dimanche 21 octobre 2018

Pratique guidée en enseignement explicite : enjeux et caractéristiques

La pratique guidée est un temps d’entraînement supervisé en enseignement explicite, qui est la transition entre le modelage et la pratique autonome. Son existence et son importance ont été mises en évidence lors de diverses enquêtes et études sur l’enseignement efficace.


(photographie : Jesús Madriñán)



Un vecteur d’efficacité


Il a été montré que les enseignants les plus efficaces consacraient plus de temps à la présentation des nouveaux contenus et à de la pratique guidée. 

Ces enseignants utilisent ce temps supplémentaire pour apporter plus d'explications, donner un grand nombre d'exemples, vérifier la compréhension de leurs élèves et fournir suffisamment d'activités pour permettre aux élèves d'apprendre à travailler de façon autonome sans difficulté. Les élèves des enseignants les plus efficaces qui mettent en place une pratique guidée sont plus actifs par la suite lors de l'étape de la pratique autonome.

Même si la majorité des enseignants organisaient un moment de pratique guidée, on constate que les enseignants les plus efficaces consacraient plus de temps à cette étape.  Ce temps consacré à une pratique guidée optimisée se traduit par de meilleurs taux de réussite pour les élèves qui ont plus engagés dans leurs apprentissages.

Par opposition, les enseignants moins efficaces donnent des présentations et des explications plus brèves et distribuent ensuite des feuilles d'exercices que les élèves doivent réaliser seuls. Dans ces conditions, ceux-ci sont susceptibles de commettre de nombreuses erreurs qui vont nécessiter à l’enseignant de réexpliquer la matière.


Ce que la pratique guidée n’est pas


La pratique guidée n’est pas un temps bref car sinon les élèves éprouveront plus de difficultés à emmagasiner, se remémorer ou utiliser les notions vues. Il ne suffit pas pour enseigner efficacement de présenter simplement aux élèves de nouvelles notions, car ces notions seront oubliées à moins d'entraînements suffisants. 

La pratique n’est pas un temps de décharge pour l’enseignant. Celui-ci ne peut se contenter, après avoir expliqué les notions, de simplement donner un temps de travail individuel aux élèves et circuler ensuite dans la classe tout en jetant un coup d'œil au-dessus de leur épaule pendant qu'ils travaillent, fournissant à l'occasion une aide à un élève qui semble ne pas comprendre.

La pratique guidée n’est pas un simple temps de transition entre le modelage et la pratique autonome, elle a ses exigences et ses attendus propres.

Un bon exemple de sa nécessité est quand quelqu’un vous explique le fonctionnement d’un logiciel sur son ordinateur. Ses explications peuvent être les plus claires et les plus limpides possibles, si l’explication s’arrête-là et que vous retournez travailler sur votre propre ordinateur sans accompagnement, il est quasi-certain que certains blocages apparaîtront. Ceux-ci auraient pu être évités par une pratique guidée, le fait que la personne vous accompagne après ses explications et vous épaule lors de vos premiers pas et vos premières manipulations du logiciel. 




Ce que la pratique guidée est


Une pratique guidée optimisée rend peu à peu les élèves plus outillés pour réussir les tâches demandées. Grâce à elle, les élèves ont l'occasion de faire leurs premières expériences dans l'apprentissage d'un contenu nouveau en pouvant compter sur la supervision directe et étroite de l'enseignant à chaque étape.

L’idée clé est que dans le cadre de la pratique guidée est que tous les élèves font la même tâche au même moment.  L'enseignant guide ainsi une étape (ou un exercice), arrête et s'assure qu'elle soit bien exécutée avant de passer à la suivante. Il amène progressivement ses élèves à en faire plus par eux-mêmes en diminuant l’étayage. 

Une compétence-clé de l’enseignant est de savoir quand arrêter la pratique guidée et à quel rythme alléger l’étayage : pas trop vite pour éviter que les élèves ne décrochent et pas trop tard pour éviter qu’ils ne développent une dépendance aux explications qui pourrait freiner l’établissement de l’autonomie. Ce rythme est basé sur l’évolution de la performance des élèves.





Une intégration parfaite au modelage.


L’enseignement propose aux élèves des tâches semblables à ce qui a été modelé. Cette phase de transition se caractérise par un étayage que l'enseignant déploie pour faciliter l'apprentissage et qu'il retire ensuite à mesure qu'il observe que l'apprentissage se produit. Le principe est de proposer aux élèves des tâches semblables à celles qui ont été utilisées lors du modelage.

Le modelage s’avère donc indissociable d’une pratique guidée qui, soit lui succède, mais qui mieux encore présente une intégration, de manière à mieux accompagner les élèves dans l’élaboration de leur schémas cognitifs (dans la construction de leurs apprentissages !).

Sans cela, un modelage non suivi d’une pratique guidée suffisante peut susciter le développement et l’installation de conceptions erronées avec toutes les difficultés ultérieures que cela implique, retour sur les apprentissages, rectifications, inhibition, etc.





Un moment de vérification de la compréhension


La pratique guidée permet à l’enseignant de suivre pas à pas la progression des élèves et de leur fournir le soutien approprié. L’objectif est de guider l’élève tandis qu’il s’approprie les concepts modelés préalablement. L’enseignant exerce pour cela un questionnement et  une rétroaction régulière. 

L’enseignant peut faciliter le processus de mémorisation en posant des questions qui vont obliger les élèves à traiter et à solliciter les notions enseignées, en leur demandant par exemple de justifier des étapes ou de récapituler les éléments principaux. Les bonnes questions exigent que les élèves traitent et répètent le matériel.  





Un pilotage par l’enseignant


L’encadrement de l’enseignement est indispensable pour améliorer la mémorisation, lors de la mise en pratique de nouveaux savoir-faire. L’enseignant doit susciter un traitement en profondeur car la mémorisation sera fragile si les élèves évitent de se confronter à des difficultés et ne font qu'effleurer les nouveaux contenus et ne s'y engagent pas.

Il est important que tous les élèves pratiquent les notions nouvelles et reçoivent des commentaires sur leur travail, ce qui entre dans la mission de l’enseignant. Ils doivent donc être supervisés lorsqu'ils mettent en pratique les nouvelles étapes d'une habileté.





Un engagement coopératif


C’est un moment propice également pour permettre et favoriser les échanges entre élèves. Cela permet de démultiplier le nombre d’interaction d’apprentissage au sein de la classe durant lesquelles les élèves peuvent valider leur compréhension et la renforcer ensemble. L’action conjuguée du soutien de l’enseignant et des échanges entre pairs favorise la confiance, la cohésion et la motivation nécessaires pour continuer à s'exercer.

C’est à ce moment que le tableau peut devenir un instrument particulièrement efficace dans le cadre de grands groupes lorsque les procédures de résolution d’exercices échappent à ce qu’une utilisation aisée des ardoises effaçables.

Lorsque le modelage a permis d’expliciter des procédures de résolution, la pratique guidée peut prendre la forme d’un envoi aléatoire d’élèves au tableau après un temps de préparation pour qu’ils notent et discutent de leur résolution d’un exercice ou d’un problème. De cette façon, les élèves assis à leur, s’exercent et peuvent voir d'autres procédés et bénéficier d’une rétroaction à l’échelle de la classe. 

Le caractère crucial de la rétroaction donné à ce moment-là vient du fait que tous les élèves vont en profiter et qu’elle peut empêcher qu’ils ne consolident par inadvertance une information incomplète ou erronée dans leur mémoire à long terme.





Un entraînement à la récupération pour la consolidation


La pratique guidée est l’étape où crée la réussite des élèves, qui avec le soutien approprié peuvent atteindre l'objectif d'apprentissage. 

Les élèves ont besoin de temps pour traiter la nouvelle information, et surtout d’une distribution de celui-ci afin de pouvoir l’enregistrer dans leur mémoire à long terme. Un temps d'entraînement réduit et unique, même s’il permet de vérifier la compréhension et de la valider peut n’assurer aucun stockage des informations à long terme.

Pour pouvoir les emmagasiner durablement, les élèves ont besoin de devoir récupérer en mémoire, de se rappeler et de réutiliser régulièrement les contenus appris. La pratique guidée offre le cadre adéquat, d’autant plus qu’elle est distribuée de manière espacée dans le temps.

Cette mise en mémoire est un prérequis pour rendre ces connaissances disponibles pour une utilisation ultérieure sans devoir nécessiter un nouvel enseignement.

Le stockage en mémoire à long terme permettra de développer des automatismes et peu à peu de leur donner une certaine flexibilité à ces connaissances, ce qui est indispensable pour favoriser de nouveaux apprentissages ultérieurs ou faciliter la résolution d'un problème.




Un entraînement à la discrimination


La pratique guidée est également le moment idéal pour que les élèves apprennent le cadre d’application des nouvelles connaissances et ses limites. Ils sont amenés à les intégrer tout en les confrontant à leurs connaissances préalables.

Cela demande d’aborder au moment du modelage tout l’étendue de la complexité de la matière, à travers des exemples et ces contre-exemples, et pas seulement des applications basiques et massée. Il faut intégrer rapidement un caractère aléatoire qui aide à se poser les bonnes questions rapidement.

L’élève qui a suivi le modelage peut ne pas avoir intégré certaines finesses et nuances des nouvelles connaissances ou ne pas avoir retenu leur caractère crucial. Le laisser pratiquer de manière guidée lui permet de tester la construction de ses schémas cognitifs, de les affiner et de les parfaire à travers les difficultés qu’il va rencontrer.

Les élèves ne peuvent pas simplement répéter mot pour mot, étape par étape à la virgule près ce qui a été modelé. S’il y a emprunt, il y a surtout réorganisation des savoirs également. Il y a besoin d’installer des liens, éprouvés, testés et consolidés entre ce que nous avons compris et assimilé des nouveaux savoirs et nos schémas cognitifs antérieurs.

Cette réorganisation comporte une part d’aléatoire qui impose qu’elle soit vérifiée et in fine évaluée.  Les erreurs que l’on fait sont en réalité d’utiles étapes de constructions dues aux différents biais et imperfections de notre système cognitif. La pratique guidée permet de se saisir directement des erreurs à leur source et de les corriger pour avancer plus vite dans l’apprentissage. 





Bibliographie


Gauthier,C., Bissonnette, S., & Richard, M. (2013). Enseignement explicite et réussite des élèves. La gestion des apprentissages. Bruxelles : De Boeck.

Rosenshine, Barak, Principles of Instruction: Research-Based Strategies That All Teachers Should Know, American Educator, v36 n1 p12-19, 39 (2012) 

Rosenshine, Barak, Principles of Instruction, Educational Practices Series-21 (2010)

Tom Sherrington, “The Learning Rainforest”, John Catt, 2017 (p 207-208

Anita L. Archer and Charles A. Hughes, Explicit Instruction: Effective and Efficient Teaching, 2010, Guilford Press



John R. Hollingsworth & Silvia E. Ybarra. (2018). Explicit Direct Instruction. Corwin.

1 commentaire:

  1. Excellent article qui éclaire beaucoup la mise en pratique des différents temps théoriques d'apprentissage.

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