jeudi 20 août 2020

Se protéger des effets néfastes de l’anxiété face aux tests grâce à la pratique de récupération

Il existe un relatif consensus sur le fait que l’anxiété nuit à notre capacité de mémorisation et de récupération de connaissances en mémoire à long terme. Ces phénomènes sont susceptibles d’avoir des conséquences dommageables sur la performance de certains élèves lors d’un examen. Ce sera d’autant plus le cas que les enjeux qui sont importants derrière celui-ci et que la pression de performance est élevée.


(Photographie : Lara Orawski)


Les mécanismes de la réponse biologique et psychologies liés au stress aigu réduisent ainsi les performances pour des connaissances précédemment apprises. Il serait utile de disposer de moyens de l’amenuiser.



Une recherche sur le lien entre les effets de l’anxiété et la méthode d’apprentissage préalable


Amy M Smith et ses collaborateurs (2016) ont étudié l’impact de l’anxiété en fonction de la méthode d’apprentissage utilisée préalablement par des apprenants.

120 participants ont appris des mots et des images soit par une procédure de relecture, soit en étant testés selon une pratique de récupération.

Ils sont revenus 24 heures plus tard pour deux tests de mémoire. Avant les tests, tous les participants ont été soumis à une activité :
  • Pour deux des groupes, l’activité n’était pas stressante.
  • Pour les deux autres groupes, l’activité a induit un stress psychosocial. Les participants ont été invités à faire un discours et à résoudre des problèmes de mathématiques devant deux juges et trois de leurs pairs.

Un premier test est réalisé dans les 5 minutes qui suivent l’activité. Un second test sur des questions différentes est donné environ 25 minutes après l’activité.

L’intérêt d’un test situé 25 minutes plus tard est de nature physiologique. Il est estimé qu’à ce moment-là, l’hormone du stress, le cortisol, atteint son niveau maximal dans le sang. Il a été démontré que le cortisol affecte les régions du cerveau qui sont impliquées dans la récupération de la mémoire.



Deux modes d’apprentissage


Ce qui distingue les groupes étudiés est la méthode d’apprentissage :
  • Deux des groupes utilisent la relecture et l’étude répétée, c’est-à-dire que le contenu étudié reste visible durant tout le processus d’apprentissage.
  • Les deux autres groupes utilisent la pratique de récupération qui consiste à essayer de récupérer les contenus précédemment étudiés en mémoire sans qu’ils soient visibles durant le processus. Cela correspond à passer des tests de pratique.

La pratique de récupération est largement considérée comme étant plus efficace que de nombreuses autres méthodes d’apprentissage dont la relecture. Elle a l’avantage d’être simple à mettre en œuvre.

L’hypothèse étudiée par Amy M. Smith et ses collaborateurs (2016) est que le mode d’apprentissage n’est pas neutre. Les processus qui se déroulent lors de l’encodage influencent la représentation et l’accessibilité de la mémoire. L’effet de l’anxiété devrait être différent en fonction de ceux-ci.

Une faiblesse propre à la pratique de récupération est qu’intuitivement elle ne parait pas spécialement efficace et qu’elle est de prime abord moins engageante que la relecture par exemple. La conséquence est que de nombreux élèves tendent à lui préférer d’autres méthodes d’apprentissage qui correspondent à des stratégies d’encodage inefficaces.

La relecture est une mauvaise stratégie d’apprentissage, dans la mesure où elle crée des représentations mémorielles relativement faibles et instables.

La question était de savoir si les participants seraient impactés de la même façon par le stress après 5 ou 25 minutes en fonction de leur mode d’étude initial.



Effet de test


Les différentes expériences ont constaté la manifestation de l’effet de test. Quelle que soit la condition étudiée, la pratique de récupération génère un meilleur apprentissage que la relecture.



Après 5 minutes


Différentes recherches ont montré que des participants testés immédiatement après l’induction du stress présentent des performances de mémoire supérieures ou comparables à celles d’un groupe témoin non stressé.

C’est ce qui est vérifié dans la présente étude. Lors du test effectué cinq minutes après l’activité, aucune différence significative n’est mise en évidence entre les individus stressés ou non. Dans le cas de la présente étude, le stress n’a ni altéré ni amélioré les performances de mémoire, 5 min après le début du stress.



Après 25 minutes


Il est généralement considéré comme établi que le stress entraine des effets néfastes sur la mémoire 25 minutes plus tard.




(Source, Sumeracki, 2020)

Après 25 minutes, les participants qui ont relu témoignent d’une baisse de performance manifeste à la suite du stress, ce qui est logique compte tenu de l’effet de l’anxiété.

Par contre, les participants qui ont fait de la pratique de récupération n’ont pas montré de baisse de performance liée au stress et affichent au contraire une performance légèrement supérieure aux participants qui ont relu, stressés ou non.




Le lien entre la protection face au stress et une pratique de récupération préalable


Le résultat marquant de la recherche de Smith et ses collaborateurs (2016) est qu’elle remet en question le consensus selon lequel le stress nuit de manière générale à la récupération en mémoire.

Dans le cadre de cette recherche, aucun effet du stress n’a été constaté lorsqu’il s’agit de représentations mémorielles fortes créées par la pratique de récupération. Aucun effet non plus lorsque la mémoire était évaluée immédiatement après l’apparition du stress qu’il s’agisse de relecture ou de pratique de récupération.

L’utilisation d’une stratégie d’apprentissage très efficace pour renforcer la mémoire à l’encodage permettrait de la protéger contre le stress. La pratique de récupération protège contre les effets délétères de la réponse tardive au stress.




Preuves physiologiques et cognitives


Une combinaison de preuves physiologiques et de mécanismes théoriques cognitifs permet d’expliquer cette constatation.

La réponse retardée au stress entraverait la récupération par un mécanisme physiologique :
  • Le cortisol se lie aux récepteurs glucocorticoïdes dans l’hippocampe, empêchant le traitement lié à la récupération dans cette région.
  • Une étude de neuroimagerie a montré que, par rapport à la pratique de relecture, la pratique de récupération augmentait la connectivité de l’hippocampe avec d’autres régions du cerveau.

Les théories cognitives suggèrent que la pratique de la récupération est une stratégie d’apprentissage très efficace, car elle crée de multiples voies d’accès à l’information :
  • Lorsque l’on tente de rappeler un élément de mémoire, il semble que des informations associées ou contextuelles accompagnent cette tentative.
  • Un plus grand nombre de tentatives de rappel crée donc des voies plus distinctes par lesquelles le même élément peut être rendu accessible par la suite.



Le rôle stimulant du stress à court terme


La présente étude ne montre pas d’effet du stress après cinq minutes. D’autres études ont mis en évidence une action potentiellement stimulante du stress à court terme. Comment l’expliquer ?

Ce phénomène peut être attribué à la nature biphasique de la réponse physiologique au stress. Immédiatement après l’apparition du stress, le corps réagit par deux changements hormonaux majeurs :
  • La sécrétion rapide et de courte durée d’épinéphrine et de norépinéphrine qui peut faciliter le traitement neural
  • La sécrétion progressive et de longue durée de cortisol qui entrave le traitement dans les régions du cerveau liées à la mémoire.



Usages de la pratique de récupération pour atténuer l’effet du stress à moyen et long terme


Les recherches effectuées par Amy M. Smith et ses collaborateurs (2016) suggèrent que la pratique de récupération en tant que méthode d’apprentissage est à recommander face aux situations de stress. Elle peut nous protéger contre l’inhibition de la mémoire que nous pouvons éprouver lorsque nous sommes stressés.

La pratique de récupération est susceptible de créer de multiples voies de récupération distinctes en fonction du contexte pour accéder à l’information. Le cortisol a pu perturber l’accès à l’information par certaines voies. Cependant, la robustesse de la représentation de la mémoire créée par la pratique de récupération peut avoir facilité l’accès à cette information par d’autres voies non perturbées.

Ainsi, de fortes représentations en mémoire créées par l’usage de la pratique de récupération seraient à même de réduire les échecs de récupération fréquents chez les élèves qui éprouvent de l’anxiété liée aux tests.

L’anxiété liée aux tests altère la mémoire superficielle. Cet effet peut être évité lorsque l’information est bien codée et accessible par de nombreuses voies de recherche.

L’usage de la pratique de récupération comme méthode d’apprentissage est dès lors également appuyé par la résistance qu’elle offre face au stress.

Des élèves sensibles à l’anxiété liées au test ont grandement intérêt à s’entrainer en se testant par la pratique de la récupération. La pratique de la récupération en préparation d’un test devrait être doublement bénéfique pour eux. Elle améliorerait leur apprentissage global et les aiderait à surmonter les problèmes de performance liés au stress qu’ils pourraient ressentir juste avant et pendant l’examen.



Mis à jour le 15/10/2022

Bibliographie


Megan Sumeracki, Retrieval Practice and Stress, 2020, https://www.learningscientists.org/blog/2020/6/25-1

Smith, A. M., Floerke, V. A., & Thomas, A. K. (2016). Retrieval practice protects memory against acute stress. Science, 354 (6315), 1046–1048.

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