vendredi 12 juin 2020

Influence de l’engagement des parents et de leur communication sur la réussite scolaire de leurs enfants

Une méta-analyse de María Morera (et collègues, 2015) a examiné les résultats de 37 études menées dans des écoles maternelles, primaires et secondaires entre 2000 et 2013. Celles-ci avaient étudié l’influence des parents sur les capacités d’apprentissage de leurs enfants.


(Photographie : Harry Lawlor)


Participation des parents


La participation des parents est à la fois un droit et une responsabilité pour les familles.

Elle constitue également un besoin social pour les écoles. En effet, l’implication parentale est le facteur non pédagogique ayant la plus grande taille d’effet sur la performance scolaire des élèves. Il est généralement admis que sans la coopération positive de la famille et de l’école, il n’est pas possible d’atteindre les normes élevées fixées pour les résultats scolaires.

De plus, l’association entre l’implication parentale et les résultats scolaires a été reproduite à travers différents âges, groupes ethniques, pays et cultures. Elle peut être considérée comme axiomatique.

L’implication parentale est la participation active des parents à tous les aspects du développement social, émotionnel et scolaire de leurs enfants. Elle est multiforme et multidimensionnelle, on peut distinguer trois composantes du terme :

  • La socialisation scolaire :
    • Elle fait référence aux attentes, à la valeur et à l’utilité que les familles confèrent à l’éducation et à l'école.
    • Elle mesure à quel point la culture familiale supporte la culture scolaire et lui correspond.
    • Elle est la dimension qui est la plus étroitement liée aux résultats scolaires
  • L’implication scolaire :
    • Elle correspond à la présence des parents aux réunions avec les enseignants.
    • Dans une moindre, elle comprend également l’aide aux activités scolaires et la participation au fonctionnement de l’école.
    • L’effet de la fréquentation et de la participation aux activités scolaires sur les résultats est négligeable.
  • L’implication à domicile :
    • Elle couvre le soutien et les opportunités culturelles, la communication sur les questions scolaires et l’aide directe aux devoirs à la maison.
    • Elle n’est pas qualitativement uniforme dans ses différentes expressions. En ce qui concerne l’effet sur les résultats des élèves on peut considérer qu’à ce titre, plus n’est pas toujours mieux.

La question qui se pose est de connaitre pour une école, le type d’implication des parents souhaitable et à privilégier.



Facteurs d’influence


Les résultats de la méta-analyse de María Morera (et collègues, 2015) montrent que les modèles parentaux les plus liés à la réussite scolaire sont ceux qui se concentrent sur une supervision générale des activités d’apprentissage des enfants.

Aucun facteur particulièrement déterminant n’a été mis en évidence si l’on se réfère à l’échelle de John Hattie. Certains sont cependant non négligeables :

Des associations moyennes ont été mises en évidence lorsque :

  1. Les parents manifestent des attentes académiques élevées pour leurs enfants : d = 0,224.
  2. Les parents développent et maintiennent avec leurs enfants une communication sur leurs activités scolaires. Celle-ci tient compte de la rétroaction des enseignants : d = 0,200. 
  3. Les parents contribuent activement à développer des habitudes de lecture chez leurs enfants : d = 0,168.
  4. Les parents ont un style d’éducation en phase avec la culture et les normes scolaires : d = 0,130.

Des effets faibles, voire anecdotiques, se retrouvent sur les facteurs suivants :

  1. Les parents aident leurs enfants à faire leurs devoirs : d = 0,024.
  2. Les parents participent aux activités scolaires : d = 0,010.




La question des attentes


Les attentes parentales reflètent les croyances et les attitudes des parents envers l’école, les enseignants, les matières et l’éducation en général. Les enfants sont susceptibles d’adopter des attitudes et des croyances similaires à celles de leurs parents. Ces attentes sont sous l’influence de divers facteurs comme le contexte socio-économique et culturel de la famille. Ce sont là des variables qui ne permettent pas d’intervenir directement dans le domaine de l’éducation.

Les élèves plus doués issus de familles aisées ont tendance à obtenir de meilleures notes et à avoir des parents qui ont des attentes plus élevées à leur égard. Dans le même temps, les autres élèves ont tendance à avoir de moins bonnes notes et à avoir des parents qui ont des attentes moins élevées à leur égard.

Voir articles :

  1. Inégalités scolaires et reproduction sociale
  2. Aspirations, attentes et réalisation de soi en matière d’éducation et d’orientation scolaire




Le peu d’effet d’une participation aux devoirs


Un apport majeur de la méta-analyse de María Morera (et collègues, 2015) est de mettre en évidence que des comportements familiaux tels que la supervision et le contrôle des devoirs ne semblent pas être particulièrement liés à la réussite scolaire des enfants.

Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Le risque est qu’il y a de grandes chances que cela influe négativement sur leur motivation intrinsèque. Dans la perspective de la théorie de l’autodétermination, les besoins d’autonomie et dans une certaine mesure de compétence risquent de ne plus être remplis chez les élèves. De plus, les parents, dans leur ensemble, ne disposent pas d’expérience pédagogique ad hoc.

Les bénéfices risquent de n’être que minimes et à court terme. Ils sont susceptibles de nuire à l’autonomie de l’élève, autant dans sa mise en travail que dans son acquisition des contenus et compétences.

De plus, la recherche montre qu’en fonction de la matière, les effets de l’aide aux devoirs peuvent diverger.

Il semble que l’effet positif soit le plus fort pour les arts et la musique. Cet effet diminue rapidement pour d’autres matières, telles que la lecture, les langues étrangères, les mathématiques. Il devient carrément négatif en sciences (ce dernier résultat est très limité et ne repose que sur 2 études sur les 37 observées dans la méta-analyse).

Une participation systématique des parents aux tâches scolaires à domicile est ainsi à éviter, parce qu’elle n’est pas susceptible d’améliorer la réussite des élèves.





Le style parental d’éducation


Une recherche de Ruben Fernández-Alonso (et collègues, 2017) qui portait sur 27 000 élèves espagnols de 14-15 ans, a exploré la relation entre les styles de participation des parents à la maison et les résultats scolaires.

Les élèves dont les parents présentaient un style indirect de l’engagement familial avaient tendance à obtenir de meilleurs résultats que ceux dont les parents avaient un style plus contrôlant.

Le comportement de contrôle des parents présente donc un effet négatif comme relevé pour les devoirs. Il est corrélé négativement avec les résultats scolaires.

À l’opposé, un style indirect privilégie le soutien et la communication sur les questions scolaires. Les enfants vivant dans des familles qui encouragent leur autonomie et leur responsabilité présentent une amélioration de leurs résultats scolaires. De même, leur motivation, leur attitude vis-à-vis des matières, leurs capacités de planification et leur autorégulation progressent.

Les résultats restaient valides même après avoir pris en compte l’effet des variables de contexte ou d’antécédent, cependant il faut apporter des nuances :

  • Le soutien et la communication des parents présentent des effets différents selon les parents : il y a un impact positif plus important dans le cas des mères et beaucoup plus faible dans le cas des pères.
  • Les modes de participation familiale ne sont pas stables dans le temps, ils se développent de manière réactive en fonction des circonstances scolaires. Les parents d’enfants plus démotivés, ou qui ont de plus grandes difficultés d’apprentissage dans l’enseignement primaire, ont tendance à adopter des comportements plus contrôlants et à intervenir directement dans l’enseignement secondaire.
  • Ces styles ne sont pas indépendants. Les élèves qui perçoivent un plus grand contrôle parental sur leurs devoirs déclarent également avoir une meilleure communication avec leurs parents sur les questions scolaires. Cela suggère la nécessité de trouver un équilibre approprié entre le montant de l’aide directe que les parents apportent à leurs enfants, et le soutien et l’encouragement de l’autonomie
Ce phénomène se manifeste également à l’échelle de l’école :

  • Les écoles qui ont des profils familiaux plus communicatifs ont tendance à montrer des niveaux plus faibles de différences intrascolaires dans les performances scolaires des élèves. Elles ont également tendance à afficher de meilleurs résultats.
  • Les écoles dans lesquelles les élèves perçoivent un comportement plus contrôlant de la part de leurs parents ont tendance à afficher des résultats plus faibles.
Les meilleurs résultats sont attendus des écoles qui combinent moins de contrôle et plus de communication avec les parents. Ces éléments indiquent la nécessité, d’une promotion de politiques scolaires visant à améliorer la qualité de la participation des parents à la maison.


En conclusion


L’implication des parents a une influence importante sur la réussite globale de leur enfant, bien plus que sur celle dans des matières spécifiques.

Néanmoins au-delà de cette vision générale, qui dit que pour un élève donné, plus l’implication de ses parents est importante, plus ses résultats scolaires seront bons, il est également important de conserver un regard sur le particulier. Certains profils d’élèves, qui rencontrent des difficultés, vont avoir besoin d’une plus grande implication de leurs parents pour réussir à l’école.

De manière générale, les parents ont intérêt ;

  • À développer des attentes élevées, mais réalistes envers leurs enfants.
  • Communiquer avec eux sur leurs expériences scolaires.
  • Tenir compte de l’évolution des résultats et de la rétroaction que leur fournissent les enseignants sur leur enfant.
  • Soutenir les habitudes de lecture chez l’enfant
  • Fournir un cadre et superviser la bonne réalisation des tâches scolaires par leurs enfants.
Ce sont divers facteurs sur lesquels l’influence de l’école et des enseignants est limitée.

Néanmoins, l’école a un pouvoir d’information sur ses valeurs et de facilitation de la communication. Les écoles peuvent :

  • Mettre en avant l’importance de la lecture, principalement au primaire et en maternelle.
  • Favoriser la rétroaction vers les parents et les occasions d’échanges et de rencontres avec eux.
  • Mettre l’accent sur l’importance d’une supervision des principaux objectifs scolaires des enfants et de leurs résultats.
  • Inciter les parents à soutenir les élèves dans les missions qui sont les leurs d’étudier et d’apprendre pour réussir.
  • Dissuader les parents d’aider les élèves à faire leurs devoirs de manière systématique
  • Dissuader les parents d’effectuer un contrôle scolaire trop strict, car il ne garantit pas de meilleurs résultats.

Ces formes de participation des parents ont la plus grande influence sur les résultats, et deviennent plus importantes au fur et à mesure que les élèves progressent dans l’enseignement obligatoire.



Bibliographie


Pedro De Bruyckere, The ingredients for great teaching, 2018, Sage

Morera, María & Expósito, Eva and Lopez-Martin, Esther & Lizasoain, Luis & Navarro Asencio, Enrique & Gaviria, José-Luis. (2015). Parental involvement on student academic achievement: A meta-analysis. Educational Research Review. 14. 33-46. 10.1016/j.edurev.2015.01.002.

Fernández-Alonso, Ruben & Álvarez-Díaz, Marcos & Woitschach, Pamela & Suárez-Álvarez, Javier & Cuesta, Marcelino. (2017). Parental involvement and academic performance: Less control and more communication. Psicothema. 29. 453–461. 10.7334/psicothema2017.181.

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