vendredi 13 avril 2018

Quelle voie pour mettre en place des innovations au sein des établissements scolaires?


La voie à suivre est sans doute le développement de pratiques spécifiques basées sur une rencontre entre choix pédagogiques et apports de la recherche en éducation.



 (photographie: Ian Kline )


Un contenu et une démarche :

Ceux-ci peuvent se dérouler selon un protocole d’accompagnement développé hors école, qui pourra être transposé aisément en s’adaptant aux circonstances locales et offrir différents paramètres de suivi et de contrôle de l’efficacité.
  
Ces programmes s’accompagnent:
·      de documents spécifiques pour les élèves et les enseignants
·      de sessions de formation pour que les enseignants comprennent à la fois les idées et recherches qui ont amené à l’établissement du projet et les pratiques et procédures spécifiques qu’ils vont devoir suivre et adapter dans leurs classes
·      d'accompagnement et de coaching à la fois des enseignants et des élèves (suivent les cas) pour mesurer le progrès et évaluer les difficultés rencontrées, cela implicant également une communication vers les parents
·     de la création d’un réseau d’échanges, d'une communauté de partage entre les écoles appliquant le projet considéré

L'idée est que ces projets s’accompagnent de recherches approfondies et font fait l'objet d'études indépendantes.

Ils sont pensés dès le départ pour être reproduits.

S'assurer d'une adhésion : 

Un des plus importants facteurs de succès de ces projets porte sur la façon dont une école va l'adopter un de ces projets: 

La sélection doit se baser sur un choix volontaire fait par les professionnels de l’école. Un programme spécifique peut par exemple exiger un vote informé (présentation du projet sous différentes formes) et secret, supporté par une majorité d’au moins 80% d’adhésion des enseignants, avec la condition que le vote de chacun est libre et sans aucune coercition.

Ce processus  s’assure qu’une majorité écrasante du personnel enseignant et encadrant, qui va concrètement porter la réforme sur ses épaules a joué un rôle décisif dans la sélection de ce projet et est ainsi engagé pour une implémentation approfondie et de haute qualité.

De nombreuses pressions peuvent s’exercer sur les écoles pour faire mettre en place le plus rapidement possible des projets et des réformes favorisant la réussite des élèves.  Il peut être difficile de temporiser les démarches pour éviter de se lancer tête baissée et s’assurer que les enseignants aient eu l’occasion de décider de pleine conscience de valider ce choix. Cette étape est cependant cruciale.

En règle générale, une implémentation pauvre d’un projet trouve régulièrement son origine dans une adoption forcée, hâtive et faiblement informée qui a échoué à s’assurer l’engagement du personnel de l’école à fournir la conviction personnelle et les efforts pour faire fonctionner   

Quelles alternatives possibles à ces programmes spécialement conçus ?

Le développement de projets extérieurs transposables est une sorte de milieu entre deux positions extrêmes :

1) On peut estimer que des changements durables et efficaces ne peuvent avoir lieu que si les innovations sont conçues et mises en place par les participants eux-mêmes au sein d’un établissement scolaire.  Cela revient à défendre l'idée que des projets extérieurs peuvent montrer des limites en termes de maintien, de fonctionnement et de pertinence à l’échelle locale d'un établissement. Le risque d'une telle approche et qu'elle revient à tenter de réinventer la roue, en prenant le risque de développer quelque chose de faillible.

2) On peut favoriser des réformes systémiques, imposée à toutes les écoles. Ces réformes peuvent agir sur les structures de l’enseignement, mais n’impriment pas forcément des changements directs dans les pratiques en classe des enseignants. Pour s'assurer d'obtenir ceux-ci, accompagnement et formations seront nécessaires, de même qu’une forme d’adhésion des enseignants devra être exigée pour qu’elles puissent générer de l’efficacité. On est ici dans toutes la problématique des politiques top-down qui vont rencontrer de la résistance et l’incrédulité sur le terrain, qui peuvent se manifester par une application en surface des changements demandés et une efficience amoindrie.

Le prise en compte de ces deux extrêmes met en évidence les avantages des projets extérieurs. 

Quels avantages propres au développement de projets extérieurs? 

Ceux-ci disposent de ressources, de compétences et de temps. Ils construisent un bagage d’expériences et développent au fil du temps un savoir-faire précieux pour l’accompagnement, la mise en confiance et les échanges.

Rapidement on peut évaluer les effets, mieux piloter leur installation dans de nouvelles écoles, affiner en fonction du type d’élèves, enrichir la base de connaissances et améliorer le projet.

L’idée de ces projets est de démarrer d’une base scientifique démontrée par la recherche et conçue avec sérieux ce qui motive les enseignants. Ceux-ci sont  pris dans leurs tâches quotidiennes et peinent à libérer un temps conséquent pour inventer un projet de A à Z. 

L'idée de tout "créer" est par définition absurde. Quel médecin ignorerait les découvertes récentes, développerait ses propres protocoles de traitement ou médication ? Quel fermier s’amuserait à sélectionner et créer ses propres variétés de semences ou transformerait lui-même son matériel agricole ? Dans chaque domaine de l’économie, les professionnels sélectionnent et utilisent intelligemment les outils et les techniques les plus performants et organisent pour cela une veille technologique. 

Pourquoi est-ce que ces pratiques, l’usage des données probantes et un évaluation régulière des processus ne sont pas encore systématiques en éducation ?

Bibliographie :

Slavin, R. E. 1998. Far and wide: Developing and disseminating research-based programs. American Educator 22 (3): 8-11, 45.

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