vendredi 18 août 2017

Pourquoi adopter l'approche orientante? (partie 4 & fin : le point de vue de l'élève, types de profils et phases de réflexion)

Dernière partie de cette synthèse personnelle sur l'approche orientante en prenant en compte cette fois l'angle de l'élève en fonction de différents profils et de phases dans lesquelles il doit passer.

Pour ceux intéressés d'en savoir plus sur le sujet, je recommande l'excellent ouvrage de Damien Canzittu et Marc Demeuse sur le sujet (voir bibliographie)

  


Tous les adolescents ne réagissent pas de la même manière face aux questions de l’orientation. On peut distinguer les profils suivants pour lesquels l’approche orientante peut avoir un réel impact positif :

1.     Les bons élèves sont ceux qui ne rencontrent pas d’accroc lors de leur parcours scolaire et qui passent sans soucis d’une année à l’autre. Une part non négligeable d’entre eux va avoir tendance à postposer tout choix durant le parcours dans l’enseignement secondaire. Ils ont tendance à privilégier des choix d’options prestigieuses dans l’enseignement général pour se garder toutes les opportunités ouvertes.  Ils ont des ambitions scolaires précises, mais des intentions professionnelles floues et changeantes. Beaucoup d’élèves de l’enseignement général arrivent ainsi au terme de leur propre cursus secondaire sans avoir rencontré de difficultés et sans s’être posé beaucoup de questions. Souvent, ils n’ont tout simplement aucune idée de ce qu’ils vont bien pouvoir faire après. Ils ne sont pas préparés par l’école en ce qui concerne leur orientation, comme tout a toujours bien fonctionné pour eux et peuvent faire des choix de dernière minute qu’ils vont devoir corriger par la suite. Plus tôt ils seront amenés à y réfléchir et mieux ils seront armés pour y répondre, mieux ils pourront se prémunir de faux départs dans l’enseignement supérieur.

2.     Un autre profil est celui d’élèves qui ont un parcours moins évident dans le secondaire, qui rencontrent des difficultés ponctuelles ou récurrentes dans certaines matières, ce qui peut les mener parfois à une année (ou deux) de retard ou à des secondes sessions repétées et à des échecs récurrents d’année en année. Parmi eux, certains vont se projeter dans des projets d’étude qui ne correspondent pas à leurs capacités scolaires réelles et développer une croyance illusoire en leur réussite malgré des contraintes et des niveaux exigences élevés auxquels ils veulent s’affronter qui sont pourtant évoqués par certains. Ils visent des finalités improbables, qui vont les mener rapidement à des constats d’échecs qui vont aboutir à une capitulation face à leur projet initial sans alternative entrevue.

3.     Il y a également les élèves qui sont résignés et désabusés. Ils font face et parfois simplement, ils ne font pas face à des difficultés qu’ils pensent en eux-mêmes insurmontables, accompagnés d’un faible engagement et d’une motivation défaillante. Leur progression ressemble à une suite de choix par défaut, de moins en moins valorisés, de moindre mal. S’ils sont conscients de la dynamique de renoncement dans laquelle ils se trouvent, non accompagnés, il restent dans l’incapacité à reconstruire une motivation ou à construire un sens à leur expérience scolaire.

4.     Puis il y a les élèves qui réagissent de façon pragmatique et rationnelle aux facteurs déterministes et au peu d’information qu’ils reçoivent sans entamer un réelle démarche réflexive. Le différence entre un désir d’orientation pas réellement exploré avec toute la profondeur nécessaire et la réalité d’un quotidien, amène ceux-ci à faire correspondre par réalisme, leurs préférences, à leur niveau scolaire. Ils renoncent à des accomplissements plus prestigieux à leurs yeux car ils leur semblent inaccessible, n’en ayant pas fait véritablement l’analyse nécessaire. Il se satisfont de ce que leur parcours scolaire leur renvoie d’eux et se laisse porter vers la direction la plus probable, qui risque de ne pas correspondre. C’est une façon pour ces élèves de trouver leur place en acceptant ce qui leur semble imposé, ce vers quoi l’environnement extérieur les détermine en fonction de leurs performances et de leur contexte socio-culturel. Le danger dans cette démarche c’est d’être victime d’un déterminisme parfois marqué comme la culture familiale, la relégation scolaire, par le manque d’information et le manque de réflexivité. Le danger pour ces personnes c’est de se réveiller un jour, au cours de leurs études, à la fin de celles-ci ou au début de leur vie active et de se poser la question du sens et se poser la question de savoir s’ils ne se sont pas fourvoyés, d’autres expériences leur ayant amené entre temps une meilleure connaissance d’eux-mêmes. Les cas typiques de cette dernière catégorie sont les élèves issus de familles défavorisées, trop éloignées des savoirs scolaires ou peu familières avec les stratégies efficaces.


La question de l’orientation n’est donc pas réservée aux élèves en difficulté. Il s’agit d’un accompagnement vers une maturité vocationnelle qui vise à permettre de prendre des décisions en étant suffisamment informé. Pour arriver à cette démarche, l’élève doit passer par quatre phases qui ne se déroulent pas forcément de manière linéaire et n’excluent pas un éventuel retour en arrière :
1.     L’exploration correspond au recueil d’informations dans l’environnement scolaire et professionnel à proximité du jeune.
2.     La clarification permet au jeune de clarifier un domaine dans lequel va s’inscrire le projet.
3.     La spécification est la phase de précision du projet professionnel.
4.     La réalisation concerne la dernière phase au cours de laquelle le projet est réalisé.


Bibliographie :

Canzittu, D. & Demeuse, M. (2017). Comment rendre une école réellement orientante ? Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.

Lecolier, F ; L’approche orientante : une recette miracle ? Analyse FAPEO 2/15 (2016)

Lontie, M. ; L’approche orientante : pour une orientation d’abord centrée sur l’élève.
Analyse UFAPEC n°31.16 (2016)

Guichard, J « Comment aider les jeunes formés dans une école malade de l’orientation à s’orienter dans la vie ? », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 42/2 | 2013, mis en ligne le 07 juin 2016, consulté le 30 septembre 2016.

Degives, J, « L’éducation aux choix », Entrées Libres, n°97, mars, p 14-15, 2015

Demeuse, M, « L’Approche Orientante mise en perspective », Actes du Colloque sur l’Approche Orientante, AJB (2016)

Friant,N ; Demeuse, M ;  « Un modèle du prestige des options dans l’enseignement secondaire de transition en Communauté française de Belgique », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 40/2 | 2011, mis en ligne le 01 juin 2014, consulté le 30 septembre 2016.

Gingras M. « L’approche orientante », La Nuit de l’orientation, (2008)

Mark L. Savickas, Laura Nota, Jérôme Rossier, Jean-Pierre Dauwalder, Maria Eduarda Duarte, Jean Guichard, Salvatore Soresi, Raoul Van Esbroeck, Annelies E. M. van Vianen et Christine Bigeon, « Construire sa vie (Life designing) : un paradigme pour l’orientation au 21e siècle », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 39/1 | 2010, mis en ligne le 15 mars 2013, consulté le 29 septembre 2016.


Bernadette Dumora, « Le conseil constructiviste auprès d’adolescents : sa pertinence et ses limites », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 39/1 | 2010, mis en ligne le 15 mars 2013, consulté le 02 octobre 2016.

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