mercredi 3 avril 2019

Apports et concepts reliés au conditionnement classique

Dominant la psychologie du début des années 1910 jusqu’au début des années 80, le béhaviorisme propose une conception de l’apprentissage qui englobe tous les organismes vivants. Les sciences cognitives ont depuis pris le relais depuis comme paradigme dominant.

Cependant, certains concepts propres au béhaviorisme, comme le renforcement ou l’ABC du comportement, irriguent encore, dans leurs développements ultérieurs, des approches modernes et efficaces comme celles de l’analyse appliquée du comportement ou du soutien au comportement positif.


(photographie : Paloma Dooley)


Dans cet article, nous faisons un passage en revue de certains concepts liés au conditionnement classique.



Le béhaviorisme classique


John B. Watson (1878 - 1958) est reconnu comme le fondateur du béhaviorisme, qu’il définissait comme une science objective fondée exclusivement sur l’étude empirique du comportement.

Le béhaviorisme émerge à l’origine comme une réaction à une psychologie trop introspective (dont la psychanalyse est une des formes) dont les dispositifs expérimentaux ne permettent pas de reproduire les résultats de la recherche ni de les vérifier.

Watson défend un béhaviorisme classique de type stimulus-réponse (S-R). Il prend en compte des manifestations visibles, observables et en principe mesurables d’un organisme vivant par opposition à des manifestations invisibles comme l’esprit ou la conscience, ou à des mécanismes cachés comme la compréhension ou la motivation. Selon Watson, ces derniers n’existent tout simplement pas et n’ont donc aucun intérêt scientifique. 

Watson soutient qu’il est parfaitement possible de constituer une psychologie indépendante de toute considération neurophysiologique. Watson ne reconnaît pas non plus de frontières entre l’humain et l’animal. Les raffinements et la complexité du comportement humain s’inscrivent comme une partie d’un tout, décrit par le béhaviorisme.

La nature humaine est vue comme passive et plastique. Elle s’adapte aux contraintes environnementales que le milieu extérieur exerce sur elle. Elle est conditionnée par l’expérience, la répétition et l’habitude.

Le béhaviorisme classique s’intéresse à tout ce qui entre dans la boîte noire que constitue le système nerveux et à tout ce qui en sort, sans se soucier de ce qui se passe à l’intérieur.

Le conditionnement classique et le conditionnement opérant sont deux formes particulières d’apprentissage successivement décrites par le béhaviorisme. L’habituation est une troisième forme basique voisine de ces conditionnements. Chacun de ces types représente une façon différente dont les organismes acquièrent et utilisent des informations relatives à leur environnement.

Le conditionnement classique ou opérant et l’habituation correspondent à la définition de l’apprentissage comme étant :
  • Un changement du comportement visible ou potentiel. Tout ce qui est appris ne se traduit pas forcément dans le comportement. Il y a une distinction importante entre la performance (ce que l’animal ou l’humain fait) et l’apprentissage (ce que l’animal ou l’humain sait).
  • Relativement constant. Ce qui est appris peut s’amenuiser et s’oublier peu à peu s’il n’est pas rappelé. 
  • Fondé sur l’expérience. La répétition permet la mise en place d’une acquisition si les capacités le permettent.


Le conditionnement classique


Ivan Pavlov (1849-1936), un physiologiste russe développe sa théorie du conditionnement autour de la notion de réflexe. Un réflexe inné est une réponse non apprise, suscitée automatiquement par des stimuli spécifiques et présentant une pertinence sur le plan biologique pour un organisme donné. 

Le conditionnement classique correspond à la situation ou un organisme apprend à produire une réponse physiologique lorsqu’un événement environnemental est associé à un autre. Il décrit le fait qu’un organisme acquiert une nouvelle association entre deux stimuli, un stimulus qui auparavant ne suscitait pas la réponse et un stimulus qui naturellement la suscitait.



Processus du conditionnement classique mis en évidence par Pavlov 


(source : © howstuffworks.com)

Étape 1 : 

Pavlov présente de la nourriture au chien et constate que cette nourriture fait baver le chien lorsqu’il a faim, ce qui correspond à un réflexe.

Il s’agit d’une réponse physiologique, d’un réflexe automatique déclenché par un stimulus inconditionnel (SI).

Le stimulus inconditionnel (SI) déclenche automatiquement le comportement réflexe. Le comportement déclenché par le stimulus inconditionnel est appelé réponse inconditionnelle (RI).  

Le réflexe inconditionnel (RI) renvoie à la réaction suscitée automatiquement chez un organisme par un stimulus inconditionnel. Ces manifestations sont des réponses physiologiques spontanées qui s’avèrent biologiquement importantes.


Étape 2 : 

S’il fait entendre un son de cloche au chien et remarque qu’il ne se passe rien, celui-ci ne salive pas.

L’absence de réponse correspond à un stimulus neutre (SN).


Étape 3 : 

Ensuite, à de nombreuses reprises (phase de conditionnement) il apporte la nourriture (stimulus inconditionnel) en faisant en même temps sonner une cloche (on parle alors de stimulus conditionnel) et constate la salivation du chien.

Il y a association entre un stimulus inconditionnel (SI) et un stimulus neutre (SN) qui va se transformer en stimulus conditionnel (SC). 


Étape 4 

Après le conditionnement, il constate que le seul son de cloche (stimulus conditionnel) entraîne une salivation de l’animal (réponse conditionnelle). Il y a donc bien eu un conditionnement, un apprentissage du son de la cloche que le chien associe à la nourriture.

Le réflexe conditionnel (RC) est une réponse à un stimulus habituellement neutre, mais qui à la suite d’un épisode de conditionnement qui représente un apprentissage, provoque une réponse conditionnée équivalente à celle du réflexe inconditionnel. 

Le conditionnement classique est donc un procédé au cours duquel on associe un stimulus neutre à un stimulus inconditionnel jusqu’à ce que le premier, utilisé seul, provoque la même réaction.



Acquisition


La nature fournit les connexions SI-RI, mais l’apprentissage produit par le conditionnement classique crée la connexion SC-RC.

Le stimulus conditionnel acquiert le pouvoir d’influencer le comportement qui était initialement limité au stimulus conditionnel.  

La création par apprentissage d’une connexion SC-RC correspond à une acquisition. Le lien apparaît et s’intensifie au fur et à mesure des essais répétés.

Le conditionnement classique est généralement plus efficace lorsque le stimulus conditionnel (SC) précède le stimulus inconditionnel (SI) avec un court intervalle entre les deux. On parle de conditionnement retardé. 

Une explication de cette efficacité est que le stimulus conditionnel dans ce cas ne prédit pas le début du stimulus inconditionnel. Il n’a pas de valeur en matière de prédictibilité ou de contingence. 

Le conditionnement est généralement pauvre avec une procédure simultanée et très pauvre avec une procédure rétroactive ou le stimulus inconditionnel précède le stimulus conditionnel qui se présente une fois le premier disparu.





Extinction


Lorsque le stimulus conditionnel ne prédit plus le stimulus inconditionnel, la réponse conditionnée, qui n’est plus entretenue, va avec le temps, s’amenuiser jusqu’à disparaître.

C’est-à-dire que si on actionne la cloche sans apporter de nourriture au chien, rapidement il cessera de saliver.

Ce procédé correspond à l’extinction. La réponse conditionnelle (RC) peut ainsi diminuer et disparaître lorsque le stimulus conditionnel (SC) est présenté trop souvent sans le stimulus inconditionnel (SI).

Les réponses conditionnelles ne sont donc pas nécessairement un aspect permanent du répertoire comportemental de l’organisme.



Restauration spontanée


Après une extinction, la réponse conditionnée peut réapparaître sous forme affaiblie lorsque le stimulus conditionnel sera présenté seul à nouveau.  

Lorsqu’il y a eu extinction, si après quelque temps nous utilisons à nouveau la cloche, le chien salivera faiblement, mais salivera quand même.

Lorsque l’association initiale est reprise, après extinction, la réponse conditionnée devient rapidement plus forte.

Ce réapprentissage montre l’existence d’une sauvegarde. L’extinction ne fait qu’affaiblir la performance, elle n’a pas complètement effacé l’apprentissage initial.




Généralisation


De manière générale, une fois qu’une réponse conditionnée est liée à un stimulus conditionnel, d’autres stimuli proches de celui-ci peuvent également déclencher la réponse. 

Par exemple, un enfant qui a été mordu par un gros chien va probablement ressentir de la peur également face à un chien plus petit.

La réponse conditionnelle (RC) est non seulement obtenue avec un stimulus précis, mais avec des éléments qui ont une certaine ressemblance avec ce stimulus conditionnel (SC). Plus le nouveau stimulus est proche du stimulus conditionnel initial, plus forte sera la réponse. 




Discrimination


La réponse conditionnelle (RC) est obtenue dans une situation avec des stimuli bien spécifiques et ne l’est pas dans d’autres situations semblables. Elle peut devenir sinon contre-productive et épuiser l’organisme, par exemple s’il s’agit de fuir et que l’organisme fuit même dans des situations anodines.

La discrimination d’un stimulus est le processus au cours duquel un organisme apprend à répondre différemment à des stimuli qui se distinguent du stimulus conditionnel.  

Pour qu’un organisme vive de façon optimale dans un environnement, les processus de généralisation et de discrimination doivent s’équilibrer. Le conditionnement classique offre un mécanisme qui permet aux créatures de réagir efficacement à la structure de leur environnement.




L’importance de la contingence


Depuis Pavlov, d’autres recherches ont affiné ses résultats. Il a été établi qu’en plus d’être contigu, proche dans le temps du stimulus inconditionnel, le stimulus conditionnel doit aussi annoncer de façon fiable l’arrivée du stimulus inconditionnel afin que le conditionnement classique puisse se faire. 




L’importance du caractère informatif


D’autres recherches ont également montré que si nous accompagnons le stimulus conditionnel d’un autre stimulus neutre en parallèle à celui-ci, l’apprentissage ne se fait pas. En effet, le nouveau stimulus n’apporte pas d’information supplémentaire. Le conditionnement ne se fait que dans la mesure où le stimulus conditionnel apporte une information utile. 

Cette information doit être saillante et perceptible. Plus un stimulus est intense, et plus il contraste avec les autres stimuli et plus facilement il sera remarqué.

Pour générer un bon conditionnement, il faut présenter un stimulus fort et inédit dans une situation familière, soit un stimulus fort et familier dans un contexte inédit.

Un stimulus neutre ne deviendra un stimulus conditionnel efficace que s’il est à la fois convenablement valeur de prédiction et d’information. 




Applications  


Le conditionnement classique se retrouve beaucoup dans les situations de dégoût alimentaire ou de peur liée au danger et sa réponse l’emporte sur le fait de savoir consciemment que le stimulus ne présente pas de réel danger.

Les réponses du conditionnement classique ne sont pas construites sur une pensée consciente et elles sont difficiles à éliminer par un raisonnement conscient. Leur extinction pour tout ce qui est lié à la peur n’est pas aisée.

Ainsi, un seul événement traumatisant peut conditionner à répondre par de fortes réactions physiques, émotionnelles et cognitives peut-être toute la vie durant.

Les réponses positives liées à la joie ou à l’excitation s’expliquent également par un conditionnement classique. Cette approche est surexploitée dans le domaine publicitaire. Le but est d’associer un produit (stimulus neutre) à un stimulus inconditionnel dans le secret espoir de le rendre conditionnel.




Bibliographie 


Gerrig & Zimbardo. Psychologie 18e édition. Pearson. 2013, p 134-145

Jean-François Desbiens, Le béhaviorisme et l’approche scientifique de l’enseignement, in Clermont Gauthier & Maurice Tardif, La Pédagogie (4e Édition), Chenelière Éducation, 2017, PP 195-199

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