vendredi 11 mai 2018

La fonction d’assistant pédagogique en contexte scolaire

Voici un dernier point de cette synthèse d’articles de Maurice Tardif. Il y explore un aspect annexe  lié à la professionnalisation de l’enseignement. Celui-ci ne concerne pas pour l’instant la Belgique.

La démarche consiste en l’apparition d’assistants scolaires pour épauler les enseignants. L’aspect que j’ai privilégié de cette aide concerne une forme de support dans un contexte pédagogique qui n’est pas sans évoquer les problématiques reliées à la remédiation et à la différenciation.

(Photographie : Elias Carlson)

On observe particulièrement en Amérique du Nord, mais aussi dans plusieurs pays d’Amérique latine, l’embauche de plus en plus importante de techniciens. Ceux-ci ont des formations de niveau secondaire ou préuniversitaire. Ils viennent en partie remplacer les enseignants dans certaines fonctions comme la surveillance des élèves, l’aide aux élèves handicapés, la discipline à l’intérieur de l’école, la préparation de séances de laboratoire en sciences, etc. Aux États-Unis, un agent scolaire sur deux n’est plus désormais un enseignant.

L’utilisation de personnel non formé dans le cadre scolaire (ni enseignant ni éducateur) peut constituer une réponse donnée pour pallier certaines pénuries.

Il s’agit d’encadrer les élèves (surveillances) ou de fournir de l’aide individuelle (remédiations et associées) en allégeant par là certaines contraintes financières.Par exemple, ils peuvent fournir un soutien pédagogique pour les enseignants en classe, leur permettant d’avoir plus de temps pour la planification des leçons et l’enseignement.

De manière générale, ils sont subordonnés aux enseignants, définis comme professionnels, et travaillent fréquemment sous leur direction. Leur principale responsabilité semble être de décharger les enseignants de ce qu’on peut appeler le « sale boulot ». Cela permet aux enseignants de se concentrer sur les parties plus « nobles » ou plus « professionnelles » de leur travail, soit l’organisation de l’enseignement, la planification des leçons et la transmission de la matière en classe aux élèves réguliers.

Les assistants contribuent dès lors de diverses façons à l’instruction et l’éducation des élèves.

Ces avantages potentiels ont une autre facette. Il s’agit du danger d’introduire des non-enseignants dans le contexte scolaire. Ceux-ci assistent les enseignants dans le suivi des élèves en difficulté. D’un côté, leur arrivée peut apaiser le climat scolaire, mais d’un autre côté, il aura tendance à élargir l’écart entre les élèves.

Une réalité de l’enseignement est que les enseignants ne peuvent plus se borner à transmettre des connaissances de manière frontale. Ils doivent d’une manière ou d’une autre s’engager dans de nouvelles relations professionnelles aux élèves : aide, soutien, etc. Or ces assistants leur permettent d’éviter ces dimensions.

Cette évolution s’inscrit dans l’instauration d’une école à deux vitesses. Elle ne se traduit plus uniquement à travers l’existence d’une variation de la qualité des écoles (de niveau faible et fort, populaire et élitiste). Elle se traduit également par l’existence, d’une division du travail éducatif. Celle-ci fait en sorte que l’encadrement d’une partie substantielle des populations scolaires échoit de plus en plus à du personnel technique. Cette division s’inscrit dans un dualisme des dimensions cognitives et comportementales de l’enseignement.

Les enseignants ont tendance à déléguer l’encadrement des élèves faibles vers ces assistants. Mais ceux-ci sont moins bien formés pour enseigner. C’est une forme de déresponsabilisation qui crée de fait une école à deux vitesses. Les enseignants accentuent leurs pratiques pour les élèves qui peuvent les suivre. Ils tiennent moins compte des autres qui pourront bénéficier d’une aide auprès d’un assistant. La création de ce type de différenciation peut engendrer de l’inégalité.

Dylan Wiliam (2015) explique au sujet de l'impact des assistants pédagogiques en Angleterre, qu’une évaluation à grande échelle a révélé qu’ils ont en fait réduit les performances des élèves qu'ils avaient l'intention d'aider. Les raisons avancées sont que dans de nombreuses écoles, ils étaient régulièrement chargés d'aider les élèves ayant les besoins d'apprentissage les plus profonds, une tâche pour laquelle ils n'étaient pas bien adaptés.  Il explique toutefois également que des données recueillies en Caroline du Nord indiquent qu’ils peuvent être rentables, s'ils sont bien gérés et s'ils se voient confier des rôles appropriés en classe et si les enseignants qualifiés sont peu nombreux. Les assistants pédagogiques peuvent être une mesure utile à court terme en cas de pénurie d’enseignants, mais il est peu probable qu'il ait un impact important sur les résultats globaux des élèves. 



(mise à jour le 04/10/20)

Bibliographie


Tardif, M. (2013). « Où s’en va la professionnalisation de l’enseignement ? ». Tréma, Revue internationale en sciences de l’éducation et didactique, Université de Montpellier, n° 40, décembre 2013, p. 43-60.

Tardif, Maurice « DE L’USAGE POLITIQUE DES DONNÉES SCIENTIFIQUES » (2017) http://plus.lapresse.ca/screens/a913a92c-9428-4b96-bc53-75bae0704f91%7C_0.html

Jarraud, François. Maurice Tardif : Résister à l’école à deux vitesses (2017) http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/11/1211MauriceTardif.aspx

Dylan Wiliam, Embedding Formative Assessment, 2015, Learning Sciences International

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