samedi 14 décembre 2019

Routines, réponses et relations, les 3 R d’un système optimal de gestion du comportement

Les élèves ne vont pas seulement à l’école pour apprendre différentes matières, aussi importantes soient-elles. Futurs adultes et citoyens, ils viennent également y développer des aptitudes sociales qui seront utiles dans leur vie quotidienne et professionnelle, des traits de caractère et des habitudes comportementales.

(Photographie : Young-Jong Oh)


La recherche a montré qu’une bonne gestion de classe est le facteur le plus important qui influe sur l’efficacité de l’enseignement. En effet, peu importe la qualité des pratiques pédagogiques d’un enseignant, s’il n’obtient pas l’engagement de ses élèves, l’apprentissage ne pourra avoir lieu.

La gestion du comportement n’affecte pas que l’apprentissage. Tous les autres aspects éducatifs sont également concernés. Une bonne gestion est au carrefour des différentes dimensions de l’expérience scolaire des élèves et des enseignants dans un établissement.

Une bonne gestion de classe influence positivement la motivation, le sentiment de sécurité, l’engagement et le bien-être des élèves. Elle contribue grandement à faire du temps en classe une expérience positive et enrichissante.

Il est une évidence que la formation des enseignants et l’établissement d’une gestion de la discipline imbriquée aux apprentissages — positive, humaine, préventive, rigoureuse et structurée, — présentent d’énormes avantages pour tous ceux qui sont impliqués dans l’école.

L’acquisition par les enseignants de bonnes pratiques et une compréhension des principes en gestion du comportement, basées sur des données probantes, sont les briques essentielles d’une bonne gestion de classe. L’installation, le maintien et l’amélioration d’une gestion de la discipline efficace doivent être une priorité en matière de leadership scolaire.




Ne pas ignorer la problématique


Les élèves difficiles et les perturbations de classe de haut niveau qu’ils génèrent sont une préoccupation bien réelle qui ne peut être occultée. Elle constitue une problématique qui est généralement sérieusement prise en compte de par sa visibilité.

Il y a un autre versant de la gestion de classe qui peut malheureusement rester dans l’ombre. C’est celui des élèves perturbateurs et de l’accumulation des écarts de comportements mineurs. 

Ceux-ci polluent le climat de travail en classe. Il est réaliste de penser qu’un nombre conséquent d’enseignants en viennent à le tolérer comme faisant partie de la vie quotidienne en classe, comme en étant une composante inévitable. 

Cependant, ce type de comportement perturbe durablement l’apprentissage des élèves et la qualité de l’enseignement. Il peut se traduire par quelques minutes perdues en moyenne lors de chaque heure de cours. Cela peut correspondre concrètement sur l’année en un certain nombre de jours d’enseignement strictement perdus. Ce temps perdu n’est plus disponible pour des apprentissages, sans compter les conséquences sur l’engagement global des élèves.

De même, il est vraisemblable que dans chaque école secondaire, certains enseignants doivent lutter plus que d’autres et perdent un temps global nettement plus conséquent que la moyenne.




Rôles de l’enseignant en gestion de classe


Le rôle de l’enseignant consiste à :

  • Influencer les élèves de manière à ce qu’ils ne soient pas enclins à perturber et restent engagés dans un traitement cognitif
  • Encourager les élèves à persévérer dans leurs efforts, à faire face à un travail qu’ils peuvent trouver difficile, quel que soit leur niveau
  • Enseigner des normes élevées de conduite, établir des routines et installer un climat de coopération pour obtenir un bénéfice optimal pour tous
  • Renforcer les routines et attentes comportementales en classe pour tous les élèves
  • Gérer les attentes et enjeux individuels multiples, dans un espace de la classe où les intérêts peuvent diverger





Gérer le comportement


Gérer le comportement des élèves n’est pas sans difficulté potentielle pour les enseignants. Passer du temps à enseigner en classe à lui seul ne fournira pas la formation dont les enseignants ont besoin pour développer une expertise dans ce domaine. De plus, la gestion du comportement est l’une des lacunes les plus importantes dans les compétences des nouveaux enseignants.

Comme pour tout ensemble de compétences professionnelles, l’expertise en gestion de classe s’acquiert par l’amalgame structuré de l’effort, de la réflexion, de la formation et de la pratique.

Les objectifs d’une formation sur la gestion de classe reposent sur le fait de développer une meilleure compréhension des problèmes de comportement. Il s’agit de les analyser et de les reconnaitre et de percevoir comment les anticiper, les prévenir, les traiter, les résoudre ou les atténuer.

Il est crucial que les enseignants rencontrant des difficultés et plus particulièrement les enseignants débutants reçoivent des conseils pratiques, et soient formés à des stratégies tangibles, fondées sur des données probantes.

La formation comportementale doit s’assurer que les enseignants débutants ou en difficulté aient accès à un large éventail de stratégies. Ils doivent pouvoir choisir les stratégies les plus appropriées pour les classes et les écoles dans lesquelles ils se trouvent. Aucune stratégie de gestion du comportement n’est universellement efficace.

En disposant d’un répertoire de stratégies, ils seront mieux préparés à différentes situations en classe et seront plus enclins à réfléchir de façon professionnelle à la relation entre leurs actions et l’impact de ces actions. Ils doivent pouvoir choisir la bonne stratégie au bon endroit et au bon moment.




R comme Routines


Définir, enseigner, maintenir un ensemble de routines à l’échelle de la classe et de l’école est une condition pour avoir des attentes élevées en matière de qualité et de performance.

Les routines constituent un étayage essentiel pour l’établissement, le maintien et le développement d’une vision commune, acceptée, validée et entérinée des habitudes et des comportements considérés comme optimaux par la culture de l’école.

Cela implique :

  • La définition de routines en classe qui permettent aux enseignants de communiquer des valeurs et des comportements communs. Celles-ci favorisent une culture positive et minimisent les perturbations
  • Elles regroupent des routines pour le début, pour la fin des cours et pour tout moment de transition
  • Ces routines sont enseignées explicitement aux élèves au début de l’année
  • Une fois enseignées, les routines doivent être pratiquées, renforcées, maintenues, suivies et vérifiées par l’enseignant afin d’en assurer leur consolidation
  • Au sein de ses cours, l’enseignant doit être capable d’établir des attentes claires en matière de travail individuel, en binôme et en groupe
  • L’enseignant doit adopter un rythme soutenu et sans temps mort pour optimiser la concentration, l’engagement et le comportement de ses élèves. Cela implique d’avoir tout planifié

Plus particulièrement, pour l’enseignant il s’agit de :

  • Modeler, de faire pratiquer et de renforcer constamment des attentes élevées, mais réalistes en matière de conformité et d’effort
  • Pouvoir s’adapter aux élèves et aux facteurs extérieurs à la classe
  • Veiller à distribuer du renforcement positif à chaque élève pour favoriser l’adoption et le maintien d’un système et prévoir des sanctions en cas d’infractions
  • Assurer un suivi régulier, immédiat et rigoureux des attentes établies
  • Maîtriser et tirer parti du système global de gestion de la discipline au niveau de l’école
  • Utiliser et valoriser l’expertise des autres enseignants au sein de l’école et partager la sienne



R comme Réponses


Il s’agit d’un ensemble de stratégies préventives et interventions réactives pour :

  • Anticiper la survenue possible de perturbations
  • Désamorcer la confrontation
  • Résoudre les conflits
  • Réorienter les activités non productives ou contre-productives
  • Réagir aux comportements antisociaux d’une manière juste, productive et proportionnelle

Il s’agit d’interventions :

  • Formelles : appliquer les conséquences adaptées, prévues en cas d’infraction
  • informelle : indices verbaux/non verbaux, langage corporel, etc.

Stratégies courantes en classe :

  • Renforcer les bons comportements :
    • Utiliser les éloges et les récompenses pour accorder de l’attention aux bons comportements
  • Réduire l’attention que l’inconduite reçoit
    • Favoriser l’extinction des comportements perturbateurs
    • Commencer par des interventions informelles avant les interventions formelles
    • Corriger précocement des comportements répréhensibles en agissant dès qu’ils surviennent
    • Privilégier un langage positif et respectueux, visant à remettre les élèves au travail
    • Utiliser un langage approprié face aux mauvais comportements dans le but explicite de réduire l’attention portée aux mauvais comportements
  • À chaque instant, assurer un langage corporel adéquat, un ton de voix chaleureux, un bon choix des mots utilisés
  • Être au courant de tout ce qui se passe à chaque moment et à chaque endroit dans la classe
  • Agir stratégiquement pour réduire les perturbations progressivement : 
    • Commencer par ignorer tactiquement les comportements perturbateurs secondaires (comportements moins intrusifs, comme le chuchotement) 
    • Concentrer les efforts sur les comportements perturbateurs primaires (par exemple, mettre toute la classe au travail) 
    • Lorsque le comportement perturbateur primaire est sous contrôle, on peut alors s’intéresser aux secondaires

Faire face à des incidents importants :

  • Gérer la confrontation et les rencontres stressantes, mettre en place des stratégies de désescalade et l’utilisation de réponses planifiées
  • Utiliser les sanctions de manière positive en analysant la fonction du comportement
  • Mettre en place les conditions qui permettent d’avoir des conversations réparatrices



R comme Relations


De par la nature interpersonnelle des relations, il s’agit de prendre en compte les deux interlocuteurs.

Pour l’enseignant lui-même, il s’agit de :

  • Réguler son propre état émotionnel
  • Rester calme et patient
  • Agir de façon professionnelle malgré les circonstances difficiles
  • Faire preuve de confiance et d’un niveau d’enthousiasme approprié et maintenir un regard professionnel positif inconditionnel
  • Tirer parti du soutien d’autres adultes au sein de l’école et de leur expertise
  • Comprendre les déclencheurs personnels de son propre comportement, de ses propres attentes ou réactions
  • Comprendre comment les besoins éducatifs spéciaux, les troubles de l’apprentissage ou de l’attention, ainsi que le handicap affectent le comportement. Il s’agit par exemple du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), de l’autisme, de la dyslexie, de l’autisme.
  • Posséder de notions de psychologie de base sur la motivation, l’attention, la mémoire, l’apprentissage, la dynamique de groupe, etc.

Envers les élèves il s’agit de :

  • Développer des relations positives et comprendre les élèves en faisant preuve d’empathie et en s’intéressant à chacun d’eux
  • Construire des relations personnalisées et significatives avec les élèves, en veillant à considérer et à utiliser le prénom de chaque élève
  • Utiliser un langage et un ton adapté à l’âge des élèves
  • Comprendre le contexte scolaire et son impact sur le comportement

Envers les parents/tuteurs, il s’agit de :

  • Comprendre les parents/tuteurs, faire preuve d’empathie afin d’obtenir leur soutien
  • Construire des relations personnalisées et significatives avec les parents/tuteurs des élèves, basées sur une communication positive
  • Travailler avec les familles pour s’entendre sur les attentes élevées entre l’école, les élèves et les parents/tuteurs


Comme l'écrit Tom Hierck (et ses collègues, 2012) , tous les élèves ont besoin de savoir qu’ils peuvent compter sur des membres de l’école. Bien souvent, l'adulte le plus significatif est leur enseignant principal ou titulaire. Il peut également s'agir d’un autre enseignant de l’école ou d’un autre membre du personnel éducatif. Il ne faut jamais sous-estimer l'influence puissante que peut avoir le soutien d’un adulte. Le soutien peut être aussi simple que de faire un sourire, d'offrir une écoute active face aux difficultés ou de fournir quelques conseils dans une situation donnée.

Il n’est pas nécessaire de discuter du cours de la journée. Ce sont souvent les rencontres informelles qui favorisent l'établissement de liens privilégiés. Cette bonne relation prend d’abord naissance en classe, alors que l'enseignant manifeste déjà son intérêt envers les élèves et se montre prêt à les accompagner tout au long de leur cheminement.


(mise à jour le 17/05/20)

Bibliographie


Tom Bennett, Developing behaviour management content for initial teacher training (ITT), July 2016 https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/536889/Behaviour_Management_report_final__11_July_2016.pdf

Tom Hierck, Charlie Coleman and Chris Weber, La pyramide des interventions sur le comportement, 2012, Chenelière

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