mercredi 23 septembre 2020

L’enseignant, entre professionnel et amateur

L’idée d’un développement du professionnalisme chez les enseignants est un vœu souhaitable tout en étant un point essentiel en vue d’une revalorisation souhaitée de la fonction. 

C’est l’idée de poser des choix de pratiques éducatives informées par la recherche, en visant leur efficacité et leur pouvoir d’amélioration sur l’expérience éducative des élèves. 


(Photographie : Mircea Sorin Albutiu)


Un enseignant n’est pas un médecin


Un médecin face au diagnostic qu’il pose chez un patient va opter pour ce qu’il considérera comme le meilleur traitement, à un moment donné entre diverses possibilités en vertu du résultat de diverses observations et symptômes. Si l’approche A ne fonctionne pas, en tant que professionnel il connaîtra toujours des options B, C et même souvent D.  Le traitement en lui-même respecte un protocole strict que le médecin prescrit.

La différence est que l’enseignant ne propose pas un traitement, mais une pratique éducative. Il va l’appliquer avec plus ou moins de fidélité, en raison de la complexité, toujours en partie insaisissable de son contexte. 

De plus, la réflexion sur la pratique en lien avec les processus cognitifs de l’apprentissage ne semble que rarement être la motivation initiale pour être enseignant. Un enseignant le devient plutôt pour les dimensions sociales et transmissives de connaissances de la fonction. Celles-ci ont lieu par le biais d’échanges concrets, d’humain à humain, en situation de classe. 



À l’origine, un amateur


Par essence, un enseignant est au départ toujours un amateur. Il peut tendre par la suite vers plus ou moins de professionnalisme à travers tout un cheminement de réflexion et d’apprentissage grâce à une formation initiale puis continuée, nécessairement appuyée d’une pratique délibérée en classe.

Si l’enseignant est un amateur, s’il est doté d’une liberté pédagogique, l’amateurisme pur, l’improvisation lui sont pour autant interdits. L’enseignant est un amateur averti qui prend des responsabilités et a des comptes à rendre.

Ainsi, pour la majorité des enseignants, la justification, l’intérêt ou l’attrait pour une éducation fondée sur des données probantes ne sera jamais un amour pour la démarche scientifique, pour l’abstraction théorique ou la rigueur statistique. L’importance viendra de la prise de conscience de son impact concret et tacite, sur l’apprentissage des élèves lorsqu’elle est correctement investie par les enseignants.

Si l’enseignant est un amateur, il est animé par un souci de ses élèves. Lorsqu’il remarque qu’un ou plusieurs de ses élèves ne semblent pas fonctionner et apprendre correctement avec la pratique qu’il leur propose, il essaie également de trouver d’autres approches. C’est là que le glissement entre amateurisme et professionnalisme s’opère.



Une recherche de solution


Comme l’a écrit Dylan William, tout marche quelque part et rien ne marche partout. L’association entre le fait d’enseigner et d’apprendre est toujours incertaine et demande des évaluations et des ajustements en continu, pour s’approcher d’une adéquation. Les incertitudes que cela crée et les limites de notre expertise font que nous sommes toujours à la fois amateurs et professionnels dans nos classes.

L’attrait d’une éducation fondée sur des données probantes, est que certaines approches fonctionnement plus souvent que d’autres, où fonctionnent généralement mieux dans certaines conditions. 

Connaissant son contexte et les paramètres des modèles théoriques sur lesquels ses pratiques se fondent, l’enseignant devient plus capable de les piloter. Nous ne voyageons pas dans le brouillard complet, dans la réinvention permanente, dans l’innovation tâtonnante. Nous pouvons au contraire avoir un parcours éclairé et sélectionner les approches les plus susceptibles de fonctionner et les plus adaptées à nos élèves.

L’expertise des enseignants c’est finalement savoir quelle décision prendre à quel moment. C’est pouvoir justifier de leur pertinence. C’est conserver un esprit critique. C’est s’inscrire dans une démarche d’apprentissage professionnel, dans une pratique délibérée, qui nous permet de développer nos connaissances. Tout ce processus se passe à travers nos interactions, avec nos élèves et nos collègues et nous rend meilleurs enseignants.



Bibliographie


Pedro De Bruyckere, Klaskit, 2017, Lannoo

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