lundi 17 août 2020

Procédures et routines quotidiennes d’organisation en gestion de classe

L’utilisation de routines en gestion de classe permet d’augmenter le temps dévolu à l’apprentissage. Voici une collection de pratiques glanées à la lecture du livre d’Edmund Emmer et Carolyn Evertson (2017). 


(Photographie : Khalilulina Nailya)


Cas des élèves absents


S’il y a un intérêt en début d’année à faire un appel oral pour la présence des élèves, celui-ci disparait rapidement. Il représente un coût réel d’une voire deux minutes de cours. Durant celui-ci, les élèves peuvent prendre le temps de s’installer tranquillement et de terminer leur socialisation.

Certains enseignants revendiquent cette pratique pour mémoriser les noms de leurs élèves, mais même là ce n’est pas ce qu’il y a de plus optimal. Deux pratiques sont à privilégier à la place.

Premièrement, la vérification de la compréhension sous un mode aléatoire est certainement une bien meilleure solution pour mémoriser les noms et prénoms des élèves. De plus, elle permet de véhiculer d’emblée une culture de classe fondée sur des attentes élevées.

Deuxièmement, avoir imposé des places en classe et disposer devant les yeux de la feuille de répartition permet d’immédiatement repérer les absences sans perdre un temps précieux en début de cours. En effet, si les élèves changent de place aléatoirement d’une journée à l’autre cela signifie qu’un temps précieux peut être perdu chaque fois pour identifier à coup sûr les absents.

Un autre élément auquel il convient de prêter attention et qui concerne les élèves absents est de déterminer un protocole sur ce qu’il faut faire pour leur remettre les documents qui ont été distribués ce jour-là. Une farde peut être utilisée, dans laquelle seront regroupés les documents des absents. Il est utile d’inscrire sur ceux-ci le nom de l’élève et la date de l’absence. Une autre option consiste à attribuer la responsabilité de remettre les documents à un autre élève en retenant bien qui est chargé de l’opération. Tous les élèves ne sont pas forcément également fiables pour ce genre de tâches. 




Cas des élèves en retard


La plupart des écoles ont une politique définie en ce qui concerne les arrivées tardives en début de journée ou lors de la transition d’un cours à l’autre. Il est important de la suivre à la lettre avec cohérence.

Les enseignants peuvent être tentés de s’écarter des politiques liées aux arrivées tardives. Ils peuvent par exemple laisser se glisser en classe les élèves qui n’ont qu’un retard faible. Invariablement, une telle tolérance a des conséquences inflationnelles sur la fréquence des retards. Rapidement, le taux de retard des élèves va augmenter. Les procédures de début de classe vont alors s’effondrer. La lenteur du début de cours due aux arrivées tardives peut rapidement devenir un problème de gestion tenace si nous la permettons.

Il s’agit donc de gérer les conséquences du retard, mais aussi d’analyser les antécédents et tâcher d’y répondre pour ne pas se retrouver coincé. Le fait que les élèves arrivent à l’heure, groupés et dans les temps, dépend également des procédures de clôture du cours adoptées par l’enseignant précédent.


Procédures de début de cours


Les élèves doivent avoir été informés en début d’année scolaire par l’enseignant sur ce qu’ils sont censés faire au début d’une période de cours. Pendant ce temps, nous effectuons les tâches administratives et nous nous installons.

Les élèves doivent savoir quel matériel doit être présent ou absent de leur bureau. Idéalement dès l’entrée en classe, avant que le cours ne débute, toute socialisation doit avoir cessé.

Afin de faciliter ce processus, les enseignants efficaces démarrent souvent leurs cours avec une activité régulière dans laquelle leurs élèves s’engagent au début de chaque cours. Il peut s’agir par exemple d’un des éléments suivants :

  1. Les élèves se voient attribuer un quiz d’entrée. Celui-ci contient quelques questions, exercices ou problèmes à réaliser en cinq minutes maximum. C’est l’occasion pour l’enseignant de mettre en place une activité régulière de pratique de récupération à moindres frais. 
  2. Les élèves peuvent prendre note des activités du jour ou de l’annonce de nouvelles échéances.
  3. Les élèves préparent et sortent tout le matériel qui sera nécessaire lors du cours et restent assis sans parler jusqu’à ce que vous ayez terminé vos tâches administratives. 

Ces options ne marcheront vraiment que si l’enseignant gère les tâches administratives rapidement, sans hésitation ni temps mort. De même, il doit rester vigilant et avoir l’œil en permanence sur ce qui se passe en classe pendant ce temps, prêt à intervenir dès que cela s’avère nécessaire.


Limiter les sorties de classe non pédagogiques


Le cas des toilettes


Il arrive que les élèves demandent de quitter temporairement la classe pendant une période de cours, d’autant plus qu’elle est double. Ils souhaitent aller aux toilettes, boire de l’eau, prendre un médicament ou remettre urgemment un document.

Les enseignants efficaces en gestion de classe découragent les sorties de classe pour aller aux toilettes ou à la fontaine d’eau, sauf en cas d’urgence.

Une manière de procéder pour renforcer cette exigence est d’utiliser une feuille d’inscription que l’élève va remplir avec son nom, la date, l’heure de départ et l’heure de retour. L’élève demande l’autorisation à l’enseignant. Si celle-ci est accordée, l’élève remplit la feuille avant de partir et la complète en revenant. De même, l’enseignant ne laisse jamais partir un élève aux moments où il risque d’avoir affluence dans les couloirs, aux toilettes ou à la fontaine d’eau. L’enseignant vérifie également qu’il ne parte pas avec un téléphone caché en poche. L’enseignant ne laisse partir qu’un élève à la fois.

L’usage d’une feuille d’inscription permet de débusquer et de prévenir les abus, de laisser une trace objective du nombre ou de la fréquence des sorties et ainsi de poser des restrictions. Elle restreint préventivement par sa seule existence le nombre de demandes.

Toute politique laxiste entraine invariablement des abus, une amplification et une systématisation des demandes de sorties et dès lors des problèmes de gestion de classe qui vont devoir être traités.


Le cas des oublis au casier


Un autre cas classique est celui des élèves qui disposent d’un casier au sein de l’école et qui une fois en classe se rendent compte qu’ils ont oublié le matériel nécessaire pour le cours. Ils demandent alors l’autorisation d’aller récupérer leurs affaires en début de période. Il s’agit d’un dilemme pour l’enseignant qui ne peut jamais savoir si l’oubli est accidentel ou provoqué.

Deux options sont possibles :

  • L’enseignant interdit à l’élève d’aller chercher ses affaires. L’élève suit alors le cours sans son matériel ou regarde le manuel avec son voisin. 
  • L’autre option consiste à laisser l’élève aller chercher ses affaires. L’enseignant assortit l’autorisation d’une pénalité liée à un retard de manière à l’inciter à ne plus reproduire le comportement par la suite.

L’enjeu est de toute façon de limiter le plus possible le nombre d’élèves qui sortent de la salle pour des raisons non pédagogiques et de suivre les procédures adoptées de manière cohérente. Un laxisme va se traduire par une amplification du nombre de demandes.


Procédures de fin de période


Tout comme les procédures sont nécessaires pour commencer une période, les routines sont utiles à leur clôture.

Il y a deux dimensions à cette question : l’anticipation et la clôture à proprement parler.


Anticiper et préparer la fin du cours


La classe doit être remise en ordre pour la fin de la période et être rendue prête à être réutilisée par un autre enseignant ou une autre classe. Tout équipement ou matériel utilisé en classe durant les activités pédagogiques doit être remis dans les espaces de rangement correspondants. Le tableau noir, le projecteur ou le tableau blanc interactif doivent être prêts pour un nouvel emploi avant la sonnerie marquant la fin de période.

L’enseignant profite de la fin du cours pour rappeler aux élèves les échéances à venir ou pour attirer leur attention sur l’un ou l’autre point d’actualité.

Pour atteindre ces objectifs, nous devons réserver suffisamment de temps en fin de période. Si les élèves ont travaillé à leur bureau avec leur propre matériel, un court laps de temps, de l’ordre d’une demi-minute peut être nécessaire pour qu’ils rangent leurs affaires.

C’est l’enseignant qui est le gardien du temps et juge quand il est nécessaire d’indiquer aux élèves de commencer à ranger leurs affaires. Il s’agit d’être vigilant et de ne pas l’oublier, sinon :

  • Les élèves vont prendre l’habitude d’en prendre l’initiative ce qui va mener à des fins de cours désordonnées. 
  • Certains élèves vont arrêter de travailler trop tôt, se préparer à partir bien avant la sonnerie et enclencher des rapports de socialisation avec leurs voisins. 
  • D’autres élèves ne vont commencer à ranger qu’au moment de la sortie. Cela se traduit par un départ des élèves de la classe en accordéon, ce qui compromet le bon démarrage du cours suivant.

Ainsi, il doit y avoir une routine bien établie où c’est l’enseignant qui indique aux élèves qu’ils peuvent commencer à ranger leurs affaires. Les élèves ne peuvent pas en prendre l’initiative. Tout au plus peuvent-ils rappeler à l’enseignant que la fin du cours approche et qu’il est temps de ranger si celui-ci est distrait.

Si ce processus est bien établi, les élèves ne prendront pas l’habitude de déterminer par eux-mêmes la fin du cours. Il faut donc donner suffisamment de temps aux élèves et à soi-même afin de terminer le cours dans de bonnes conditions. Appliquer cette procédure favorisera également le démarrage du cours suivant.



Marquer la fin du cours


La seconde dimension concernant la clôture consiste à donner le signal de renvoi et de sortie des élèves. Le processus précédent qui détermine le rangement des affaires et le bilan de l’enseignant a pour but d’offrir une structure et d’éviter que les élèves ne se mettent à bavarder et à bouger.

L’autre risque inhérent est qu’une fois que les élèves ont rangé leurs affaires, ils sont susceptibles de quitter leur place. Ils pourraient soit sortir de la classe avant la sonnerie, soit venir s’agglutiner devant la porte en attendant celle-ci. Dans les deux cas, le processus est propice à un brouhaha désordonné.

À l’opposé, ce qui est conseillé est de demander aux élèves de rester assis et silencieux à leur place tant que la sonnerie n’a pas eu lieu. C’est l’enseignant qui doit donner le signal de départ. L’enseignant a l’opportunité de vérifier à ce moment-là la propreté du sol et de demander le cas échéant aux élèves concernés de ramasser les papiers oubliés. Tous les élèves sortent alors en même temps quand il donne le feu vert et les retardataires sont priés de se dépêcher pour ne pas retarder le cours suivant.

L’enseignant garde la maîtrise, l’attention, le contrôle de la classe et la parole jusqu’à la sonnerie. Ce n’est jamais la sonnerie qui indique le départ, mais l’enseignant.

Il s’agit de bien en avertir les élèves dès le premier cours et de les rappeler à leur place s’ils ne respectent pas la procédure énoncée. Il s’agit d’être vigilant et de ne pas laisser les élèves fissurer le dispositif qui aurait tôt fait de s’écrouler. Il ne faut pas laisser d’élève ranger trop tôt leurs affaires. De même, les élèves qui ont quitté leur place plus tôt et ont dû la réintégrer peuvent recevoir comme consigne qu’ils partiront après les autres, en dernier, une fois que l’enseignant leur donnera un nouveau signal. Cette démarche favorisera à l’avenir la conformité de leur comportement en fin de cours.



Bibliographie


Edmund T. Emmer and Carolyn M. Evertson, Classroom Management for middle and high school teachers, 2017, Pearson

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