mercredi 29 avril 2020

Liens entre l'exposition numérique et l'épanouissement personnel d’élèves

Tablettes, smartphones et ordinateurs portables sont devenus des incontournables du quotidien de nombreuses familles. Ces dernières années, ils sont venus compléter ou concurrencer l’usage de la télévision. Ainsi, le mode d’exposition aux médias de plus en plus numériques a considérablement évolué au cours des dernières décennies.


(Photographie : Denis Cherim)



Pondérer risques et avantages


Comme le rapporte Stephanie Ruest (et ses collègues, 2018, voir son article pour les références bibliographiques), de multiples études ont montré des associations négatives entre un volume important d’exposition à des médias numériques et :
  • Une mauvaise condition physique
  • Des déficits attentionnels et cognitifs
  • La violence et les comportements d’intimidation
  • Le manque de sommeil
  • Les comportements à risque, tels que la consommation de substances psychoactives
  • La probabilité d’obtenir de moins bons résultats scolaires
Toutefois, les avantages fournis sont indéniables, que ce soit en matière d’amélioration de la communication ou en facilitation de l’accès aux connaissances. En outre les avantages potentiels en matière d’apprentissages une fois concrétisés, feront que leur intégration au quotidien sera là pour durer et que la recherche d'un équilibre sera nécessaire.

En effet, l’attractivité des écrans et l’immédiateté d’accès des contenus leur confèrent un caractère addictif. Ce dernier est susceptible de se traduire en une surexposition qui se fait au détriment d’autres activités et interactions.

La question des effets physiques, comportementaux et cognitifs liés aux usages excessifs des écrans est une préoccupation bien réelle pour qui souhaite en optimiser leur utilisation.

Différentes recommandations existent pour encourager à limiter l’usage des écrans en fonction de l’âge des élèves. On citera notamment le livre d'Elena Pasquinelli, "Comment utiliser les écrans en famille".

De manière générale, il est convenu que l’utilisation des médias numériques en accompagnement annexe à des activités d’apprentissages doit être découragée, pour une question de coût cognitif du mode multitâche.

De même, la création d’un temps quotidien « sans médias » est recommandée. Les parents sont généralement encouragés à fixer des limites de temps et de contenu et à créer en quelque sorte des plans média personnalisés avec leurs enfants.






Usages numériques et épanouissement


La question explorée dans l’étude de Stephanie Ruest (et collègues, 2018) est celle de la relation entre l’utilisation des médias numériques et l’épanouissement de l’enfant.

L’épanouissement a été catégorisé en indicateurs de santé physique ainsi que de développement et de comportement cognitifs, psychologiques, émotionnels et sociaux.

L’hypothèse est qu’il existe une association inverse entre les mesures de l’épanouissement de l’enfance rapportées par les parents et l’augmentation de l’exposition aux médias numériques quotidienne.

Stephanie Ruest et ses collègues (2018) ont examiné les données d’échantillon d’une enquête américaine sur la santé des enfants datant de 2011-2012. Ils se sont concentres sur les enfants âgés de 6 à 17 ans (n = 64 464), c'est à dire d'âge scolaire. Ils se sont centrés sur les réponses des parents face à l’utilisation par l'enfant des médias numériques et sur l’impact sur l’achèvement des devoirs et leur épanouissement.

Les chercheurs ont classé les enfants en catégories selon leur utilisation des médias numériques :
  • Moins de 2 heures par jour (31 %)
  • De 2 heures à moins de 4 heures par jour (36 %)
  • De 4 à 6 heures par jour (17 %)
  • Plus de 6 heures par jour (17 %)
Cinq marqueurs évalués par les parents ont été étudiés :
  1. Faire ses devoirs
  2. S’occuper de ses études
  3. Terminer ses tâches
  4. Rester calme lorsqu’on leur pose des questions
  5. Manifester de l’intérêt pour l’apprentissage.
Il a été constaté une diminution proportionnelle à la dose, de la probabilité de démontrer les cinq marqueurs de l’épanouissement, à mesure que l’exposition aux médias numériques en semaine augmentait

Cette relation s’est vérifiée, quels que soient le groupe d’âge, le sexe ou le niveau socioéconomique de l’enfant.





Conclusion


Cette étude fournit des preuves que, chez les enfants d’âge scolaire, l’augmentation de l’exposition aux médias numériques en semaine au-delà de deux heures par jour semble marquer une relation néfaste. Celle-ci est dépendante de la durée et se vérifierait dans de multiples marqueurs d’épanouissement de l’enfant.

Les résultats de cette étude suggèrent qu’il pourrait y avoir un effet additif de tout le temps passé avec les médias numériques chaque jour et de son impact sur l’épanouissement de l’enfant.

Des études antérieures ont tenté de comprendre la relation entre l’utilisation des médias et les résultats scolaires, une mesure de l’épanouissement de l’enfance. L’hypothèse a été émise que le temps passé à utiliser les appareils médiatiques réduit le temps qui serait autrement consacré à d’autres activités. Celles-ci sont la réalisation des devoirs, des temps d’apprentissage, la lecture pour le plaisir, des relations sociales non virtuelles, de l’activité physique ou d’autres comportements riches sur le plan scolaire. Il s’agit de l’hypothèse du déplacement.

Il semble que ce déplacement lié à une augmentation de l’exposition aux médias numériques soit en corrélation avec différents facteurs. Il s’agit du fait que les enfants sont également moins susceptibles de se soucier de différents facteurs. Parmi ceux-ci, on trouve leurs résultats scolaires, le fait de terminer les tâches commencées ou de montrer de l’intérêt et de la curiosité pour l’apprentissage de nouvelles choses.

Toutefois, il n’est pas clair si l’augmentation de l’exposition aux médias numériques entraîne une diminution des marqueurs d’épanouissement. L’alternative serait que les enfants ayant des marqueurs d’épanouissement intrinsèquement plus faibles ont tendance à avoir une exposition aux médias numériques plus élevée par la suite.

De plus se pose la question de la qualité et du contenu de l’exposition aux médias. Les médias numériques ayant une composante éducative ou sociale peuvent avoir un impact différent sur les enfants, que les médias qui ne comportent pas ces éléments.







Bibliographie


Ruest, Stephanie & Gjelsvik, Annie & Rubinstein, Max & Amanullah, Siraj. (2018). The Inverse Relationship between Digital Media Exposure and Childhood Flourishing. The Journal of pediatrics. 197. 10.1016/j.jpeds.2017.12.016.

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