mardi 19 septembre 2017

Influence de l’auto-efficacité sur les choix d’orientation posés par les élèves

Quel impact peut avoir l’auto-efficacité sur les choix d’orientation posés par des élèves ? Autrement dit, de quelle manière est-ce que les choix d’orientation sont en rapport avec l’efficacité personnelle ressentie par un apprenant dans un domaine donné ?


(photographie : Lewis Khan)




L’auto-efficacité peut influencer l’orientation de l’élève et même constituer une forme de déterminisme. Celui-ci va limiter les options disponibles et réduire leur champ d’investigation, parfois à contresens de leurs aptitudes :


1. Influençant l’engagement et par là le développement des aptitudes concernées, l’auto-efficacité peut avoir un impact sur les résultats et y imposer une tendance :
  • Le fait de ne pas se sentir efficace dans un domaine va limiter les investissements et aboutir à l’obtention de résultats et de performances scolaires moins bons. 
  • Par contre, le fait de se sentir efficace, même à aptitudes égales, va augmenter les attentes et faciliter l’investissement, ce qui va se traduire par des résultats meilleurs. 
  • Ce phénomène va fonctionner en cycles et accentuer peu à peu les différences et les spécificités. Il y aura une influence globale sur la construction d’expériences personnelles. Ces dernières ont un impact crucial sur les choix d’orientation futurs.

2. Les choix d’orientation que pose un individu reposent sur ses intérêts qui dépendent de ses caractéristiques. Parmi elles, son auto-efficacité et ses expériences diverses influencées par celle-ci jouent un rôle prépondérant :
  • Les enfants ayant une auto-efficacité scolaire élevée développent de hautes aspirations quant à leurs études. Ils se dirigent préférentiellement vers des carrières scientifiques, éducatives, littéraires et médicales. La culture familiale et l’influence parentale peuvent jouer un rôle important sur ces aspects.
  • Les enfants ayant une auto-efficacité sociale élevée s’estiment surtout efficaces pour les professions de service et choisissent plutôt des filières d’étude et des carrières appartenant à ces catégories.
  • La combinaison de basses aspirations et d’une faible auto-efficacité chez les parents, associées à de basses aspirations et d’une faible auto-efficacité pour les emplois de service chez leurs enfants, conduit habituellement ces derniers vers des métiers manuels.

3. Les choix d’orientation aboutissent à l’élimination rapide de catégories entières de professions en se basant pour une grande part sur l’auto-efficacité. Son influence peut se révéler paradoxalement plus importante que celle des expériences et des aptitudes.


4. Les choix d’orientation produisent des résultats qui vont conduire, par rétroaction, à une modification de l’auto-efficacité et des attentes. Ce processus fonctionne selon un système en boucle. La performance atteinte influence les choix de l’individu et inversement. De mauvaises expériences dues à un concours de circonstances peuvent avoir parfois une influence marquée.


5. L’impact de l’auto-efficacité est supérieur à celui de la correspondance entre la personne et son environnement. Elle est de même supérieure aux conséquences futures des choix faits en ce qui concerne la réussite scolaire ou la persévérance dans une orientation. Dans certains cas, elle peut être une forme d’aveuglement où des choix sont parfois plus basés sur le ressenti que sur la raison. À d’autres moments, cela peut prendre la forme d’un sentiment de vocation pour un domaine.



Conclusion


L’auto-efficacité ressentie par un individu dans divers domaines influence de manière claire les choix d’orientation qu’il pose. 

Cependant, pour une part, il s’agit d’une construction dans laquelle l’influence scolaire joue un rôle majeur en suscitant des découvertes, en stimulant et en accompagnant dans des cheminements réflexifs personnels. 

Pour l’institution scolaire, cela illustre la nécessité d’offrir aux élèves la possibilité de se tester et de découvrir toute une variété de domaines, en évitant tout a priori et cela tout au long de la scolarité. L’enjeu est d’aider les élèves à échapper à un déterminisme. Ce dernier risque dans certains cas d’être aliénant. Nous devons tâcher de développer chez nos élèves une plus grande ouverture d’esprit afin de leur permettre de mieux jauger leurs potentialités réelles.

Gardons à l’esprit que la perception qu’a un élève de son auto-efficacité dans divers domaines est susceptible d’évoluer, d’où l’importance de l’accompagnement et des choix dans les pratiques pédagogiques mise en œuvre. Là est tout l’enjeu d’inclure également une part d’approche orientante au sein de chaque matière.



Mis à jour le 15/07/2021

Bibliographie


Canzittu, D. & Demeuse, M. (2017). Comment rendre une école réellement orientante ? Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.

Galand, B. & Vanlede, M. (2004). Le sentiment d’efficacité personnelle dans l’apprentissage et la formation : quel rôle joue-t-il ? D’où vient-il ? Comment intervenir ? Savoirs, hors série (5), 91-116. doi:10.3917/savo.hs01.0091.

Gerrig R ; Zimbardo, P « Psychologie 18e édition », Pearson, 2013

Lecomte, Jacques. « Les applications du sentiment d’efficacité personnelle », Savoirs, vol. hors série, no. 5, 2004, pp. 59-90.

Martin, E. « Le sentiment d’efficacité personnelle des enseignant. e. s », Eduquer, n° 27 PP 26-28, février 2017

« Auto-efficacité. » Wikipédia, l’encyclopédie libre. 16 juin 2017, 09:33 UTC. 28 juill. 2017, 05:09

0 comments:

Enregistrer un commentaire