lundi 27 janvier 2020

Quels seraient les critères d’une punition efficace ?

La punition est un élément nécessaire à tout système de gestion de la discipline en contexte scolaire. Néanmoins, elle ne doit pas être la réponse par défaut des enseignants à toutes les infractions rencontrées.


(Photographie : Alex Cretey Systermans)


Il s’agit donc de la minimiser, car son efficacité est limitée. De plus, elle est susceptible de générer des effets secondaires indésirables.

Voici un dernier article qui clôt une série autour de la conférence de Franck Ramus, « De la perturbation à l’implication : comment faire adhérer les élèves ».



Quand faut-il faire usage de punitions ?


On peut émettre les recommandations suivantes, une punition devrait être utilisée :

  • Dans les cas où l’on ne dispose pas d’alternative plausible
  • Dans les cas où elle est susceptible de générer une certaine efficacité
  • En atténuant leurs nombreuses conséquences potentiellement contre-productives
  • En l’utilisant en conjonction avec d’autres approches




La punition comme ingrédient complémentaire et facteur de sécurité


Un programme de gestion de la discipline au niveau scolaire ou de modification du comportement, qui ne s’appuierait que sur des démarches punitives, serait voué à une inefficacité latente et répétée.

Les punitions doivent venir en complément de programmes de renforcement positif. Ceux-ci se révèlent nettement plus efficaces que les punitions. Ils peuvent être éventuellement associés à l’extinction du renforcement du comportement perturbateur opposé. La punition constituerait ainsi un dernier recours en cas de non-efficacité de ces derniers ou lors d’une situation d’urgence.



Fonctions de la punition


D’un point de vue comportemental, on tend à voir la punition comme étant un outil imparfait pour susciter l’engagement des élèves et couper court rapidement à l’occurrence de perturbations.

Cependant, elles revêtent un sens plus large qui recouvre la notion de sanction et d’autres dimensions parfois plus symboliques.

Ainsi, quand on pense aux punitions, celles-ci sont susceptibles de recouvrir des rôles différents comme :

  1. Rendre la justice
  2. Être une leçon morale
  3. Être une réparation
  4. Diminuer la probabilité du comportement

Les punitions remplissent rarement toutes ces fonctions à la fois.

Dans le cadre de la gestion de classe stricte, c’est le quatrième objectif qui nous préoccupe. Nous avons sur celui-ci une large marge d’action et souvent des alternatives plus efficaces.

Les dimensions de la justice, de la morale et de la réparation sortent du simple concept de gestion du comportement. Elles abordent des questions éthiques et des questions de valeurs.



Caractéristiques souhaitables des punitions


Une punition efficace qui viserait à diminuer la probabilité du comportement tout en limitant ses effets secondaires indésirables aurait les caractéristiques suivantes :

  1. Donnée et exécutée immédiatement après le comportement. 
    • Les punitions retardées n’ont que peu d'impact. En effet, la manière dont un individu pose un va dépendre des options qui lui sont disponibles et au moment donné. Nous avons une préférence naturelle pour des récompenses immédiates et des coûts différés. Le fait d'être considéré comme drôle par ses pairs au moment même dans la classe peut être suffisant pour compenser le coût d'une punition différée.
  2. Certaine. 
    • Lorsqu’une sanction est incertaine et en plus si elle est retardée, l’élève peut espérer passer entre les mailles du filet ou tenter de négocier. Il peut espérer que l’enseignant oublie, manque de temps pour la donne ou pour en faire le suivi.
    • Il faut donc veiller à ce que les sanctions restent en vigueur à partir du moment où on les attribue. Les élèves doivent être sûrs que nous pensons ce que nous disons. Un système à l'échelle de l'école peut accroître la certitude.
  3. De courte durée.  
    • Il s’agit de privilégier l'immédiateté à l'intensité : une discussion de dix minutes après le cours sera probablement plus efficace qu'une heure de retenue une semaine plus tard. 
  4. Peu sévère mais suffisamment. 
    • Le fait de simplement demander un élève de s’asseoir en silence, ou même lire, peut ressembler à une punition, mais cela ne dissuade pas et ne corrige pas. Certains élèves aiment s'asseoir en silence ou être isolé. Si la punition ne leur permet pas de réfléchir à leur comportement, on obtient peu d'effet.
    • Si l’élève se voit attribuer une retenue et est contraint d’être présent par exemple une heure de plus à l’école en dehors de ses heures habituelles, perdre un temps libre constitue déjà une punition en soi.
    • Il est utile que la punition soit le plus possible une conséquence formative. Elles doivent comporter quelque chose de pertinent et de modificatif pour le comportement fautif.
  5. Attribuée de manière calme et posée. 
    • Il ne faut pas que la punition en elle-même puisse être une source de conflit. Les élèves ne veulent pas de sanctions. Les enseignants sous le coût de l’émotion et de la précipitation peuvent faire des erreurs. L’application de la punition doit donc se faire avec prudence et une maîtrise de soi.
  6. En complément d’autres approches d’influence du comportement (renforcement)


Elles peuvent prendre différentes formes :

  1. Dans la punition positive, un stimulus aversif est présenté :
    1. Désapprobation, réprimandes…
    2. Corvées en lien ou non avec la nature du comportement visé
  2. Dans la punition négative, un stimulus agréable est éliminé. Il s’agit par exemple de privation, de la confiscation d’objets ou de privilèges, d’un isolement…


 Elles possèdent quelques limites d’application :

  1. Un mauvais résultat scolaire n’est pas un comportement indésirable qui peut être diminué par une punition, mais une conséquence d’autres comportements qui peuvent eux être visés.
  2. Un bon comportement réalisé imparfaitement ne doit pas être puni, mais nécessite un enseignement explicite.
  3. Une punition ne doit pas se manifester par le retrait de récompenses déjà données.




L’illusion d’efficacité des réactions intempestives


Étape 1 : Par exemple, un enseignant crie et s’énerve sur un élève qui se comporte mal en classe.

Étape 2 : Surpris, l’élève arrête son comportement. Cependant, l’effet n’est que temporaire. Les réactions négatives instinctives d’un enseignant sont ainsi susceptibles d’interrompre les comportements perturbateurs d’élèves en classe.

Étape 3 : L’enseignant va percevoir l’efficacité de l’association entre les deux évènements. Le fait que l’élève obtempère constitue un renforcement positif du comportement de l’enseignant.

Étape 4 : L’enseignant ne se rend pas compte du manque d’efficacité à long terme. Il risque de se retrouver dans une situation où il va devoir s’énerver régulièrement par la suite, avec tous les effets secondaires potentiels.

Il y a ainsi une dégradation des relations en classe, un risque d’escalade de l’attention, la mise en route d’un phénomène habituation ou de mise en place d’un cercle de coercition.


(mise à jour le 22/03/20)

Bibliographie


Ramus, F. (2019). De la perturbation à l’implication : comment faire adhérer les élèves ? Conférence à l’ISP-Faculté d’Éducation, Paris, 22/05/2019

 Harry Fletcher-Wood, When do detentions work?, 2020, https://improvingteaching.co.uk/2020/03/01/when-do-detentions-work/

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