samedi 5 janvier 2019

Pourquoi le soutien au comportement positif (SCP) est la meilleure option en gestion de classe et du comportement !

Les enseignants débutants se disent souvent mal préparés par leur formation initiale en ce qui concerne une gestion harmonieuse de la classe et l’encadrement du comportement des élèves.

Même des enseignants expérimentés ne bénéficient pas d’immunité et sont amenés à croiser sur leur chemin, l’une ou l’autre classe dissipée ou élève perturbateur qu’il faudra gérer, du moins de manière préventive.

(photographie : Michael Mccraw)


Problématique


Les premières confrontations aux élèves perturbateurs et aux classes dissipées sont une réelle épreuve pour les enseignants débutants. Theresa Dicke parle de « choc de réalité » dans son article, car à un manque de formation s’additionne un manque d’expérience.

Elle évoque un effondrement des idéaux ou des attentes développés pendant la formation des enseignants, à la suite de la première confrontation d'un enseignant avec la réalité de la classe. Ce phénomène peut être source de tension ou d'épuisement professionnel.

D’inévitables imprévus propres au contexte humain et inhérents à la réalité de la gestion de classe peuvent exiger que les enseignants procèdent à des ajustements le plus rapidement possible, si leur prévention n'a pas suffi.

Ces ajustements face aux problèmes rencontrés qu'effectuent des enseignants débutants sont souvent établis intuitivement sur la base de leurs propres observations. Ils bénéficient aussi parfois de conseils bienveillants (parfois fermes et catégoriques) de collègues certes expérimentés, mais qui eux profitent d’une réputation déjà installée et ne font plus face aux mêmes situations.

S’additionne une pression à l’emploi car des soucis de gestion de classe peuvent être une raison de non reconduction de contrat.

Le danger des intuitions, des conseils d’expérience et du stress qui accompagne fait que les décisions prises sont rarement étayées par un modèle théorique qui a fait ses preuves.

Si les adaptations tardent trop, sont maladroites ou n’arrivent pas à enrayer une spirale négative, cela peut générer une atmosphère tendue en classe, néfaste à l’apprentissage des élèves. De mauvaises pratiques non-intentionnelles de gestion de classe peuvent avoir de graves répercussions sur le rendement scolaire des élèves.

Les effets se ressentent également au niveau du bien-être de l’enseignant. Cela peut se traduire à moyen et long terme par un épuisement professionnel, suite à une exposition répétée et prolongée à des facteurs de stress et de tension. Les difficultés liées à la gestion de la discipline sont également une cause commune d’abandon de la profession

Dans un second temps, l’enseignant insatisfait peut se rabattre sur des lectures ou des formations continuées qui certes offrent plus de recul mais qu'en est-il de leur validité ?

Quelles sont les approches validées par la recherche concernant la gestion du comportement ?


Postulats de départ


1) Une bonne gestion de classe et des comportements est une condition préalable à tout enseignement efficace. C’est une variable qui influence de manière conséquence la réussite des élèves.

2) Les problèmes liés à la gestion des comportements constituent un problème récurrent tant pour les enseignants débutants que pour les enseignants expérimentés.  Tout enseignant est susceptible de se retrouver un jour ou l'autre face à une classe démotivée ou face à l'un ou l'autre élève perturbateur.

3) Toute structure scolaire bénéficierait d’une formation commune à la gestion de classe et des comportements. Destinée autant aux enseignants débutants qu'aux autres et aux éducateurs, elle permettrait d'installer des routines, des procédure et d'uniformiser les pratiques et attentes.



Quels devraient être les objectifs d’une formation à la gestion de classe ?


1) Développer des connaissances théoriques et des compétences appuyées par des données probantes en gestion de classe.

2) Permettre la mise en place d’une expertise partagée, de pratiques collaboratives et d’une uniformisation dans les démarches de gestion de classe au sein d’un établissement.

3) Renforcer la confiance et le bien-être des enseignants et des élèves, améliorer l’enseignement et l’apprentissage des élèves.

4) Favoriser les démarches préventives (routines, renforcements), viser une réduction des perturbations et prendre en compte les démarches réactives également.



Une définition de la gestion de classe


Sue O’Neil définit la gestion de classe et du comportement comme:

" Les comportements décisifs, proactifs et préventifs de l'enseignant qui minimisent la mauvaise conduite des élèves et favorisent leur engagement, et les actions stratégiques et respectueuses qui éliminent ou minimisent les perturbations quand elles surviennent, pour rétablir l'environnement scolaire "

Elle précise que cette définition se réfère aux trois premières des quatre fonctions majeures de l’enseignement telles que décrites par Jere Brophy en 1988:

1) La gestion de classe au sens strict : par exemple l’établissement de règles et de procédures).

2) La socialisation des élèves : par exemple tout ce qui regroupe les actions portant sur les valeurs, la citoyenneté, la confiance en soi, l’émancipation sociale, etc.

3) L’intervention disciplinaire : par exemple les mesures prises pour mettre un terme aux mauvais comportements.

4) L’enseignement : stricto sensu, les moyens d’acquisition des compétences scolaires.




Que serait une gestion de classe efficace ?


Les recherches montrent que les enseignants efficaces en gestion de classe et des comportements peuvent dispenser un enseignement de haute qualité, percevoir moins de pression et connaître des niveaux plus élevés de bien-être.

D’après les résultats de la recherche tels que relayés par ces deux articles, les gestionnaires de classe efficaces choisissent des styles de gestion qui correspondent à leurs objectifs pédagogiques, à leurs activités en classe et aux caractéristiques des élèves.

Le style de relations interpersonnelles entre les élèves et les enseignants peut avoir une influence positive en fonction des situations et objectifs:

  • Un comportement plus autoritaire ou directif de l'enseignant mène à un meilleur rendement cognitif.
  • Un comportement coopératif plus élevé de l'enseignant mène à une plus grande motivation des élèves.

L'idée n'est pas de privilégier ou d'opposer une approche par rapport à l'autre mais de considérer qu'elles se trouvent sur un continuum.

L’amélioration de la gestion de la classe et des interactions entre enseignants et élèves (à la fois dans le cadre scolaire et dans une dynamique sociale interpersonnelle) sont les principaux prédicteurs de l'apprentissage des élèves.

Cette amélioration se traduit par :

1. Une diminution des problèmes de discipline

2. Une diminution du temps hors tâche

3. Une augmentation de l’engagement des élèves

4. Une augmentation de la réussite des élèves



De l’importance de valeurs de l’institution scolaire


La réussite perçue par un individu est liée à son bien-être.  Cette relation est le résultat de la congruence entre les objectifs, les valeurs personnelles et les réalisations réelles.

D’où l’importance d’une vision collective à l’échelle d’un établissement de la gestion des comportements. L’enseignant est à considérer un professionnel travaillant au sein de communautés d’apprentissage professionnelles et s’inscrivant dans le cadre de valeurs de l’établissement où il enseigne. Dans la même optique, en s'inscrivant dans un établissement, les élèves, ainsi que leurs parents, adhérent aux valeurs avancées dans le projet d'école.

Si chacun des enseignants applique la discipline de manière isolée, en fonction de son ressenti et de ses valeurs propres, les élèves risquent de se retrouver face à une mosaïque d’approches qui peut générer un flou dont les premières victimes ont toutes les chances d’être les enseignants débutants.

Si l’enseignant considère la gestion des comportements comme une responsabilité commune et transversale, il peut s’inscrire dans un projet commun qui donne une cohérence d’ensemble et une lisibilité bénéfique à la gestion des comportements. A la fois les enseignants débutants et les élèves en sortent gagnants.



Quelles pistes de formation en gestion de classe ?


Il existe nombre d’approches et de ressources en ce qui concerne la formation en gestion de classe. L'important est de bien s’engager dans un modèle cohérent qui dispose d’une base de recherche solide.

Theresa Dicke, dans son article, passe en revue toute une série de proposition de formations bien en vues dans son article.

L’une d’entre elle retient mon attention plus particulièrement, c’est le "Classroom Organization and Management Program" (COMP), développé et basé sur des recherches réalisées par Carolyn M. Evertson.

Son approche, qui bénéficie de données probantes sur son efficacité, repose sur quatre grands principes :

1) Une gestion de classe efficace est proactive et pas réactive.

2) La gestion et l'enseignement sont intégralement liés.

3) Les élèves participent activement dans l’environnement d’apprentissage.

4) Les enseignants travaillent ensemble en synergie et s’aident mutuellement.




Quel modèle de gestion de classe et des comportements privilégier ?


Sue O’Neil propose une revue détaillée et méthodique de la question dans son article.

Des dizaines de modèles existent et sont documentés, placés sur un continuum qui va de ceux qui préconisent le plus le contrôle et le pouvoir des enseignants, à ceux qui le font moins.

Il y a relativement peu de recherches sur le plan de l’efficacité respective de ces différentes modèles. Il est reconnu que la réalisation de recherches en classe sur cette question est problématique, l'intégrité de la mise en œuvre du modèle par les enseignants dans des classes réelles étant difficile à atteindre

La plupart des modèles théoriques n'ont pas encore démontré leur efficacité.

Cependant parmi ceux-ci, une seule approche, l’analyse du comportement appliquée (Applied Behaviour Analysis, ABA) dispose d’une solide base de données probantes.

Le soutien au comportement positif (SCP en français et PBIS en anglais) est un cadre de gestion du comportement solidement enraciné dans l’analyse appliquée du comportement (ABA) et dispose de fait, de même, de solides données probantes validant son efficacité. Celles-ci sont établies par un nombre croissant d'études réalisées dans le cadre d’essais contrôlés randomisés. Il est implanté actuellement dans plus de 26 000 établissement scolaires.

D’autres modèles concurrents comme la discipline assertive de Canter & Canter, la théorie du choix de William Glasser (popularisée par Francine Bélair dans les milieux francophones) ou la Discipline Positive ne disposent pas du même soutien et les résultats des recherches sont nettement plus mitigés.

Le fait de ne pas obtenir de résultats concluants n’invalide pas complètement ces approches concurrentes. En effet, elles peuvent contenir des pratiques particulières qui, elles, sont appuyées par la recherche empirique.



Quelles sont les pratiques validées par la recherche ?


Dans l'article de revue de Sue O'Neil, celle-ci a réalisé une liste de dix-huit pratiques liées à la gestion de classe et du comportement qui bénéficient d'un soutien de la recherche. 

Elle s'en est servie pour comparer différentes approches et programmes en terme d'intégration de ces pratiques efficaces.

Voici la liste de ces pratiques efficaces en anglais :






Les avantages du Soutien au comportement positif


De tous les programmes analysés par Sue O'Neil,  le SCP / PBIS se démarque largement à son avantage car il cumule les pratiques particulières validées par la recherche :


Le SCP reprend dans son modèle les 18 pratiques efficaces et c’est bien le seul !

D'autres approches en vogue sont assez pauvres en ce qui concerne leur mobilisation de pratiques efficaces basées sur des données probantes. Il est dès lors peu surprenant qu'ils ne bénéficient pas eux-mêmes du support de la recherche.

Le SCP est donc un programme qui intègre l'état des connaissances actuelles sur la gestion de classe et des comportements et l'intègre à l'échelle d'un établissement avec un résultat synergique. 

Il n'est dès lors guère surprenant qu'on le trouve régulièrement associé avec l'enseignement explicite puisqu'ils suivent la même logique et se complètent parfaitement.



Conclusion


Si les formateurs d'enseignants décident de présenter ou défendre des modèles dont les pratiques ne s'appuient pas encore sur des recherches empiriques, ils devraient le signaler clairement aux enseignants et les inviter à utiliser ces modèles avec prudence.

Si un établissement scolaire souhaite revoir et améliorer sa gestion de la discipline, l'approche proposée par le soutien au comportement positif, SCP, même si elle se révèle exigeante est la plus à même de générer des améliorations dont tous les acteurs scolaires peuvent bénéficier : enseignants, élèves, familles, éducateurs

Pour plus de renseignement sur le Soutien au comportement positif, on renverra vers cet article qui est une très bonne introduction sur le sujet :

http://www.formapex.com/gestion-decole/1301-pour-assurer-une-ecole-bienveillante--le-soutien-au-comportement-positif-scp

Puis vers ses initiateurs en francophonie que sont Steve Bissonnette, Clermont Gauthier, Mireille Castonguay, Normand St-Georges et Carl Bouchard, avec notamment ce site internet  https://scp-pbis.com/ et le livre de référence : L'enseignement explicite des comportements

En Belgique, les première implantations démarrent sous l'égide d'Arianne Baye (Université de Liège ) :

https://www.news.uliege.be/cms/c_9688123/fr/l-uliege-encadre-le-programme-de-soutien-aux-comportements-positifs-dans-les-ecoles


Bibliographie


Dicke, Theresa & Elling, Jill & Schmeck, Annett & Leutner, Detlev. (2015). Reducing reality shock: The effects of classroom management skills training on beginning teachers. Teaching and Teacher Education. 48. 1-12. 10.1016/j.tate.2015.01.013.

Brophy, Jere. (1988). Educating Teachers About Managing Classrooms and Students. Teaching and Teacher Education. 4. 1-18. 10.1016/0742-051X(88)90020-0.

O'Neill, Sue & Stephenson, Jennifer. (2014). Evidence-based classroom and behaviour management content in Australian pre-service primary teachers' coursework: Wherefore art thou?. Australian Journal of Teacher Education. 39. 1-22.

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