclare à ses élèves qu’à la fin d’un cours ou d’une séquence de pratique, il leur demandera d’estimer leur capacité concernant le point spécifiquement travaillé. Celui-ci fera l’objet d’une évaluation formative ou sommative à court terme.

Les élèves s’évaluent subjectivement sur une échelle décroissante de confiance de 1 à 4 par exemple (1 pourrait signifier « tout à fait confiant », 2 « assez confiant », 3 « peu confiant » et 4 « pas du tout confiant »).

À la fin de la séquence ou du cours, l’enseignant prend le temps de recueillir les avis de ses élèves. Il leur demande de lever le doigt à l’énoncé de la catégorie à laquelle il pense appartenir au sujet des éléments de matière qui ont été travaillés par eux.

L’enseignant introduit alors des propositions de soutien et de différenciation. Il suggère aux élèves moins confiants, mais sans l’imposer pour ne pas risquer de trafiquer leur sincérité par la suite, la réalisation de certains exercices supplémentaires. Ceux-ci ont été préalablement ciblés par l’enseignant, afin d’offrir des occasions de pratiques et d’entraînement supplémentaires aux élèves qui en ressentent le besoin.

De cette manière l’enseignant peut guider le travail à domicile en fonction des besoins ressentis par les élèves, mais également en fonction de ses propres observations qu’il a récoltées par une vérification de la compréhension régulière.

L’avantage est ici d’agir de manière ciblée auprès des élèves en difficulté, avant même qu’une évaluation formative formelle ait eu lieu.

Une forme d’auto-évaluation ?


On pourrait à première vue assimiler l’autosurveillance à de l’auto-évaluation donc on a déjà mis en évidence les limites :

Cependant, au contraire de l’auto-évaluation qui consiste souvent à laisser l’élève dans l’approximation juger de se maîtrise, l’autosurveillance propose à la fois des repères de référence et des pistes de remédiation. Elle est nettement plus fonctionnelle.

Toutefois, elle a en commun avec l’auto-évaluation la volonté d’améliorer pour les élèves une connaissance d’eux-mêmes et une autonomie dans les apprentissages.

Visées de l’autosurveillance


Une première visée est de stimuler l’engagement des élèves en les aidant à centrer leur attention non seulement sur leurs apprentissages, mais également sur l’observation de ceux-ci.

Cela accentue leur responsabilité sur le pilotage de leur propre capacité à mettre en œuvre une compétence spécifique. L’injonction de l’enseignant est immédiate, exécutée dans la foulée et non pas transposée à une évaluation ultérieure et à un travail à domicile.

L’autosurveillance se place dans un contexte d’apprentissage et met l’accent sur l’importance de l’acquisition. Elle est pour l’enseignant une façon de mettre en scène et de communiquer des attentes élevées auprès de ses élèves.

Les élèves confrontent leurs réalisations à l’attendu et en mesurent l’écart. Dans le cadre de la pratique en classe (guidée ou autonome), ils disposent d’une référence directe pour s’évaluer. Il ne s’agit donc pas d’une forme d’auto-évaluation subjective, mais d’un dispositif étayé et guidé.

La rétroaction des élèves que reçoit l’enseignant au terme de l’autosurveillance reste pour une part subjective. Toutefois, celle-ci vient compléter les données plus objectives que récolte l’enseignant lors de la pratique des élèves. En effet, il continue à les interroger oralement et à observer leur travail. Ce retour toutefois peut l’avertir du ressenti des élèves et de leur état d’esprit.

Rendre les élèves détenteurs de leurs propres apprentissages


Si les élèves réfléchissent sur eux-mêmes par rapport à des capacités techniques indépendantes dont ils font preuve, l’évaluation de leur niveau de maîtrise est par contre une donnée trop peu fiable. Ils n’ont à ce moment-là que très peu de recul. À l’échelle d’une heure de cours, on ne se trouve que dans une perspective à court terme.

L’intérêt est plutôt que les élèves développent une capacité à évaluer leurs propres connaissances, réfléchir à leur acquisition de compétences spécifiques et qu’ils essayent de se situer sur la voie de leur maîtrise.

Grâce à cette technique, les élèves sont plus susceptibles de prendre conscience du travail réalisé et de celui qu’il leur reste à faire et de sa nature. On favorise donc à la fois leur engagement et une mise en action préventive et proactive.

Cette approche incite l’élève à identifier ce qu’il ne comprend pas et à réagir plus tôt. De cette façon l’enseignant concrétise auprès de tous ses élèves des attentes élevées et indiquant très tôt le niveau attendu et en facilitant son accession.

Favoriser le questionnement des élèves


La mise en place effective de la pratique d’autosurveillance tend à rendre les élèves plus alertes. La probabilité qu’un élève demande de l’aide ou pose des questions dès qu’il ne comprend pas devient plus élevée.

Afin de jouer le jeu, il s’agit alors à l’enseignant de donner toute l’attention et le temps nécessaire aux questions de ses élèves. Pour autant, il ne s’agit pas de redonner cours, ni de devenir un distributeur de réponses ou d’explications.

Au contraire, il faut profiter de ces opportunités pour stimuler la pratique de récupération, le traitement cognitif et de l’élaboration chez les élèves. Il s’agit de les impliquer dans la construction des réponses.

Prenons la situation commune où un élève pose une question pour la réalisation d’un type particulier d’exercice. L’enseignant se tourne alors vers les autres élèves puis dit qu’il va demander aléatoirement à un autre élève de résoudre un exercice. Le temps que les élèves se concentrent sur l’exercice en question et l’aient entamé, l’enseignant désigne aléatoirement un élève. Il demande à celui-ci d’expliquer la résolution de l’exercice pour toute la classe. L’enseignant peut éventuellement intervenir pour clarifier, compléter ou contextualiser les explications.

Lorsque l’explication est terminée et que l’élève qui a posé la question voit sa compréhension clarifiée, l’enseignant lui demande de faire un exercice supplémentaire dans la foulée. L’idée est qu’il ait une occasion de pratiquer immédiatement ce qu’il a maintenant compris.



En conclusion


L’autosurveillance implique les éléments suivants :

  1. Inciter les élèves à identifier au moment même et par eux-mêmes les problèmes spécifiques avec lesquels ils se débattent, pour éviter qu’ils ne soient révélés que lors de l’évaluation formative.
  2. Donner aux élèves l’occasion et l’objectif de réfléchir, de déterminer et de poser des questions qui sont pertinentes pour eux.
  3. Prendre le temps de traiter ces questions en montrant qu’elles sont les bienvenues.
  4. Rendre les élèves responsables de leurs apprentissages et indiquer le niveau d’exigence attendu :
    • Soit par des exercices supplémentaires ciblés qu’ils prennent l’initiative de réaliser à domicile
    • Soit par des explications en classe qui impliquent les élèves  





Bibliographie


Doug Lemov. (2015). Teach like a champion 2.0. Jossey-Bass.

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