dimanche 13 août 2017

Mécanismes de ségrégation scolaire et approche orientante

L’orientation est une question clé en éducation, car si nous visons l’épanouissement des élèves, elle devient une finalité et un moteur pour la motivation. 

Première partie avec une introduction et un état des lieux sur l’orientation telle qu’elle est pratiquée ou reléguée dans le secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles (FW-B) :


(photographie : Richard Misrach)


Mécanismes typiques de l’orientation scolaire dans le secondaire en FW-B


L’instrument de l’orientation est avant tout le principe de la sélection et de la répartition des élèves dans les différentes voies et filières de l’enseignement secondaire durant ses quatre dernières années. Elle entre en action une fois que cesse le tronc commun après les deux premières années du secondaire.



1. La liberté de choix de l’école crée une compétition


Dans un bassin géographique donné, les établissements scolaires proposent des offres de formation propre et des filières pour une part différentes. Ils jouissent également d’une réputation construite historiquement avec des tendances à la baisse ou à la hausse. 

Ils comportent un nombre variable d’élèves. Certaines écoles peuvent en manquer et d’autres faire le plein et en refuser. En fonction des filières, de l’environnement socio-économique et de leur réputation, les écoles vont également varier dans la distribution du profil scolaire de leurs élèves.

La conséquence manifeste est la création de mécanismes de ségrégation des élèves entre établissements qui sont souvent le reflet des inégalités socio-économiques locales sous-jacentes.

Cela se traduit en la construction d’une hiérarchie subjective et populaire entre les établissements dans une zone donnée. Elle se crée en fonction d’une réputation en lien avec leur degré de difficulté réputée, leur élitisme et la culture de l’école telle qu’elle transparait.



2. L’école oriente, sélectionne, hiérarchise les élèves


L’école oriente, sélectionne, hiérarchise les élèves de fait, à l’aide d’instruments comme :
  • Le redoublement à la suite d’une accumulation d’échecs dans différentes matières. Il est souvent un facteur défavorable pour le futur scolaire, il est en outre inefficace, coûteux et parfois discriminatoire. 
  • La relégation par des exclusions d’options ou de filières qui ferment des portes à la suite d’échecs dans certaines des cours généraux comme les mathématiques ou les langues.




3. La mauvaise image de la filière qualifiante


Souvent, certains élèves moins performants scolairement, mais pas nécessairement moins capables intellectuellement se retrouvent à force d’échecs dans les cours généraux à se diriger vers la filière qualifiante alors qu’ils n’ont pas d’affinité particulière. Cela se traduit par une proportion importante d’élèves démotivés dans certaines sections, du moins en entrée. 

Ces phénomènes peuvent avoir des conséquences désastreuses sur l’image de certaines sections qualifiantes qui sont dès lors moins valorisées socialement. Les élèves qui s’y retrouvent sont associés à des performances scolaires jugées insuffisantes dans les cours généraux alors que le choix peut-être complètement positif pour le domaine.



4. L’orientation vers la filière qualifiante possède des marqueurs


Elle concerne davantage les élèves d’origine sociale moins favorisée et les élèves accumulant un retard scolaire. 

Le parcours scolaire des élèves est souvent marqué par leur origine socioculturelle. Les intérêts et les aspirations professionnels des élèves, déjà soumis aux influences de leur origine socio-économique et de leur milieu familial, sont dès lors peu ou pas pris en compte par ce mécanisme. Il les renforce plus qu’il n’amène d’ouverture.






Conséquences pour l’orientation des élèves


L’école secondaire en FW-B est pour une part non négligeable déterministe. Les élèves dans leur ensemble ne sont que peu accompagnés dans leur développement et leur épanouissement, à travers la découverte et l’exploration de leurs ressources personnelles et affinités et des opportunités professionnelles qui peuvent s’offrir à eux.

L’orientation est ressentie comme un phénomène subi ou inéluctable par une part non négligeable des élèves. Cela a des conséquences sur leur motivation scolaire et par ricochet sur les conditions d’enseignement. Les élèves appréhendent le moment où ils doivent poser un choix et ne se posent pas toujours suffisamment de questions à l’avance ni font une recherche approfondie de réponses.

Tous les élèves ne sont pas traités à la même enseigne. Le système va favoriser les élèves les plus scolaires, ce qui réussissent le mieux et entrant dans le moule :
  • Les élèves qui changent le moins d’établissement sont statistiquement les élèves qui réussissent le mieux.
  • La filière et les options suivies par les élèves influencent à la fois la probabilité d’accès à l’enseignement supérieur et la probabilité d’y réussir. Pourtant toutes les filières du secondaire gardent théoriquement ouvertes toutes les possibilités de l’enseignement supérieur.
  • Le système scolaire investit plus pour les élèves les plus favorisés. Les parcours scolaires les plus longs sont ceux qui arment le mieux pour affronter la vie active et ceux qui sont plus largement financés.

Il y a un réel engrenage de la sélection face auquel, l’orientation, traditionnellement la préparation des élèves à leurs choix d’étude supérieure, n’occupe qu’une position anecdotique par rapport au traitement des résultats scolaires. L’orientation se limite souvent à des activités de présentation en marge des cours habituels et n’interagissant que de manière anecdotique avec eux.

Heureusement, tout tend à changer peu à peu et la meilleure preuve et l’approche orientante défendue par l’INAS à l’UMons.



L’approche orientante


Le Pacte pour un Enseignement d’Excellence, qui a entamé son déploiement progressif parle brièvement de « l’approche éducative de l’orientation ». 

L’approche orientante est une conception de l’éducation qui tente d’aider les élèves à mieux se connaitre, à être davantage motivés sur le plan scolaire, à établir des liens entre leur vécu à l’école et leurs projets de carrière. L’approche orientante vise à ce que les élèves se développent un des projets professionnels par l’intégration de notions liées à l’orientation dans les contenus disciplinaires et les autres activités de vie scolaire et ce, grâce à la collaboration de tous les partenaires impliqués dans l’environnement éducatif.

L’approche orientante se veut globale. Elle prend en compte la nécessité de l’aspect continu de l’orientation et de la mobilisation de tous les acteurs. Elle ne se limite pas à des interventions ponctuelles et individuelles. L’approche orientante doit être perçue comme un fil conducteur le long du parcours scolaire de l’élève et au-delà. 

Voir leur site internet : https://approcheorientante.umons.ac.be/






Mise à jour le 09/06/21

Bibliographie


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Lecolier, F ; L’approche orientante : une recette miracle ? Analyse FAPEO 2/15 (2016)

Lontie, M. ; L’approche orientante : pour une orientation d’abord centrée sur l’élève. Analyse UFAPEC n° 31.16 (2016)

Guichard, J « Comment aider les jeunes formés dans une école malade de l’orientation à s’orienter dans la vie ? », L’orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 42/2 | 2013, mis en ligne le 07 juin 2016, consulté le 30 septembre 2016.

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Demeuse, M, « L’Approche Orientante mise en perspective », Actes du Colloque sur l’Approche Orientante, AJB (2016)

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Gingras M. « L’approche orientante », La Nuit de l’orientation, (2008)

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