lundi 30 avril 2018

Qu'est-ce que l'effet Matthieu?


L’apprentissage de la lecture a des conséquences profondes sur le développement des capacités cognitives.  Au plus on lit et au plus notre vocabulaire s’enrichit, au plus il devient facile de lire et d’enrichir notre vocabulaire, etc.

(Photographie : Josh Cunliffe)

C’est un exemple de ce qu’on appelle l’effet Matthieu, inspiré d’un passage biblique qui décrit le phénomène du riche qui devient de plus en plus riche et du pauvre qui devient de plus en plus pauvre.

Le terme est dû au sociologue américain Robert K. Merton. Celui-ci, dans un article publié en 1968, cherchait à montrer comment les scientifiques et les universités les plus reconnus tendaient à entretenir leur domination sur le monde de la recherche.

D'autres chercheurs ont par la suite réutilisé la formule d'effet Matthieu dans d'autres contextes, notamment dans des études montrant pourquoi, lors d'un processus d'apprentissage, les meilleurs tendent à accroître leur avance et les écarts de niveau s’agrandissent.

En appliquant ce concept à la lecture, nous constatons que, très tôt dans le processus de lecture, les lecteurs pauvres, qui éprouvent plus de difficultés à briser le code orthographe/son, commencent à être exposés à beaucoup moins de texte que leurs pairs plus compétents.

Le fait que les lecteurs moins qualifiés se retrouvent souvent face à des documents trop difficiles pour eux exacerbe encore davantage le problème :  la combinaison d'habiletés de décodage déficientes, d'un manque de pratique et de documents difficiles entraîne des expériences de lecture précoce non gratifiantes qui mènent à une participation moindre aux activités liées à la lecture, à une baisse du sentiment d’efficacité personnelle et de la motivation qui lui est corollaire.  

Les expériences de lecture ingrates se multiplient et la pratique est évitée ou simplement tolérée sans réelle implication cognitive.

Cette logique de l’effet Matthieu peut s’appliquer à tout un tas d’autre domaines eux aussi marqués par un caractère cumulatif. Deux élèves au départ ne vont se différencier que par leurs capacités initiales, leurs compétences, leur persistance, leurs habitudes de travail, etc.

Ces différentes caractéristiques vont procurer à des individus particuliers un avantage précoce. Ces facteurs ont un effet multiplicateur, les avantages cumulatifs des premiers répondent à des désavantages cumulatifs des seconds.

Si en math, en chimie ou en physique, des notions de base ou des procédures de calcul ne sont pas maîtrisées couramment, le décalage entre les deux profils n’ira qu’en s’accentuant. Les premiers récoltant plus de renforcement positif vont voir leur auto-efficacité s’amplifier tandis que les second la verront se réduire et s’engageront de moins en moins volontairement dans ces tâches.

Cela peut mener à des élèves qui se démotivent, voire renoncent à se battre, ou du moins n’établissement que des compréhensions minimales tandis que d’autres approfondissent leurs compétences.  

Les connaissances antérieures des étudiants ont par là même un effet majeur sur leur réussite. Les étudiants les plus avancés ont plus de chance de réussir à l’examen, car ils sont plus proches du but, du niveau à atteindre. Mais en regardant de plus près, on constate que ces étudiants ne font pas que réussir, ils progressent davantage.

L’effet Matthieu peut être expliqué au travers de la théorie de la charge cognitive :
·      Les apprenants qui ont plus de connaissances ont aussi plus de facilités pour réaliser les tâches qu’on leur propose, notamment quand celles-ci sont complexes et/ou exigeantes.
·      Cette facilité à réaliser la tâche libère des ressources cognitives pour l’apprentissage lui-même, c’est-à-dire pour l’élaboration de nouvelles connaissances.
·      Le manque de connaissances, tout comme une tâche trop exigeante, fonctionne comme une double peine : en pénalisant la réalisation de la tâche on pénalise l’apprentissage.

L’effet Matthieu montre bien tout le danger de la différenciation et l’importance de soutenir fortement les élèves qui ont des difficultés dans les premiers stades car celles-ci si elles ne sont pas traitées rapidement engendrent des difficultés parfois insurmontables plus tard.

Bibliographie :
Cunningham, Anne & Stanovich, Keith. (1998). What reading does for the mind. American Educator. 22.


Franck Amadieu, Andre Tricot. Les facteurs psychologiques qui ont un e et sur la réussite des étu- diants. Psicologia USP, Universidade de São Paulo, 2015, Réussite et échec en langues de spécialité, XXIV (2)

0 comments:

Enregistrer un commentaire