mardi 10 juillet 2018

Douze arguments pour une utilisation optimale des stratégies de récupération (retrieval practice) !

Après avoir introduit ce que l'on entend par entrainement à la récupération (retrieval practice), discuté des effets bénéfiques qu'ils soient indirects ou directs, et cherché à comprendre les principes sur lesquels il se fonde, voici douze arguments pour une utilisation optimale des stratégies de récupération : 


(Photographie : Ishikoro Koroishi)

Différer la rétroaction !


L'effet correctif de la rétroaction n'exige pas qu'elle soit réalisée immédiatement après une évaluation formative. Il y a au contraire avantage à ce qu’elle soit décalée dans le temps. Il ne semble pas y avoir de plus value à corriger l’élève dans la foulée d’un test formatif comme c’est le cas dans la pratique autonome. En effet, il ne s’agit plus d’installer des automatismes mais de vérifier leur présence et leur justesse. Ce qui semble pertinent dans l’acte de différer la rétroaction semble être le fait qu’on profite alors d’un effet d'espacement: le phénomène selon lequel deux présentations des mêmes informations avec un espacement entre elles mènent généralement à une meilleure rétention qu’une seule confrontation plus longue mais d’un seul tenant.




Débusquer des conceptions erronées !


La rétroaction suite à un test formatif est cruciale pour corriger les erreurs Qui correspondent à des conceptions erronées des élèves pour lesquelles ils étaient certains d’avoir raison. Sans cela, ces erreurs auraient de grandes chances de perdurer et de se retrouver lors de l’évaluation certificative. Ceci est d’autant plus que bon nombre d’élèves se contentent de relectures ou de récitations sans s’auto-évaluer ni retourner vérifier la matière à la source.




Habituer aux formats des questions ! 


Certains étudiants n'ont peut-être pas eu une expérience éducative suffisamment probante pour réussir directement des évaluations certificatives de complexité croissante comme celles qui permettent le passage de pallier d’une année scolaire à l’autre. L’évaluation formative peut leur permettre de progresser pour apprendre à faire face de façon incrémentale à une augmentation de niveau d’exigences.




Favoriser le transfert de compétences !


La pratique de la récupération favorise le transfert mieux que l'approche conventionnelle d'étude qui consiste à relire ses notes. Chaque fois qu'une information est récupérée, sa trace en mémoire à long terme devient plus accessible dans le futur. La récupération aide à créer des représentations mentales cohérentes, des schémas intégrés de concepts complexes. C’est le type d'apprentissage approfondi nécessaire pour résoudre de nouveaux problèmes et susciter de nouvelles inférences. 




Augmenter les capacités de discrimination !


Lors d’un test formatif, les élèves doivent récupérer des informations en mémoire à long terme. Ce faisant, ils réactivent également des concepts associés et les renforcent de même. Cela leur permet consolide leurs capacités de discrimination entre ces différents savoirs mémorisés et atténue le risque de confusion entre ceux-ci. 




Echantillonner la matière testée !


Lors d’un test formatif, on ne peut pas interroger surtout et cela peut se réduire à une partie réduite de la matière considérée effectivement récupérée. On pourrait en conclure que les effets ne se porteront que sur ces échantillons. La recherche suggère plutôt que la pratique de récupération améliore non seulement la rétention des éléments testés mais facilite aussi la rétention des concepts non rappelés mais reliés à ceux sur lesquels on interroge. Il est donc plus pertinent de poser des questions sur toutes les parties plutôt que de se centrer au hasard sur une partie.




Placer stratégiquement l’évaluation formative !


La pratique de récupération est plus efficace si elle présente un certain retard avec l’apprentissage ou l’étude. Il est judicieux de ne pas interroger, comme de ne pas donner des devoirs aux élèves, sur des matières trop découpées ou parcellaires, qui ne correspondent, par exemples, qu’au cours précédent. Il est plus intéressant de globaliser et donner un devoir ou une évaluation formative plus important et regroupant une matière plus conséquence, vue sur une période plus longue.




Eviter la notation des tests formatifs !


Offrir une pratique de récupération sans points ni note permet de maintenir l'accent sur la pratique de récupération comme stratégie d'apprentissage et non comme outil d'évaluation. Les élèves se sentiront moins stressés et plus à l'aise lorsqu'ils commettent des erreurs. L’objectif est d’aider les élèves, et non les stigmatiser. Sans notation chiffrée, l’attention des élèves se centre automatiquement sur leurs erreurs. On évite le risque qu’un résultats chiffré puisse être considéré comme une prédiction d’un futur résultat certificatif et limiter les investissements futur s’il correspondent aux attentes visées.




Informer les élèves !


Un neuromythe courant concernant la mémorisation est que si l'on peut se rappeler d’une information en mémoire, que l’on a précédemment apprise, il n’est plus nécessaire de la réétudier et l’on peut concentrer ses efforts sur d'autres éléments encore mal mémorisés. Cependant, la recherche montre que ne plus pratiquer, ne plus se rappeler d’éléments mémorisés réduit considérablement leur rétention à long terme. 

Il est utile d’informer sur les bienfaits de la pratique de récupération : si les élèves testent leur mémoire pendant qu'ils étudient, c'est souvent selon eux pour vérifier l’état de leurs connaissances. Ils ignorent que cette pratique renforce durablement la mémorisation. Lorsque les élèves se fient uniquement à leur expérience subjective pendant qu'ils étudient (par exemple leur aisance de traitement pendant la relecture), ils peuvent tomber dans une illusion de compétence et croire qu'ils connaissent mieux le matériel qu'ils ne le connaissent réellement. 




Insister sur l’efficacité ! 


Parce que la récupération de l'information exige un effort mental qui peut sembler difficile et que les performances peuvent sembler imparfaites, les élèves peuvent se décourager. Cela peut leur donner l'impression que leurs progrès sont lents alors qu’au contraire ils sont durables et profonds. Paradoxalement plus la pratique de récupération est difficile mais réalisable, mieux c'est pour l'apprentissage à long terme. A l’opposé, les stratégies rapides et faciles comme de relire ses feuilles ne mènent qu'à un apprentissage à court terme et superficiel.



Atténuer le stress et l’anxiété ! 


Comme le test formatif ne prête pas à conséquence en termes de devenir de l’élève, il diminuerait plutôt l'anxiété. Les élèves apprennent à faire face à une évaluation. Cela les rend plus à l'aise avec le contenu des cours et moins anxieux face aux évaluations certificatives à venir. 



Espacer les pratiques de récupération !


Combien de récupérations sont nécessaires pour maximiser la rétention à long terme ? L’idée est de combiner pratique de récupération et pratique espacée en tenant compte des courbes de l’oubli. Celles-ci dépendent de différents paramètres qui sont fonction de paramètres propres à l’apprenant. Tout cela demande un monitoring personnel et stratégique, basé sur des capacités métacognitives et une planification efficace. 




Bibliographie


Agarwal, P et al « How to Use Retrieval Practice to Improve Learning » Washington University in St. Louis, 2013, www.retrievalpractice.org

Dunlosky, J et al. « Improving Students’ Learning With Effective Learning Techniques: Promising Directions From Cognitive and Educational Psychology. Psychological Science in the Public Interest 14(1) 4-58 (2013)

Roediger, H. L., III, & Karpicke, J. D. (2006). The power of testing memory: Basic research and implications for educational practice. Perspectives on Psychological Science, 1, 181–210. 

JD Karpicke, (2016), A powerful way to improve learning and memory, APA Psychological Science Agenda http://www.apa.org/science/about/psa/2016/06/learning-memory.aspx

Testing effect. (2017, July 31). In Wikipedia, The Free Encyclopedia. Retrieved, 12:47, August 25, 2017

Jeffrey D. Karpicke and Henry L. Roediger III, The Critical Importance of Retrieval for Learning, Science 319, 966 (2008);

A. Murphy Paul « Researchers Find That Frequent Tests Can Boost Learning » (2015) Scientific American https://www.scientificamerican.com/article/researchers-find-that-frequent-tests-can-boost-learning/

Jeffrey D. Karpicke , Andrew C. Butler & Henry L. Roediger III (2009) Metacognitive strategies in student learning: Do students practise retrieval when they study on their own?, Memory, 17:4, 471-479

HL Roediger III, AL Putnam, MA Smith, Ten Benefits of Testing and Their Applications to Educational Practice, Psychology of Learning and Motivation-Advances in Research and Theory 55, 1, (2011)

Henry L. Roediger III and Andrew C. Butler, The critical role of retrieval practice in long-term retention, Trends in cognitive science vol 15 ; (2011)

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