lundi 6 août 2018

Un équilibre en enseignement explicite entre étayage préventif et effet de renversement dû à l’expertise !

En enseignement explicite, un élève est soutenu dans ses apprentissages. Mais jusqu’où peut aller ce soutien pédagogique, quand peut-il se révéler contre-productif ?

(photographie : Tim Richmond)


Un étayage préventif en Direct Instruction


L’objectif de tout enseignant est la réussite des élèves, celle-ci prend la forme d’un apprentissage qui assure qu’ils puissent accomplir à terme des tâches en toute autonomie.

“Mediated Scaffolding” est une des stratégies en Direct Instruction pour préparer les apprentissages. Le terme choisi dans le livre « Enseignement explicite et réussite des élèves » (Gauthier, C., Bissonnette, S., & Richard, M., 2013) pour sa traduction est celui de « Soutien aux apprentissages », mais souvent le terme scaffolding est également traduit par étayage dans le domaine pédagogique. Le rôle de l’étayage est ici préventif. Il s'agit d'éliminer préventivement des obstacles qui pourraient empêcher les élèves d’apprendre et les démotiver.

Cet étayage préventif répond aux caractéristiques suivantes :

• Il regroupe tout ce qui est guidance pédagogique fournie par l’enseignant (mais éventuellement par d’autre vecteurs).
• Il est fonction des objectifs d’apprentissage et du profil des élèves.
• Il soutient l’activité des élèves.
• Il se traduit par des tâches, du contenu, de supports ou de la rétroaction.
• Il disparaît graduellement en fonction des progrès des élèves.





Un étayage préventif qui diffère de l’étayage constructiviste


Il se distingue de l’étayage constructiviste au niveau de sa nature préventive. L'étayage préventif  repose sur l'idée, largement confirmée par la recherche en éducation, que les élèves à qui l'on enseigne directement un contenu apprennent mieux que ceux à qui on ne l'enseigne pas et qui essaient de l'apprendre par eux-mêmes.
Dans l’approche constructiviste, l’étayage, tel que présenté par Jérôme Bruner est une interaction sociale entre l’élève et l’enseignant:

L’enseignant essaie d’amener l’enfant à résoudre un problème qu’il ne sait pas résoudre seul. L’étayage est un système de support fourni par l’enseignant à travers une communication : il restreint la complexité de la tâche lorsque l'élève est bloqué.

Il faut éviter que l’élève s’écarte des objectifs de la tâche. L’enseignant signale l’écart entre ce que l’élève a produit et ce que l’enseignant souhaite comme réponse.

L’étayage constructiviste n’intervient que lorsque la situation s’enlise. Il n’agit pas à titre préventif.





Un étayage préventif temporaire


Pour des tâches nouvelles ou difficiles, l'étayage peut être important, puis progressivement retiré à mesure que les élèves développent connaissances et compétences.

Le retrait graduel et planifié des dispositifs de soutien se réalise en fonction de la réussite des élèves et de leur capacité à terminer une tâche de façon autonome.

L'étayage n'est pas une condition d'enseignement statique et prédéterminée. Le degré d'étayage change en fonction des capacités des élèves, des objectifs de l'enseignement et de la complexité de la tâche. Au plus les structures de soutien sont intégrées et développées d’emblée dans les supports pédagogiques, au plus il est facile pour les enseignants de fournir l'étayage dont les apprenants ont besoin.




Formes d’étayage préventif


Différentes approches comme les problème résolus, l’approche par petit pas des nouvelles connaissances, une graduation dans la difficulté des tâches demandées, une attention à la discrimination de faits et concepts voisins, un soutien personnalisé, des questions spécifiques à poser aux élèves pour faciliter leur compréhension, etc., se prêtent bien à une modulation de l’étayage.

L'enseignement explicite prend appui sur la mise en place de divers dispositifs d’étayage qui s’allègent au fur et à mesure de ses trois grandes étapes :

• L'enseignant illustre par modelage ce qu'il faut faire devant les élèves : cela favorise leur compréhension des objectifs d'apprentissage.

• Lors de la pratique dirigée, les élèves s’exercent à leur tour sous la supervision rapprochée de l’enseignant. Cela leur permet d'ajuster et de consolider leur compréhension dans de l'action concrète.

• Lors de la pratique autonome, les élèves deviennent progressivement capables d'accomplir seul les tâches demandées. Elle fournit de multiples occasions d'apprentissage nécessaires à la maîtrise et à l'automatisation des connaissances.




L'effet de renversement dû à l’expertise


L'effet de renversement dû à l’expertise est un écueil important dont il faut tenir compte dans le cadre des stratégies d’étayage comme celle des problèmes résolus:

Ainsi, une forte utilisation de problèmes résolus (ou d'une autre forme d'étayage) perd progressivement en efficacité à mesure que l'expertise des élèves augmente. Elle devient finalement redondante ou même contre-productive pour les résultats d'apprentissage.

Des procédures préventives d’étayage préventif, qui facilitent l'apprentissage pour les novices parce qu'elles réduisent la charge cognitive, ne sont pas efficaces pour enseigner à des élèves plus experts.

Avec l’accroissement de l’expertise, les méthodes traditionnelles ou l’approche constructiviste pour résoudre des problèmes deviennent plus efficaces que l’utilisation de problèmes résolus.

Les processus d’étayage préventif restent largement bénéficiaires. Cet effet met simplement en évidence la nécessité d’une intégration graduelle de tâches de résolution de problèmes plus autonomes, au fur et à mesure que les élèves acquièrent de l'expertise.






Comment expliquer cet effet ?


Les élèves ayant développé des connaissances approfondies dans le sujet enseigné on déjà des schémas cognitifs qui leur fournissent un guidage interne. Un étayage ne leur est pas nécessaire.

Les élèves « experts » doivent relier et concilier leurs schémas cognitifs déjà établis et automatisés à des conseils extérieurs. Un étayage entraîne le traitement d'informations redondantes et  crée une charge cognitive accrue. Cela réduit les ressources disponibles pour l'apprentissage de nouvelles connaissances.

Dans ce cas, l'étayage devient redondant par rapport aux schémas cognitifs existants de l’élève et est moins bénéfique qu'une approche au guidage réduit.

Ces résultats confirment le fait qu’au fur et à mesure du cheminement vers l’expertise, les schémas cognitifs servent de plus en plus de guides et l’étayage peut progressivement être diminué.

Avec l’augmentation de l’expertise, les problèmes résolus devraient être remplacés par des problèmes à compléter et, enfin, par des problèmes fournis sans aucune aide.




En conclusion


L'un des facteurs clés du succès de l’étayage préventif est son effacement progressif au fur et à mesure que l'apprenant progresse dans l'enseignement. 

A ce titre, modelage et pratique guidée correspondent à des étapes d’effacement fixes (décidés par l’enseignant à l’échelle de la classe) qui s’adaptent parfaitement aux savoirs et savoir-faire. 

La pratique autonome permet l’introduction d’un effacement adaptatif de l’étayage préventif, en réponse à la démonstration de compréhension des élèves face à des tâches plus complexes, ce qui leur permet, en fonction de leurs niveaux de connaissance, de progresser d'une manière autonome et de minimiser l'effet de renversement dû à l'expertise.






Bibliographie


Gauthier, C., Bissonnette, S., & Richard, M. (2013). Enseignement explicite et réussite des élèves. La gestion des apprentissages. Bruxelles : De Boeck.

Chanquoy Lucile, André Tricot, John Sweller, La charge cognitive, Théorie et applications, Armand Collin (2007)

Sweller John, Ayre Paul, Kalyuga Slava, Cognitive Load Theory, Springer, 2011

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