jeudi 8 août 2019

Une définition de l'enseignement explicite

Pour beaucoup d’enseignants, bon nombre de principes de l’enseignement explicite sont familiers parce qu’ils les adoptent déjà en partie dans leurs classes. Ce que propose l’enseignement explicite, c’est de les développer, de les enrichir, d’optimiser leur mise en pratique, et cela de manière plus systématique.


(Photographie : Jasper Walter Bastian)


Ainsi, on ne se convertit pas à l’enseignement explicite en un jour, on confirme certaines pratiques et on y arrive de manière régulière, étape par étape, par pratique délibérée.

L’enseignement explicite ne présente pas de rupture brutale avec un enseignement traditionnel, ni de charge de travail excessive ni de grande difficulté dans sa mise en place. Face à l’enseignement traditionnel, il est avant tout une évolution, une amélioration et une optimisation, toutes trois établies dans la perspective d’une éducation fondée sur des données probantes.

L’enseignement explicite n’est pas non plus un modèle statique, mais une approche que chaque enseignant adapte en équipe, aux spécificités de sa matière et au public concerné qu'il rencontre dans son établissement.



Une définition de l’enseignement explicite


Devin Kearns (2019) propose la définition suivante de l’enseignement explicite.

L’enseignement explicite est une manière pour l’enseignant de :
  • Sélectionner un objectif important
  • Spécifier les attendus en matière d’apprentissage
  • Concevoir avec beaucoup de soin un ensemble structuré d’activités d’enseignement
  • Expliquer directement
  • Modeler l’habileté enseignée
  • Fournir de l’étayage lors de la pratique jusqu’à atteindre la maitrise
Si on se réfère à la liste des tailles d’effet (d de Cohen) du Visible Learning, remise à jour par John Hattie en 2018, quatre composantes de l’enseignement explicite semblent particulièrement efficaces et contribuent à son succès :
  • Les explications directes
  • Le modelage
  • La pratique structurée (guidée puis autonome)
  • La rétroaction fournie par l’enseignant

Comme l’écrit Paul Kirschner (2018), des décennies de recherches démontrent que pour des novices (ce que sont l’immense majorité des élèves), un enseignement explicite est plus efficace et efficient, et à long terme motivant et intéressant, que toute autre forme d’enseignement qui présente un guidage limité.

L’enseignement explicite est conçu comme instructionniste et cognitiviste. Il est généralement mené par l’enseignant, en frontal face à une classe traditionnelle. Cependant, il est tout à fait susceptible d’être fourni à travers d’autres modalités (cours ex cathedra avec travaux pratiques dans le supérieur, cours en ligne, en vidéo, apprentissage coopératif, etc.). Les deux conditions indispensables à remplir a minima sont la mise à disposition de contenus explicites et une pratique étayée.




Une pédagogie adaptable aux difficultés des élèves


Pour beaucoup d’élèves et particulièrement ceux qui rencontrent des difficultés, l’enseignement explicite est particulièrement efficace. Il présente l’avantage d’être complètement piloté par les objectifs et non pas les activités qui sont toujours au service des premiers.

L’un de ses atouts est qu’il peut s’adapter en fonction des besoins spécifiques des élèves. Si parmi les élèves d’une classe, certains présentent des difficultés, il est possible de leur prodiguer des interventions plus intensives et adaptées. Celles-ci vont continuer à utiliser le même modèle d’enseignement explicite, avec quelques adaptations dans la structuration des contenus et activités d’apprentissage.

Le modèle de l’enseignement explicite se prête à toutes les difficultés d’apprentissage que peuvent rencontrer les élèves. 



Une pédagogie adaptable à la progression des élèves



Comme le signale Andrew J Martin (2015), il y a des élèves dont la mémoire de travail ou les fonctions exécutives connexes sont altérées. Ces élèves sont plus susceptibles d’être surchargés cognitivement que les élèves qui n’ont pas de telles déficiences. Ils ressentent alors de la confusion qui les empêche d’apprendre.

Il est ainsi important que les enseignants mettent en œuvre des approches pédagogiques qui réduisent la charge de la mémoire de travail, en particulier pour ces élèves en risque d’échec. L’adaptation des conditions limites de l’architecture cognitive humaine à l’apprentissage dépend donc de l’enseignant. C’est cette démarche qui est au cœur de l’enseignement explicite.

Il s’agit pour l’enseignant de structurer la matière et les activités d’apprentissage de manière à réduire l’ambiguïté et à améliorer la clarté. Il s’agit de construire des séquences où les étapes simples s’imbriquent vers la création de compétences complexes et de l’accompagner d’étayages.

Ce faisant, l’enseignant gère le processus d’apprentissage et d’enseignement de manière à optimiser l’utilisation des capacités de l’apprenant et l’efficacité de l’apprentissage.

Au fur et à mesure que la fluidité et l’autonomie se développent, la charge cognitive inhérente à l’enseignement peut être ajustée à la hausse pour correspondre à l’expertise en développement des élèves.

Au terme de l’apprentissage, lorsque les élèves maitrisent les compétences visées, il devient opportun de leur proposer des activités de découverte moins guidées.




Bibliographie

Devin Kearns, Modeling and Practicing to Help Students Reach Academic Goals, 2019, https://intensiveintervention.org/modeling-and-practicing-help-students-reach-academic-goals-explicit-instruction-course-module-5#Module5Coach

Martin, A. J. (2016). Using load reduction instruction (LRI) to boost motivation and engagement. Leicester: British Psychological Society.

Paul Kirschner, Inquiry Learningn isn't - a call for direct explicit instruction, 2018, p 9-11, Research ED Issue 1

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