vendredi 23 avril 2021

Pour en finir avec la pyramide de Maslow

Quelque part entre la pyramide des apprentissages, les intelligences multiples et les styles d’apprentissages, la pyramide de Maslow est une référence récurrente de la formation continuée des enseignants où elle se retrouve adapté à presque toutes les sauces. Mais d’où vient-elle ? 
(Photographie : 516photographs)



D’un point de vue historique


La pyramide de Maslow a été formulée pour la première fois en 1943 par Abraham Maslow. 


Le premier problème est que si Maslow a effectivement décrit une hiérarchie, il ne l’a jamais présentée sous forme de pyramide. 

Le second problème est que si la version de 1943 propose cinq niveaux, en 1970, Abraham Maslow a étendu sa hiérarchie à sept éléments, en ajoutant « connaissance et compréhension » et « esthétique ». 



De plus, face au succès de sa « pyramide », Maslow s’étonnait en 1962 de la voir acceptée telle quelle alors qu’elle n’avait pas été testée, ni réellement analysée ou critiquée.

Depuis cette époque, rien n’a changé, elle continue à circuler et à ne pas être questionnée par ses promoteurs.

Seulement depuis la recherche a avancé et la théorie sur laquelle elle se fonde s’est révélée erronée. Par exemple, un individu souffrant de problèmes de santé peut toutefois ressentir simultanément un besoin de beauté et de sagesse. 

La structure réelle de la motivation ne correspond pas à la théorie suggérée derrière la pyramide de Maslow. D’autres approches bénéficiant d’une plus large validité ont depuis largement pris le relais.





D’un point de vue pédagogique


Comme c’est le cas pour ses deux consœurs que sont la pyramide des apprentissages et la pyramide de Bloom, la pyramide de Maslow fait l’objet de détournements pour favoriser l’adoption de formes de pédagogie active, comme l’apprentissage par la résolution de problèmes, la coopération, la pédagogie de projet, les classes flexibles, etc. 








En conclusion


Nous pouvons nous demander pourquoi cet artefact continue à circuler. 

Premièrement, parce que nous y sommes habitués et que bien qu’erronée, elle reste une conception ancrée. Nous pouvons oublier qu’elle n’a pas de valeur, mais nous ne pouvons l’oublier.

Deuxièmement, elle est parfaitement claire et aisée à appréhender et à comprendre, ce qui la rend séduisante et idéale à partager. Elle renvoie à un message qui peut faire office de norme partagée par un phénomène de pensée de groupe, même si nous n’y adhérons pas. 

Elle implique aussi que ce qui est en bas est le plus partagé et le plus commun, c’est la base. Seul un petit nombre d’entre nous n’atteindra jamais le sommet. 

Maslow l’a conçue comme une hypothèse à vérifier. Cette hypothèse a été réfutée après sa mort en 1970. Cela n’a pour autant pas entrainé son obsolescence. 

Invoquer la pyramide de Maslow de nos jours, c’est faire preuve de paresse et manipuler nos interlocuteurs en erreur. 



Bibliographie


De Bruyckere Pedro, Kirschner Paul A., Hulshof Capser D., « Urban myths », Academic Press, 2015

0 comments:

Enregistrer un commentaire