jeudi 23 août 2018

Avantages et objectifs de la vérification de la compréhension

Comme l’a montré Barak Rosenshine, les enseignants les plus efficaces tendent à poser plus de questions que les enseignants les moins efficaces. Ils vérifient fréquemment si les nouveaux savoirs ont été compris par tous les élèves.


(Photographie : Alexis Vasilikos)



Vérifier la compréhension, c’est vérifier explicitement que les élèves apprennent pendant que l’on enseigne, et non à la fin d’un cours.

En enseignement explicite, un enseignant surveille et supervise constamment les apprentissages réalisés par ses élèves durant les cours. La vérification de la compréhension permet de confirmer que les élèves apprennent.

Si la vérification de la compréhension semble simple en soi, elle ne vient pas aux enseignants aussi naturellement qu’on pourrait le croire. Il importe d’en formaliser les techniques pour s’y engager plus efficacement.


Un levier pour la réussite des élèves


La vérification de la compréhension garantit un taux de réussite élevé pour les élèves. Elle permet à l’enseignant de fournir une aide ciblée, de donner des exemples supplémentaires, de réenseigner sans perdre de temps si cela s’avère nécessaire. De même, elle entraîne les élèves à récupérer leurs connaissances.

L’objectif est d’obtenir 80 % de bonnes réponses après l’enseignement en classe, puis de fournir une rétroaction efficace pour obtenir à terme et idéalement 100 % de bonnes réponses.




Un outil de gestion du rythme de l’enseignement


Une vérification de la compréhension au fur et à mesure du déroulement de l’enseignement, permet à l’enseignant de s’adapter en continu. Elle indique quand accélérer, ralentir ou réenseigner. Elle doit être rapide. Une session de vérification ne doit pas dépasser une minute ou deux avec des questions ciblées. Elle ne doit pas trop empiéter sur le temps d’enseignement.

L’enseignant peut, grâce à elle, décider, de manière éclairée, de modifier le rythme ou encore d’arrêter la leçon pour enseigner de nouveau un contenu essentiel qui ne semble pas suffisamment maîtrisé. La capacité des élèves à répondre avec succès aux questions posées, leur apprentissage, détermine le rythme de la leçon.





Un outil de prévention en enseignement


La pratique autonome ne peut aider un élève qui échoue à résoudre chaque problème. Dans ce cas, elle ne sert qu’à renforcer ses erreurs. La principale utilité de l’entraînement n’étant pas dans la compréhension, mais bien la rétention en mémoire, l’élève perd son temps et l’enseignement est inefficace pour lui.

La vérification de la compréhension permet de confirmer que les élèves sont prêts pour la pratique autonome avant qu’on leur demande de s’y engager.

Elle permet également à l’enseignant de s’assurer qu’il donne, en devoir ou en évaluation formative, des tâches que les élèves seront capables de réaliser et qui ne leur feront pas reproduire des erreurs de compréhension.





Un outil de mémorisation


La vérification de la compréhension est une stratégie cognitive très efficace qui aide à transférer l’information dans la mémoire à long terme des élèves.

Interagir avec l’information en élaborant et structurant des réponses, en partageant en binôme, en écoutant d’autres élèves répondre sont différentes activités qui maintiennent les élèves actifs. La vérification de la compréhension aide à fournir des répétitions supplémentaires et diversifiées qui favorisent une mémorisation à long terme.

À la manière d’une pratique de récupération, la vérification de la compréhension contribue plus à la consolidation des connaissances que d’écouter des explications supplémentaires de l’enseignant.





Un outil dynamisant pour l’enseignant


La vérification de la compréhension améliore la dynamique de la classe. Alors qu’un cours magistral risque de provoquer l’ennui et le décrochage de certains élèves, cette approche rend la classe définitivement plus interactive et attentive.

Lorsque l’on pose des questions à des intervalles courts, les élèves sont plus engagés et plus attentifs. La vérification continuelle de la compréhension rend le fonctionnement de la classe plus dynamique et fluide, diminue les turbulences.





Un outil d’apaisement pour l’enseignant


La vérification de la compréhension rendant les élèves plus attentifs et engagés dans les tâches, les problèmes de discipline sont réduits. Il n’y a pas de meilleure stratégie pour maintenir la discipline que de prévenir l’apparition de problèmes en maintenant l’intérêt des élèves.

La vérification de la compréhension contribue à installer, maintenir et développer une culture propre à la classe. À travers elle, l’enseignant exprime et met en scène les standards qu’il vise et le niveau d’exigence et de rigueur qu’il souhaite.

Différentes dimensions sont favorisées par la vérification de la compréhension :

  • Exprimer des réponses construites et approfondies
  • Utiliser le vocabulaire académique adéquat
  • Tenir en compte les expériences personnelles des élèves
  • Apprendre à rester attentif et respectueux en écoutant les réponses de tous les élèves.





Un outil d’implication des élèves


Un questionnement important permet de contribuer à équilibrer la répartition de la charge cognitive au sein de la classe en la partageant plus équitablement entre enseignant et élèves. Lorsque l’enseignant explique sa matière sans provoquer d’interaction durant son déroulement, il dispense les élèves de penser et s’arroge la réflexion et une charge cognitive élevée permanente.

En questionnant régulièrement, l’enseignant partage ses processus de réflexion avec ses élèves. Il les implique directement au cœur de l’apprentissage.




Un effet galvanisant


Appliquer la vérification de la compréhension permet un contrôle et une régulation en temps réel des apprentissages. Le cours est plus engageant pour les élèves, car plus interactif.

Tout cela donne un rythme soutenu au cours. L’apprentissage des élèves y est maximisé. Entraînés par le rythme des questions, tous les élèves deviennent plus capables d’y répondre, ce qui a un effet bénéfique sur leur auto-efficacité et contribue à une homogénéisation de la classe.

Les questions portant sur ce qui a été enseigné précédemment et rappelé régulièrement, l’apprentissage des élèves s’incarne ainsi en tant que préoccupation majeure de l’enseignant explicite.

La vérification de la compréhension pose des garde-fous : l’enseignant ne peut, ni ne veut, s’avancer seul et en roue libre et les élèves ne peuvent décrocher.




Un outil d’élaboration


Parfois, nous pensons connaitre certaines choses, comme la circulation du sang dans notre organisme, ce qui cause les phases de la lune, les saisons terrestres ou le fait que le soleil se lève à l’est.

Par contre, la situation va se compliquer si on nous demande de l’expliquer à quelqu’un d’autre. Mais la question montre plutôt que la seule preuve que l’on peut avoir de ces connaissances est de les expliquer, de les mobiliser.

Le même phénomène se passe en classe. Les élèves pensent comprendre, mais comprennent-ils vraiment comme l’enseignant l’entend ? Seul l’enseignant est à même de le savoir, en le vérifiant.

Le processus par lequel nous élaborons une réponse est celui par lequel nous générons une nouvelle version de ce que nous avions précédemment appris. Ce n’est qu’à la suite de ce processus, en évaluant la qualité de la réponse dans son ensemble que nous pouvons savoir si nos connaissances sont complètes ou correctes.

C’est ce processus d’élaboration, qui se déroule quand nous demandons à l’élève d’exprimer ce qu’il a compris. L’élaboration est la clé de toute la démarche de la vérification de la compréhension.

Il est dès lors intéressant de poser plusieurs fois la même question, à des élèves différents, mais à des moments différents, en leur donnant la chance d’exprimer leur propre version de leur compréhension.

Les bienfaits de l’élaboration sur la structuration et le renforcement des connaissances au sein des schémas cognitifs sont puissants. Ils sont d’autant plus importants qu’ils s’accompagnent de l’effet correcteur de la rétroaction fournie par l’enseignant. Le fait d’élaborer de cette manière, avec rétroaction, entraîne qu’ils se rappelleront de plus d’éléments la prochaine fois qu’ils seront interrogés.




Favoriser une démarche métacognitive


Nous pouvons interroger l’élève qui semble ne pas comprendre. Peux-tu me dire ce que tu comprends ? Nous pouvons l’inviter à exprimer ce qu’il comprend. Dis-moi ce que tu comprends ! L’enseignant évite ainsi de disqualifier l’élève en lui permettant d’expliquer ce qu’il a compris, plutôt que d’insister sur le fait qu’il ne comprend pas.

Il est de toute façon impossible à l’élève de répondre à la question « Dis-moi ce que tu ne comprends pas ».

Passer par le type ce questionnement ou cette invitation à s’exprimer s’avère le seul moyen d’amener l’élève à objectiver ses apprentissages de façon à développer des processus métacognitifs.

L’enseignant entraîne l’élève, par cette forme de modelage, à développer une démarche de questionnement qui enrichira son autonomie et alimentera ses capacités de réflexivité.




Reconnaître le droit à l’erreur


L’enseignent valorise les erreurs comme un moyen de construire la compréhension. Il crée une atmosphère positive où les élèves ne se sentent pas évalués en permanence malgré le fait qu’ils sont interrogés régulièrement par voir orale.

Les élèves sont plus susceptibles de s’engager s’ils sentent qu’une mauvaise réponse ne va pas déclencher une critique à leur égard ou les voir ridiculisés par l’enseignant face aux autres élèves. Ils constatent par cette pratique de classe instituée que n’importe lequel de leurs condisciples peut faire face à des difficultés, mais est également capable d’apprendre à construire une réponse.



Un outil de diagnostic


Pour aider l’élève, il faut d’abord s’informer de ce qu’il comprend. En situation d’apprentissage, l’élève ne travaille jamais à la tâche qu’on lui soumet, mais seulement à la représentation qu’il s’en est faite à partir de ses acquis antérieurs.

Il ne faut jamais oublier que l’élève ne se contente pas de recevoir les consignes pédagogiques de l’enseignant telles quelles. Elles prennent le sens qu’il leur attribue à partir de ses acquis et de ses connaissances et schémas cognitifs en mémoire à long terme.

La vérification de la compréhension permet à l’enseignant de rester en mode veille par rapport à ces approximations ou incompréhensions qui risquent d’aboutir à des connaissances erronées. Il se retrouve en capacité d’effectuer des ajustements dans ses enseignements et explications pour faciliter la compréhension des élèves.




Un outil d’enrichissement de l’enseignement


La vérification régulière de la compréhension permet, en situation de questions/réponses, de donner un nouvel exemple, de fournir une explication supplémentaire.

La vérification permet à l’enseignant d’enrichir et de développer la compréhension qu’ont ses élèves de certains éléments et de réduire leurs écarts de compréhension.

En tant qu’enseignant, il faut pouvoir refuser des réponses simplistes ou incomplètes. Il faut être ferme et relancer les élèves. Il faut les faire réfléchir, leur apprendre à être exigeants avec eux-mêmes. La vérification de la compréhension le permet.

Il s’agit de pouvoir rebondir lorsque la réponse est trop sommaire. Poser de nouvelles questions en retour pour aider l’élève à développer plus loin sa réponse. Au moins l’enseignant laissera persister de zones floues au sein de la matière, au mieux ses élèves apprendront.

La vérification de la compréhension contribue à la mise en place d’une culture de l’excellence pour tous. Elle familiarise les élèves avec l’importance du questionnement en tant que démarche de progrès. Elle appuie le refus de considérer l’intelligence et les connaissances comme des entités figées et monolithiques. Elle induit la nécessité et l’adoption profonde d’un état d’esprit de développement.





Un effet de régulation de la qualité de l’enseignement


La vérification de la compréhension améliore l’enseignement en lui-même. Elle agit comme un régulateur, une forme de rétrocontrôle. Elle renforce la nécessité de présenter les contenus par petites étapes.

Si l’enseignant présente la matière à un rythme trop élevé, les élèves vont introduire des erreurs dans des schémas cognitifs incomplets. Ceux-ci vont dès lors être largement incohérents. C’est d’autant plus vrai que les élèves ont des connaissances préalables insuffisantes ou possèdent des conceptions erronées.

Si l’enseignant va trop vite, avec la vérification de la compréhension, il va prendre conscience de la création d’un goulet d’étranglement, ralentir son rythme. Il va y aller par petites étapes, de manière à apporter un support adéquat à l’apprentissage des élèves. Ceux-ci sont alors plus susceptibles de former des schémas cognitifs précis, complexes, stables et efficaces.

La vérification de la compréhension aide aussi l’enseignant à comprendre ce que sont une bonne question et une bonne réponse. L’enseignant perçoit mieux comment les deux peuvent être articulées pour un apprentissage optimum. La vérification de la compréhension permet à l’enseignant d’entrevoir comment planifier mieux les contenus de ses enseignements pour en augmenter l’efficacité. Elle aide l’enseignant à identifier les points forts et les points faibles de son enseignement. 



Mis à jour le 02/08/20

Bibliographie


Clermont Gauthier, Steve Bissonnette & Mario Richard. (2013). Enseignement explicite et réussite des élèves. De Boeck.

Allison Shaun, Tharby Andy. (2015). Making every lesson count. Crown House.

Daniel Muijs, David Reynolds. (2018). Effective Teaching. Sage

Dylan Wiliam. (2018). Embedded Formative Assessment. Solution Tree

Doug Lemov. (2015). Teach like a champion 2.0. Jossey-Bass

John R. Hollingsworth and Silvia E. Ybarra. (2018). Explicit Direct Instruction. Corwin.

Tom Sherrington, Rosenshine’s principles in action, John Catt, 2019

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